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Gauche, humanisme, justice, littérature : l'essentiel des propos de Christiane Taubira

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Christiane Taubira, en mars 2012
Christiane Taubira, en mars 2012
© Radio France - Nathanaël Charbonnier

A quelques semaines de l'élection présidentielle, l'ex garde des sceaux Christiane Taubira publie un livre dans lequel elle donne sa vision de ce qu'est devenue la gauche, revient sur son expérience politique et son rapport à la culture.

L'ancienne ministre de la Justice était l'invitée des Matins de France Culture à l'occasion de la publication de son livre Nous habitons la Terre. Elle revient sur son parcours politique, l'état de la gauche, son rapport à la littérature.

En vidéo, l'intégralité des Matins de France Culture avec Christiane Taubira

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"La politique a été capturée par des personnes qui prétendent faire du pragmatisme"

A l'occasion de cette campagne électorale, Christiane Taubira lance un appel, en forme de critique contre Emmanuel Macron et de mise en garde des électeurs :

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"Écoutons ensemble la société, regardons ensemble les aspirations profondes des Français et mesurons ensemble la maturité de celles et de ceux qui croient qu'effectivement la politique intervient. Car la politique intervient ! Car les gens qui vous disent qu'en politique, il n'y a pas de clivage, il n'y a pas de différences, il n'y a pas de nuances, et que c'est du pragmatisme, des choix techniques : non ! Ils font de la politique. Je ne pense pas à une seule personne, c'est tout un courant tout un mouvement qui a envahi la politique. Il y a eu une prise de pouvoir. La politique a été capturée par des personnes qui prétendent faire du pragmatisme et qui en fait font de la politique parce qu'ils font des choix de société, des choix de rapports sociaux, des choix de déséquilibres, de désordre, qui constituent un ordre pour eux".

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Pour Christiane Taubira, la primaire n'était pas le bon moyen pour permettre à la gauche de se lancer dans la présidentielle. Elle rappelle que la gauche est diverse, et qu'à ce titre une synthèse des idées aurait été préférable à la désignation d'un courant :

"Nous étions nous la gauche, nous sommes au pouvoir. Nous savons que la gauche est composée de sensibilités différentes. Il y avait quatre groupes de gauche au Parlement. C'est une réalité. Et une réalité consubstantielle même à la gauche, je dirais même à la politique. Parce qu'il y a aussi des nuances à l'intérieur du camp de la droite républicaine. Donc ce n'est pas comme ça (via une primaire) qu'il fallait y aller. Cela fait un an que je le dis. Il fallait travailler ensemble à construire ce que nous allions dire aux Français, aussi bien en terme d'action conduite au gouvernement et au parlement, qu'en terme d'engagement pour continuer à améliorer la vie des uns et des autres".

Dans son livre, l'ancienne ministre est très dure vis-à-vis du positionnement de la gauche sur des marqueurs politiques forts. Elle écrit que la gauche "a cédé sur l'humanisme dans le vocabulaire, a fait mine de ne plus s'en réclamer, ni dans la parole politique ni dans les programmes politiques". Une critique claire adressée à François Hollande et son gouvernement :

"C'est une réalité. Je dis, sans fioriture, ce qui est. C'est une réalité que la gauche ne parle plus d'humanisme. En tout cas, la parole qui s'impose comme parole de gauche n'est pas une parole portée par l'humanisme. Nous avons eu des circonstances où nous avons vu que ceux qui parlaient au nom de la gauche avaient bien rompu avec l'humanisme. Sur la question des sans-abris, des personnes exclues, des personnes dans des campements, des réfugiés. Tout ça ce sont des épreuves de vérité sur la question de l'humanisme. Mais l'humanisme doit inspirer nos politiques publiques dans la société au quotidien. La façon de favoriser certaines filières économiques plutôt que d'autres, certains modes d'organisation économique plutôt que d'autres. Tout ça c'est l'humanisme qui l'inspire, ou pas".

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Interrogée sur les propos d'Emmanuel Macron qui a qualifié la colonisation de crime contre l'humanité, Christiane Taubira appelle à traiter ces concepts avec précaution.

"La traite négrière et l'esclavage constituent un crime contre l'humanité, c'est reconnu par le Parlement français. La colonisation est un autre processus. D'autre part, c'est la deuxième période des conquêtes coloniales. La colonisation c'est incontestablement des histoires de crimes, de meurtres de masse, d'amputations, des histoires de viols, de confiscations de territoires, de pillages de ressources, de travail forcé. Ce n'est pas une mise en contact de civilisations et de cultures. Ce n'est pas une relation entre des communautés humaines, ce n'est pas un moment de rencontre. Aimé Césaire lui-même dit : 'de toutes les mises en contact c'est la pire'.

L'ancienne ministre s'énerve d'ailleurs de la légèreté avec laquelle des sujets "lourds" sont traités par les candidats :

"Monsieur Macron lâche une phrase. On n'est pas sûrs qu'il y ait pensé avant de la lâcher. On n'est pas sûr qu'il l'ait explorée du point de vue juridique, éthique, politique, historique, culturel. Et moi, je me retrouve tous les jours à commenter le propos de monsieur Macron sur un sujet aussi lourd : des millions de morts, le monde complètement reficonfiguré. Des relations entre trois continents complètement bouleversées. Et voilà, parce que monsieur Macron, à un moment d'inspiration ou de non inspiration, lâche une phrase, des sujets aussi lourds deviennent des sujets d'actualité sur lesquels on questionne toute la journée Taubira !".

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"La justice est l'épine dorsale de la démocratie"

En tant qu'ancienne ministre de la justice qui a essayé de mettre en oeuvre la plus grande séparation entre la justice et le pouvoir exécutif, Christiane Taubira estime que les critiques récentes de François Fillon et Marine Le Pen envers la justice représentent "incontestablement un danger pour la démocratie". Et d'ajouter : "Toutes ces personnes qui protestent et qui utilisent la justice comme bouc émissaire montrent surtout leur incapacité à accepter une démocratie".

Toujours à propos de la justice, elle regrette la pauvreté des discours des candidats à la présidentielle sur ce sujet :

"Ce que j'ai vu est plutôt indigent. Et je pense que s'il y a une mission régalienne sur laquelle on ne peut pas se permettre une indigence de pensée et de conception c'est bien la justice. La justice est l'épine dorsale de la démocratie. C'est est une mission régalienne qui doit rassurer, apaiser l'ensemble de la société. Hors, moi ce que j'ai vu, c'est des concours de 15.000 places de prison. 40.000 places de prisons… La justice c'est d'abord la justice civile, notre quotidien, le bras protecteur de l'Etat vis-à-vis des citoyens. La justice c'est la capacité de faire en sorte que l'institution soit hors des pressions. Mais nous voyons dans cette campagne des personnes qui estiment qu'il faudrait pouvoir faire pression sur la justice, porter des jugements de valeurs sur le fait que des magistrats fassent leur travail avec courage. Je trouve très très pauvre ce qui est dit et connu pour l'instant concernant les programmes de justice".

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A propos de la place de la littérature dans sa vie

"La littérature exerce sur moi une séduction qui remonte à ma jeunesse. Si je n'ai rien à lire cela agit sur mon caractère, la littérature est vitale [...] J'ai d'abord voyagé à travers les livres, j'ai découvert le monde, sa richesse, sa complexité, via la littérature."

A propos du quinquennat de Nicolas Sarkozy, et de son rapport à la langue

" Le quinquennat Sarkozy a été un quinquennat de grande brutalité, à commencer par la langue utilisée [...] Parler aux autres proprement, avec une langue belle, c'est une marque de respect, Sarkozy a délibérément cassé cela."

Biographie politique de C. Taubira, en 5 dates
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