Genre et extraterritorialité

Publicité

Genre et extraterritorialité

Par

.

Écouter

2 min

Plus grand succès mondial du cinéma iranien avec UNE SEPARATION, (1 million d'entrées rien qu'en France), Asghar Farhadi doit son succès à l'universalité de ses histoires, des drames familiaux sur fond de vénéneux secrets. Il était donc tentant d'acclimater son cinéma au terroir hexagonal (ça avait porté chance à Haneke l'an dernier avec AMOUR). Ce sont donc Bérénice Bejo et Tahar Rahim qui endossent les rôles principaux du PASSE, l'histoire d'une mère de famille française qui fait revenir d'Iran son mari pour officialiser le divorce, 4 ans après leur séparation. Elle veut en effet épouser son amant, dont la femme, pour ne rien arranger, est dans le coma après une tentative de suicide. Certes, le scénario est brillant, même si on se lasse un peu des coups de théâtre successifs révélant des fautes cachées, mais il est assez mal porté par des acteurs visiblement peu à leur aise, à l'exception de l'excellent Iranien Ali Mosaffa. Comme si faute d'une langue commune, ce cinéma, qui repose essentiellement sur ses dialogues et ses personnages, n'arrivait pas à se trouver. Beaucoup plus réussi, en revanche, l'aventure hors de son territoire de l'autre cinéaste en compétition aujourd'hui, le Chinois Jia Zhangke. Lion d'Or à Venise en 2006 pour STILL LIFE, connu pour ses films contemplatifs sur la Chine contemporaine, il signe avec A TOUCH OF SIN un film extrêmement sanglant, sur l'exaspération populaire qui conduit des prolétaires humiliés à des actes d'une très grande violence, comme une façon de retrouver leur dignité. Un portrait impressionnant d'une Chine dont le boom économique se paie par des disparités toujours plus grandes, entre classes et entre régions, et qu'on sent au bord de l'explosion sociale. Le tout dans une forme proche du cinéma classique d'arts martiaux, comme si malgré la révolution, rien en Chine n'avait changé depuis des siècles.

Le genre est partout cette année à Cannes. Le film de serial killer, par exemple, donne à Alain Guiraudie, avec son beau et pasolinien L'INCONNU DU LAC, présenté à Un Certain Regard, l'occasion d'explorer les limites floues entre Eros et Thanatos dans un lieu de drague homosexuelle du sud de la France. Et à la Semaine de la Critique, on a vu un très prometteur premier film, SALVO, des Siciliens Fabio Grassadonia et Antonio Piazza, qui détourne le film de mafia pour raconter une histoire d'amour aussi troublante qu'émouvante entre un tueur et la soeur de sa victime. Encore une fois, le film de genre s'avère un des meilleurs moyens de nous parler du monde.

Publicité