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George A. Romero, plus mort que vivant

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George Romero à Los Angeles, en 2010.
George Romero à Los Angeles, en 2010.
© Getty - Anne Cusack

Décès. Le réalisateur américain George A. Romero, considéré comme le "père" des films de zombies, est mort dimanche à l'âge de 77 ans. Il utilisait ses œuvres et la métaphore des morts-vivants pour dresser une critique acerbe de la société américaine.

Le cinéma de genre vient de perdre l'une de ses grandes figures : le réalisateur américain George A. Romero est mort dimanche 16 juillet, des suites d'un cancer du poumon. "Le réalisateur légendaire George A. Romero est décédé […] en écoutant la bande originale de “L’Homme tranquille”, un de ses films préférés, a déclaré son manager dans un communiqué de presse. Il est mort en paix dans son sommeil, après un combat bref mais déterminé contre un cancer du poumon, laissant derrière lui une famille aimante, beaucoup d’amis et un héritage cinématographique qui a persisté et continuera de persister, à l’épreuve du temps."

Avec La Nuit des morts-vivants, sorti en 1968, George A. Romero est immédiatement devenu l'un des grands noms du cinéma d'horreur. Le réalisateur avait alors renouvelé - voire donné naissance à - tout un genre cinématographique : le cinéma d'épouvante. Le réalisme des scènes de ce film pessimiste, devenu un grand classique du cinéma, avait profondément marqué les esprits. Le réalisateur y dessinait en filigrane une critique sans concession de la société américaine : dans le film, le héros, afro-américain (un choix encore rare à l'époque, à peine un an après la fin de la ségrégation raciale aux Etats-Unis), doit en effet survivre à des hordes de zombies, métaphores de la guerre du Vietnam, avant de finir abattu par la police, qui le prend pour un mort-vivant.

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Le film "La Nuit des morts-vivants".
Le film "La Nuit des morts-vivants".
- Films sans Frontières

Après ce premier long-métrage, George A. Romero délaisse les zombies, mais ses films rencontrent moins de succès : avec There's Always Vanilla (1971), La Nuit des fous vivants (1973), Season of the Witch (1973) et Martin (1976), Romero affine sa patte, et continue de commenter la société sur fond de terreur. Comme quasiment tous ses films, George A. Romero les tourne à Pittsburgh, en Pennsylvanie, où il est allé à l'université. Il revient au film de zombie en 1978 avec "Dawn of the dead", et amorce à cette occasion sa "saga des zombies", qui compte six films. Il y fait une critique acerbe de la société, qu'il s'agisse du racisme, de la consommation ou de la surmédiatisation.

"J'adore le genre, ça m'amuse, expliquait-il en 2008 au micro d'Antoine Guillot, dans l'émission "Tout Arrive". Et je suis un des seuls à pouvoir relater mes observations dans ce genre cinématographique, tout en injectant de la satire, sociale ou autre. C'est la pensée qui doit présider. Les zombies peuvent s'adapter à tout." Dans l'émission, George A. Romero revenait sur son avant-dernier film, Chronique des morts-vivants, où il dénonçait la surmédiatisation du monde :

George Romero dans Tout Arrive (25/06/2008)

29 min

"Ce film-ci, Chronique des morts-vivants, est un retour vers le petit film maîtrisable, racontait alors le maître du film d'horreur. Les personnages de ce film nous rappellent La Nuit des morts-vivants. Je crois qu'il y a pas mal de parallèles. C'est intéressant de faire un retour en arrière, une fois encore. Bien que ce film traite plus de la blogosphère, d'Internet. Certaines personnes ont trouvé ce film encore plus pessimiste. Je ne suis pas tout à fait d'accord, je suis plus déçu, moi, par les gens que par les médias. […] Tout le monde a une petite caméra, sous forme de téléphone portable, dans l'espoir de voir un déraillement de train ou que sais-je encore. Il y a trop d'informations, il y a trop de voix qui s'expriment, trop de points de vue. […] J'essayais de créer cette hémorragie d'images dans Chronique des morts-vivants. Quand ils se retrouvent enfermés dans cette pièce avec rien que des moniteurs vidéos, cette idée-là pour moi est le comble de l'ironie."

Les gens sont si enclins à suivre qu'ils sont prêts à appartenir plutôt que d'avoir des pensées propres. George A. Romero

En mai dernier, dans l'émission Mauvais Genres, François Angelier et Julien Sévéon, auteur d'une monographie consacrée à Romero, étaient revenus ensemble sur la carrière du maître incontesté du film d'horreur : "La plus ancienne référence que j'ai vu évoquant ce terme de zombie, c'est dans un article italien en 1969. Puis, petit à petit, la presse anglo-saxonne commence à parler de zombies mais Romero, lui, parle de de goule ! Il l'a dit plusieurs fois, il était très surpris qu'on parle de zombies pour La Nuit des morts-vivants. Par contre quand arrive son fameux Dawn of the dead, là il a commencé à prendre le terme qui avait été placé dessus, et à rentrer dans cette mythologie haïtienne" :

Fantôme et zombies : à la redécouverte de George Romero et Brian de Palma.

1h 00