Portrait de George Sand, la forêt de Fontainebleau en arrière plan.
Portrait de George Sand, la forêt de Fontainebleau en arrière plan.

George Sand, lanceuse d'alerte écolo et sauveuse de la forêt de Fontainebleau

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George Sand, lanceuse d'alerte écolo et sauveuse de Fontainebleau

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Si la forêt de Fontainebleau ressemble à ça aujourd'hui, c’est grâce à George Sand. La romancière, la femme politique, la féministe à la vie tumultueuse a sauvé les arbres centenaires de ce parc magnifique. Voici comment on lui doit l’un des premiers manifestes écologiques.

On connaît peu de George Sand sa passion pour les sciences naturelles et ses connaissances pointues en foresterie sont rarement mises à l'honneur. Elle a pourtant écrit, en 1872, un texte pionnier sur ce qui est aujourd'hui l'écologie, presque prophétique quant aux possibles ravages de l'Homme sur la nature. D'après Martine Watrelot, docteure en littérature du XIXe et à la tête de l'ouvrage collectif George Sand et les sciences de la Vie et de la Terre (P. U. Blaise Pascal, 2020) :  "Elle a parfaitement intégré son environnement naturel, elle le connaît scientifiquement mais aussi elle le connaît intimement, il lui est intérieur. Il y a chez elle une intimité de la nature."

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Une "connaissance énorme" des sciences naturelles

Dès l'enfance, celle qui s’appelle encore Aurore, est passionnée par les sciences naturelles. Jeune adulte, elle hérite d’un domaine et veut connaître, comprendre et gérer au mieux ses terres. George Sand lit, se forme dans des musées et s’entoure de grands scientifiques : médecins, botanistes, géologistes, ingénieurs, entomologistes, etc.

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Martine Watrelot : "Elle ne va exclure aucun savoir. Elle a vraiment le souci d’avoir une information de dernière main et venant de gens qui connaissent vraiment le sujet. Elle a donc une culture énorme et elle réinvestit ses savoirs dans ses fictions, dans lesquelles elle n’hésite pas à mettre en scène des héroïnes férues de sciences naturelles. Ce qui est un contre-modèle par rapport à ce qui existe dans la société puisque les filles n’ont pas accès aux sciences."

Portrait de George Sand habillée en homme, peinture d'Eugène Delacroix
Portrait de George Sand habillée en homme, peinture d'Eugène Delacroix
© Getty

Amoureuse de la nature, George Sand l’est particulièrement de la forêt de Fontainebleau, lieu de ses balades romantiques avec son amant, Alfred de Musset, dans les années 1830. Elle écrit sur Fontainebleau : "Tout le monde a droit à la beauté et à la poésie de nos forêts, de celle-là particulièrement, qui est une des belles choses du monde (...)." Elle y retournera tout au long de sa vie avec amis ou amants.

Menaces sur la forêt de Fontainebleau 

Mais Fontainebleau est menacé par l’administration dont l’objectif est de raser une partie de la forêt pour étendre l'exploitation de pins, un des bois les plus rentables.

Forêt mythique des peintres romantiques et naturalistes, Fontainebleau est défendue par des artistes du groupe de Barbizon comme Théodore Rousseau. Ils réclament des espaces protégés pour exercer leur art et obtiennent gain de cause, dans un premier temps, avec la création de la première réserve naturelle au monde.

Chênes de Fontainebleau
Chênes de Fontainebleau
- Théodore Rousseau

Mais en 1872, après les dépenses liées à la guerre, sous le règne de Thiers, l’exploitation de la forêt reprend de plus belle. La lutte continue.

George Sand écrit alors un texte de douze pages, publié dans le journal Le Temps, sorte de manifeste écologiste dans lequel elle alerte contre les dangers de la déforestation, de l’assèchement des terres, de la surproduction et contre l’épuisement des ressources naturelles.

"Si on n’y prend garde, l’arbre disparaîtra et la fin de la planète viendra par dessèchement, sans cataclysme nécessaire, par la faute de l’homme__", écrit-elle dans ce texte.

La nature, un bien commun

Martine Watrelot : "Elle se préoccupe de ce qu’on appelle, et ça c’est nouveau, la foresterie. C’est-à-dire qu’elle va faire un lien dans son texte entre la préservation de la forêt et l’utilisation des terres agricoles. Elle unifie les deux problématiques : comment permettre une gestion des cultures qui ne soit pas préjudiciable à un capital qu’il faut absolument préserver ?"

La pensée écologique de Sand s’apparente à ce que nous appelons aujourd’hui le développement durable. Une nécessité pour la romancière qui assimile la nature à un bien commun : "[Les arbres] beaux et majestueux jusque dans leur décrépitude, appartiennent à nos descendants comme ils ont appartenu à nos ancêtres."
 

Forêt de Fontainebleau aujourd'hui. Getty.
Forêt de Fontainebleau aujourd'hui. Getty.

Martine Watrelot : "Pour elle, une des plus graves immoralité de l’homme c’est de de dire : "Après moi le déluge", de ne pas se soucier de ce qu’il va laisser aux générations futures. C’est ce qui lui semble le plus préjudiciable tant à l’humanité qu’à l’avenir de la planète."

Son dernier combat est victorieux, les arbres centenaires et l’écosystème de Fontainebleau sont préservés. Quatre ans après avoir écrit ce manifeste écologique, à 72 ans, George Sand s’éteint, en prononçant ces derniers mots : "Verdure...Laissez verdure…", demandant ainsi de laisser la nature reprendre ses droits sur sa tombe.

À réécouter : George Sand