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George Washington, Richard Nixon, Ronald Reagan : du roi dollar à la dette abyssale

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George Washington (g.), Richard Nixon (c.) et Ronald Reagan (d.), trois Présidents ayant agi sur le dollar.
George Washington (g.), Richard Nixon (c.) et Ronald Reagan (d.), trois Présidents ayant agi sur le dollar.
© AFP - Heinz Pollmann, Eduard Pesov / Sputnik, Lipski / UPI

Aux commandes des États-Unis. Empêtré dans sa gestion de la Covid-19, Donald Trump mise sur une reprise de l'économie pour être réélu à la Maison Blanche en novembre. L'économie et le dollar, pierres angulaires de la politique présidentielle américaine. A l'image des choix de trois dirigeants, depuis le "Père de la Nation".

Donald Trump construit en grande partie sa campagne sur l'argument d'une économie tout d'abord florissante, puis qui se relève malgré la crise du nouveau coronavirus. Mais les prévisions en matière de dette publique sont très pessimistes. La dette s'envole, et rien ne laisse croire à une décélération. 

Voici comment, avant lui, depuis les origines du pays, trois Présidents ont marqué l'Histoire par leur politique économique, avant même l'instauration officielle du dollar en 1792. 

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Et George Washington créa le dollar

C’est sous la présidence de George Washington que naît le dollar. Héros de la Guerre d’indépendance, fermier et entrepreneur, Washington est considéré comme le "Père de la Nation".

Élu à l’unanimité premier Président des États-Unis en 1789, il est désigné pour un deuxième mandat (1793-1797). Dès son arrivée au pouvoir, cet homme intègre et modeste voit son pays confronté à de grandes difficultés financières héritées de la Guerre d’indépendance face aux Anglais. 

Le défi est énorme pour George Washington qui doit créer un État de toutes pièces alors que le pays n’est pas encore stabilisé. Les guerres indiennes vont se poursuivre tout au long de ses deux mandats. Pour construire les premières structures étatiques américaines, George Washington s’entoure d’hommes s'étant illustrés pendant la Révolution et sur lesquels il peut s’appuyer.

Parmi eux figurent Alexander Hamilton, secrétaire d’État au Trésor, ou encore Henry Knox, secrétaire d’État à la guerre, dont le nom fut donné au terrain militaire de Fort Knox, où sont entreposées aujourd’hui encore les réserves d’or des Etats-Unis.

Pour asseoir la légitimité du jeune État et consolider son existence sur la carte du monde, George Washington a conscience de la nécessité de créer les premiers symboles de la souveraineté nationale américaine.

Après avoir adopté un drapeau (Stars and Stripes) le 14 juin 1777, dans une première version à treize bandes, et avoir fondé la Banque Fédérale en 1791, le Congrès institue une monnaie nationale à l’initiative du Président Alexander Hamilton pour s’émanciper des tutelles étrangères.

Avant la Guerre d’indépendance, la livre anglaise avait cours légal mais circulait avec d’autres monnaies comme le dollar espagnol, le Louis français et même des pièces fabriquées localement par des particuliers. Le troc était aussi un moyen de commercer entre les habitants du Nouveau monde, notamment en échangeant des peaux de castors.

Premier billet d'un dollar émis en 1862.
Premier billet d'un dollar émis en 1862.
© Getty - MPI

Les premiers billets entrent en circulation en 1861. Le Mint Act de 1792 instaure officiellement le dollar américain en tant qu’unité de la devise nationale. Sa valeur est arrimée à celle du dollar espagnol et indexée sur son poids en argent. La peine de mort est prévue en cas de dévalorisation des nouvelles pièces désormais rendues légales par la loi.

Le mot dollar dérive du nom d’une autre monnaie, le thaler autrichien, utilisé à partir du XVe siècle dans l’empire des Habsbourg puis dans le monde entier. Les premières pièces américaines sont frappées à Philadelphie en 1793. Mais il faudra attendre 1861 pour que le gouvernement américain émette les premiers billets pour pallier la pénurie de pièces et financer la Guerre de Sécession qui commence. Lorsque la Guerre s’achève en 1865, la contrefaçon bat son plein. Les services secrets américains ont d’ailleurs principalement été créés à ce moment-là pour faire la chasse aux faux-monnayeurs.

Au début, le dollar était imprimé en noir avec une surimpression de nuances colorées pour empêcher les faussaires de le reproduire. Mais grâce à leur savoir-faire et leur imagination, ils réussirent à inonder le marché de billets contrefaits. A l’époque, plus d’un tiers des billets étaient des faux ! Pour lutter contre ce fléau, les autorités américaines décident de généraliser l’usage de l’encre verte pour l’impression. L’encre des billets, dont la formule est tenue secrète, est fabriquée exclusivement par le Bureau of Engraving and Printing.

La mention In God we trust (En Dieu nous croyons) apparaît pour la première fois en 1957, mais elle ne sera généralisée qu’à partir de 1963 sur tous les billets américains. Compte tenu de son rôle historique, l’effigie de George Washington figure sur la coupure de un dollar, mais aussi sur la pièce de 25 cents (quarter) depuis 1932.

Aujourd’hui, le dollar américain est la principale monnaie de réserve utilisée dans le monde (il représente environ 60 % des réserves des Banques centrales) et reste la devise la plus employée dans le commerce international. 

Le fameux billet vert recto-verso avec le portrait de George Washington et la mention In God we trust (En Dieu nous croyons). Ici, de 2003. / Getty
Le fameux billet vert recto-verso avec le portrait de George Washington et la mention In God we trust (En Dieu nous croyons). Ici, de 2003. / Getty
© Getty - Apic

Le jour où Nixon mit fin à la convertibilité or-dollar

En ce week-end du 15 août 1971, Richard Nixon a choisi de quitter la Maison Blanche pour se rendre à la résidence de Camp David, lieu de villégiature des Présidents américains située à une centaine de kilomètres au nord-ouest de Washington. 

Au cœur de l’été, il a convoqué les principaux responsables de l’économie américaine, notamment Arthur Burns, le patron de la Réserve Fédérale, George Schultz, son directeur du Budget, et John Connally, le secrétaire au Trésor. Officiellement, les conciliabules portent sur le budget de la Défense, au moment où l’Amérique est engluée dans le bourbier de la guerre du Vietnam. En réalité, Richard Nixon prépare une décision historique qui va changer le cours de l’économie mondiale. 

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Le soir du 15 août 1971, le Président américain apparaît sur les écrans de télévision. Le visage grave, le ton solennel, il annonce la suspension de la convertibilité du dollar en or. Autrement dit, il signe la fin du système monétaire international de changes fixes mis sur pied en juillet 1944 lors de la conférence de Bretton-Woods convoquée par les Alliés pour rebâtir l’économie mondiale ravagée par la guerre.

Au cours des dernières semaines, les spéculateurs ont déclaré la guerre ouverte au dollar, justifie Richard Nixon. Il y a eu en moyenne, ces sept dernières années, une crise monétaire internationale tous les ans. Qui bénéficie de ces crises ? Pas le travailleur, l’épargnant ou les véritables producteurs de richesse. Les bénéficiaires sont les spéculateurs internationaux ! Cette mesure aura pour effet de stabiliser le dollar.

C’est un coup de tonnerre dans les chancelleries et sur les marchés financiers ! Car ce ne sont pas seulement les spéculateurs dénoncés par Nixon qui sont pris de court, mais surtout les principaux partenaires commerciaux et alliés des Etats-Unis, c’est-à-dire les pays européens, le Japon et la Corée du Sud. La valeur du billet vert, qui était jusque-là fixée à 35 dollars l’once d’or, n’est donc plus garantie. Les grandes devises mondiales se mettent à flotter en fonction de l’offre et de la demande de façon désordonnée. C’est le début d’une ère d’instabilité monétaire sur le marché des changes.

Dans son édition du 16 août 1971, Le Monde critique la décision unilatérale du Président Nixon : 

Tout se passe comme si Washington voulait rester maître du jeu monétaire international. En violant sinon la lettre, du moins l’esprit de Bretton-Woods, au vu d’une situation de crise qu’il a principalement contribué à instaurer, le gouvernement américain tend à imposer au monde sa solution.

Devant une délégation européenne qui s’inquiétait des conséquences de la fluctuation du billet vert, John Connally, le secrétaire américain au Trésor, aura cette réplique restée dans les annales : 

Le dollar est notre monnaie, mais c’est votre problème !
John Connally, secrétaire au Trésor

A l’époque, le coup de poker de Richard Nixon est le révélateur d’une économie américaine chancelante. En 1971, pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, la balance commerciale des États-Unis est déficitaire. Les économies européennes, japonaise et sud-coréenne reconstruites grâce à l’aide financière de Washington, sont devenues plus compétitives que celle de l’Amérique. Leurs exportations déferlent outre-Atlantique. Les emplois dans l’industrie américaine, notamment dans des secteurs emblématiques comme celui de l’automobile, sont menacés. Bref, les indicateurs de l’économie américaine sont au rouge. Sans parler de l’effort de guerre au Vietnam et de la course aux armements avec l’URSS financés par la planche à billets qui alimente l’inflation et plombe le budget fédéral. 

C’est pourquoi dans cette même allocution télévisée du 15 août 1971, Richard Nixon annonce également le blocage des prix et des salaires ainsi qu’une taxe de 10% sur les importations. Du jamais vu aux Etats-Unis !

A l’initiative du Président français Georges Pompidou, les Européens répondent à Nixon en mettant en place quelques mois plus tard le "serpent monétaire" pour atténuer les fluctuations liées au change flottant du dollar. Les devises des six pays membres de la Communauté économique européenne (CEE) peuvent fluctuer entre elles mais seulement dans un tunnel de plus ou moins 2,25%. Il faudra attendre le 1er janvier 1999 pour que les Européens règlent "leur problème du dollar" en créant l’euro. Mais paradoxalement, loin de réduire le rôle du billet vert dans l’économie mondiale, la décision de Richard Nixon du 15 août 1971 va au contraire renforcer sa suprématie, tout en accouchant d’une montagne de dettes pour les Etats-Unis !

Ronald Reagan, le champion du surendettement

Quand il s’installe à la Maison Blanche en janvier 1981, Ronald Reagan a un objectif en tête : le redressement de l’économie américaine, sa "priorité des priorités", comme il l’a martelé pendant la campagne électorale face au Président sortant, le démocrate Jimmy Carter.

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Lorsqu’il quitte le pouvoir en janvier 1989, Ronald Reagan, quarantième Président des Etats-Unis a certes créé 15 millions d’emplois mais il a multiplié la dette publique par trois ! Sous son mandat, l’endettement passe le cap symbolique des 1 000 milliards de dollars pour finalement atteindre le niveau record de 2 600 milliards. En huit ans, Ronald Reagan a endetté l’Amérique de 1 700 milliards de dollars supplémentaires, soit presque le double de ce que tous les Présidents réunis ont fait avant lui depuis George Washington. 

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Ronald Reagan a des idées économiques simples voire simplistes, mais il laissera à la postérité sa révolution ultra-libérale qui porte son nom : Reaganomics, mot regroupant Reagan et economics (économie).

L’ancien acteur des années 50 est le symbole d’un libéralisme pur et dur, sous l’influence de Paul Volcker, patron de la FED, et du prix Nobel d’économie Milton Friedman, tous deux ardents défenseurs d’une politique de l’offre et d’une politique monétaire stricte. Prenant le contre-pied de son prédécesseur Jimmy Carter, adepte du keynésianisme et du "welfare state" ("l’Etat providence"), Ronald Reagan considère que moins l’Etat intervient et mieux se porte l’économie

Lors de son discours d’investiture le 20 janvier 1981, il a d’ailleurs donné le ton de son projet économique :  

Le gouvernement n’est pas la solution à nos problèmes ! Le problème c’est le gouvernement !" dit Ronald Reagan

Le moins d'État passe selon lui par moins d’impôts et moins de dépenses publiques. Dès son arrivée à la Maison-Blanche, Ronald Reagan fait approuver une réduction de 25% en trois étapes de l’impôt sur le revenu. C’est la plus importante baisse d’imposition de toute l’histoire des Etats-Unis. Il lance aussi un vaste plan de dérégulation du transport aérien, routier et ferroviaire, des télécommunications et du secteur financier. Son début de mandat est marqué par la grève des contrôleurs aériens au cours de l’été 1981 qui réclament une augmentation salariale. 

Réponse de l’administration Reagan : 10 000 lettres de licenciements sont envoyées aux grévistes qui ont refusé de reprendre le travail. L’armée est réquisitionnée pour les remplacer. Si la thérapie de choc de Ronald Reagan relance la croissance économique, freine l’inflation et dynamise l’emploi privé, les inégalités sociales, elles, s’aggravent. Les Américains s’appauvrissent et vivent à crédit. Et malgré ses injonctions libérales, les déficits publics se creusent.

Pour assurer la suprématie de l’Amérique face à une URSS déclinante, Ronald Reagan a ouvert les vannes financières aux dépenses militaires. Le budget fédéral de 1984 prévoit une hausse de 10% des crédits pour la Défense. Un an plus tôt, il a annoncé son projet de Guerre des étoiles, baptisé Initiative de Défense Stratégique (IDS). Dans une allocution d’une demi-heure le 23 mars 1983, Ronald Reagan s’adresse solennellement à ses compatriotes :

J’ai pris une décision qui va offrir un nouvel espoir à nos enfants au XXIe siècle. Nous allons démarrer une programme pour contrer la terrible menace des missiles soviétiques avec des mesures défensives.

Le Président américain propose de construire un bouclier spatial qui détecterait et détruirait les missiles balistiques soviétiques dès leur lancement. Le projet est un gouffre financier. Il est interrompu en 1993. 

Au final, Ronald Reagan a gagné la course aux armements avec l’URSS mais a perdu la bataille de l’endettement. Sous sa présidence, les Etats-Unis sont passés du statut de premier créancier du monde à celui de premier débiteur de la planète.

Aujourd’hui, la dette américaine a dépassé les 22 000 milliards de dollars et pourrait encore augmenter de 10 000 milliards au cours de la prochaine décennie. Les trois premiers créanciers de Washington sont la Chine, le Japon et le Royaume-Uni.

► CLIQUER sur le COMPTEUR en TEMPS RÉEL de la dette américaine

► LIRE   La dette nationale est hors de contrôle, Washington Post, 10 mai 2020 (en anglais)

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