Georges Méliès, magicien du cinéma
Georges Méliès, magicien du cinéma

Georges Méliès, magicien du cinéma

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Georges Méliès, magicien du cinéma

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Prestidigitateur, dessinateur, et homme de théâtre, Georges Méliès a compris avant tout le monde que le cinématographe pouvait servir à créer un univers magique, fait d'illusions et de trucages.

Si les frères Lumière ont inventé le cinématographe, c'est Georges Méliès qui l'a élevé au rang de 7e art.

Tout commence en décembre 1895, alors que les frères Lumière projettent leur premiers films avec le cinématographe, à Paris. Dans le public, un homme vient les voir après la séance et propose de racheter leur invention. L’homme enthousiaste, c’est Georges Méliès, un prestidigitateur de 34 ans connu dans Paris.

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"Moi-même à ce moment-là j’ignorais ce que je pourrais en faire mais je sentais qu’il y avait quelque chose à faire..."

L'homme possède un théâtre parisien dans lequel il produit des spectacles de magie. Bricoleur, doué en dessin et en peinture, il a été l’élève du peintre Gustave Moreau. Il aurait pu suivre la voie familiale dans l’industrie de la chaussure mais a préféré percer dans le monde du spectacle et de trompe-l'œil.

Un visionnaire bourré d'imagination

Les frères Lumière rejettent l’offre de Méliès, prétextant que cette invention n'a aucun avenir. Mais Méliès voit déjà le potentiel de cette trouvaille. S'il ne peut acheter le cinématographe, il se tourne vers une invention concurrente vendue en Angleterre.

Gabrielle Sébire, commissaire d'exposition à la Cinémathèque française : "Il vient de voir des vues ancrées dans le réel, lui il est magicien, c’est un homme de théâtre de prestidigitation, de décors, de costumes et il comprend aussitôt que le cinéma va pouvoir donner à ces tours de magie encore plus de puissance grâce au cinéma."

Dès 1896, Méliès tourne ses premiers films, copiant les films des frères Lumière. Un jours, alors qu’il filme un autobus à Paris, sa caméra se bloque accidentellement. La suite aura des conséquences énormes sur l'histoire du cinéma en train de s'écrire.

Gabrielle Sébire : “Quand il repart chez lui et qu’il découvre les rushes de son film, il réalise que l’autobus s’est transformé en corbillard. En réalité, la caméra qu’il avait bricolée à partir du projecteur acheté en Angleterre s’est enrayée et l’autobus s’est transformé en corbillard et voici comment Méliès découvre son premier trucage qui est l’arrêt caméra.”

Un artisan bricoleur des trucages

Contrairement au cinéma contemporain où les effets spéciaux sont conçus en post-production, Méliès anticipe tous ces effets au tournage. Son fils, André Méliès, raconte en 1964 que le réalisateur avait "une précision extraordinaire, il se mettait dans une position, on l'interrompait, il recommençait un quart d’heure après. Les doigts étaient à la même place, la physionomie était la même, c’est ça qui lui permettait de faire ses trucages invraisemblables." 

Méliès invente une nouvelle grammaire visuelle, avec des effets de montage audacieux : les fondus enchaînés, les surimpressions, les zooms.

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Sa petite-fille raconte en 1976 que pour effectuer un zoom, "il était enfermé dans une caisse en bois, recouverte de velours noir parce que ça n’imprime pas la pellicule et cette caisse était fixée sur des rails et avançait lentement, la caméra étant toujours fixe."

Méliès innove sur la forme mais aussi sur le fond. Il fait les premières reconstitutions historiques sur écran, notamment avec L'Affaire Dreyfus ou Le Sacre d’Edouard VII.

Un monde de rêves

Mais le réel l’intéresse moins que cet univers enchanté, fantasmagorique voire macabre qu’il invente au fil de ses films. Il mélange le merveilleux des contes, le fantastique et réalise l’un des tout premiers films de science-fiction, Le Voyage dans la Lune. Pour ce film démesuré de 14 minutes, il imagine les habitants de la Lune avec des têtes d'oiseaux.

Il importe du théâtre au cinéma les décors et les costumes mais aussi toute une machinerie spectaculaire, faisant mouvoir des pans entiers de paysages. Le réalisateur construit le tout premier studio de cinéma, à Montreuil.

Méliès reste un simple artisan face à une industrie du cinéma qui prend de l’ampleur. Si le réalisateur est un génie de l’image, avec des centaines de films réalisés, il est un piètre gestionnaire et arrête sa carrière de cinéaste en 1913, à 52 ans. Il termine sa vie comme commerçant dans une confiserie avec son épouse.

Gabrielle Sébire :“A la fin de sa vie, les films de Méliès étaient tombés dans l’oubli. On pense que lui-même en a détruit certains ou bien les a fait disparaître. On pense qu’on connaît peut-être la moitié des films que Méliès avait réalisés."

Après sa mort, Méliès est redécouvert et adulé par tous les grands réalisateurs du XXe siècle dont Georges Lucas, Martin Scorsese, Francis Ford Coppola. L'empreinte qu’il laisse avec ses films visionnaires se voit encore dans le cinéma contemporain.

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