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Gettr, le nouveau réseau social qui séduit l’extrême droite

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Éric Zemmour, Jair Bolsonaro ou Steve Bannon sont déjà actifs sur cette plateforme conservatrice très récente, à l'interface copiée sur celle de Twitter.
Éric Zemmour, Jair Bolsonaro ou Steve Bannon sont déjà actifs sur cette plateforme conservatrice très récente, à l'interface copiée sur celle de Twitter.
© Getty - Rafael Henrique / SOPA Images / LightRocket

Lancé il y a peu par un ancien communiquant de Donald Trump, le nouveau réseau social américain Gettr revendique 3 millions d’utilisateurs dans le monde. Jair Bolsonaro ou Éric Zemmour ont rejoint cette plateforme présentée comme "patriot friendly". Peut-elle peser dans la présidentielle française ?

Jason Miller, le créateur de ce nouveau réseau social Gettr, est un proche de Donald Trump depuis juin 2016. À cette époque, celui qui n’est encore que le candidat Républicain à la Maison-Blanche fait appel à ce quadragénaire originaire de Seattle et fait de lui l’un de ses principaux conseillers en communication lors de la campagne présidentielle (dont il sortira vainqueur en novembre de la même année). Quand Trump arrive au pouvoir, Miller est même pressenti pour devenir le directeur de la communication de la Maison-Blanche, mais il doit y renoncer après des révélations sur une relation extra-conjugale. Il retrouve Donald Trump quatre ans plus tard, lors de la campagne de 2020 en qualité de porte-parole. 

C’est donc lui, Jason Miller, qui, le 4 juillet 2021 (jour de la fête de l’Indépendance des États-Unis), lance ce nouveau réseau social baptisé Gettr.

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Une stratégie de développement en France

Entre temps, Donald Trump a été banni de Twitter, Facebook et YouTube qui ne souhaitent plus relayer les messages du 45e Président des États-Unis. Leur décision est prise après le violent assaut mené le 6 janvier 2021 contre le Capitole et Twitter exclut Donald Trump « pour une durée indéfinie, à cause du risque de nouvelles incitations à la violence ». Trump est alors privé d’une énorme caisse de résonnance en étant du jour au lendemain coupé de ses 89 millions d’abonnés (35 millions sur Facebook, 24 millions sur Instagram).

La communauté des supporters de Donald Trump se retrouve donc sur d’autres réseaux : Parler, Gab ou Rumble.

Mais ces réseaux ont rencontré de gros problèmes techniques, analyse Nicolas Vanderbiest, fondateur du cabinet Saper Vedere, spécialisé dans l’étude et l’analyse des phénomènes d’influence sur les réseaux sociaux. Parce qu’ils reposaient sur des infrastructures peu robustes et qu’ils se sont trouvés dans l’incapacité de recruter de nouveaux abonnés, dès lors que leurs applications avaient été retirées de l’Apple Store et du magasin d’Android. Aujourd’hui, Gettr offre la même promesse que Gab ou Parler : pas de censure. Quasiment pas de modération dans les messages. Liberté quasi-totale de parole. Mais la vraie différence entre Gettr et les réseaux qui l’ont précédé, c’est que Gab et Parler n’avaient pas vraiment de stratégie de développement en France. Alors que Gettr semble vouloir s’y installer.

Une copie de Twitter

À quoi ressemble Gettr ? L’interface de ce nouveau réseau social a été copiée sur Twitter. Photos de profil, bannières, notifications, charte graphique, etc. Seule différence de forme : les messages peuvent atteindre les 777 caractères contre 280 sur le réseau de Jack Dorsey. Sur le fond, Jason Miller promet de faire de Gettr "un réseau indépendant des grands médias, indépendant de la cancel culture et garantissant la liberté d’expression". Autrement dit, aucune censure. 

Gettr, piraté le jour même de son lancement, revendique désormais 3 millions d’utilisateurs dans le monde. Y sont actifs la plupart de ceux qui forment la galaxie Trump : l’ancien conseiller Steve Bannon, l’ex patron de la diplomatie américaine Mike Pompeo, le président brésilien Jair Bolsonaro. La plateforme française de Gettr a elle été inaugurée en septembre 2021 (Jason Miller est venu à Paris pour l’occasion). Le directeur stratégique France de Gettr est Alister Rivière, également chroniqueur sur Radio Courtoisie. Et depuis la création de Gettr France, plusieurs figures de l’extrême-droite et de l'ultra-droite française ont rejoint le réseau, telles que le youtubeur Baptiste Marchais, l’influenceur Papacito connu pour ses vidéos violentes, l’ancienne égérie de Génération Identitaire Thaïs d’Escufon ou l’identitaire Damien Rieu, candidat Rassemblement National aux dernières élections régionales dans la Somme. Marine Le Pen elle dispose bien d’un compte Gettr. Mais n’a rien publié dessus.

La galaxie Zemmour sur Gettr

Éric Zemmour (qui n’a pas encore officiellement annoncé sa candidature à l'élection présidentielle) est en revanche sur Gettr, et déjà suivi par plus de 10.000 abonnés. On retrouve sur ce réseau l’intégralité des messages publiés sur Twitter par le polémiste. On y retrouve également ses soutiens : le mouvement des jeunes avec Zemmour (Génération Z), les conseillers en communication Samuel Lafont et Antoine Diers. 

Mais Gettr ne devrait pas peser tant que cela dans le débat politique des cinq prochains mois, précise Nicolas Vanderbiest. Ce réseau est un entre soi, qui regroupe des proches de l’extrême-droite, des gens déjà convaincus par ces thèses. Gettr ne va pas (pour l’instant en tout cas) recruter de nouveaux utilisateurs en dehors de ce cercle. Or dans une campagne électorale, ce dont les candidats ont besoin, c’est d’aller convaincre en dehors de leur camp. Ils doivent être dans une logique de conquête et d’externalisation de leur message. À ce stade, Gettr ne permet pas cela.

Post du polémiste, du 16 novembre 2021, qui renvoie directement sur un de ses tweets. Le possible candidat à la présidentielle compte ici un peu plus de 10 000 abonnés.
Post du polémiste, du 16 novembre 2021, qui renvoie directement sur un de ses tweets. Le possible candidat à la présidentielle compte ici un peu plus de 10 000 abonnés.
- capture d'écran

En se présentant comme un réseau social où la censure n’existe pas, Gettr espère néanmoins convaincre de nouveaux utilisateurs, aux États-Unis, ailleurs dans le monde et en France.

De son côté, Donald Trump ne s’est toujours pas abonné. Car il développe en ce moment sa propre plateforme baptisée "Truth Social" et promet, grâce à ce futur réseau social de "résister à la tyrannie des GAFAM qui utilisent leur pouvoir pour réduire au silence les voix dissidentes en Amérique". 

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