Gisèle Halimi, l'avocate de tous les combats

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Gisèle Halimi, l'avocate de tous les combats

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À une époque où il est de bon ton pour les avocats de garder une certaine neutralité, Gisèle Halimi est animée par une volonté constante de faire évoluer le droit et l'opinion publique.

"La défense c'était, en tout cas pour moi, une manière de changer le monde !" Avocate engagée pour les droits humains, Gisèle Halimi s'est battue pour la légalisation de l’avortement, la reconnaissance des actes de torture pendant la guerre d’Algérie, l'abolition de la peine de mort et la criminalisation du viol.

Le procès de Bobigny la révèle au grand public

En 1972, Gisèle Halimi se fait un nom lors du procès de Bobigny. Une affaire médiatique et controversée qui juge Marie-Claire Chavelier, une adolescente de 17 ans accusée d'avoir avorté illégalement après un viol. Trois ans avant la promulgation de la loi Veil, l'IVG en France est encore un délit.

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"Il y a dans le droit à l’avortement pour la femme, une revendication élémentaire et physique de liberté. Je continue de penser qu’une femme qui ne s’appartient pas au plan premier, son corps, qui sent pousser en elle... Alors, quand on en a envie c’est merveilleux ! On dit 'une vie', ça pousse pour être un enfant... Mais quand on ne veut pas, c’est le piège qui se referme sur vous !"Gisèle Halimi en 1973, ORTF

L'avocate Gisèle Halimi, en compagnie de l'actrice Delphine Seyrig, 11 octobre 1972 à Bobigny, lors du procès de Marie-Claire Chevalier, poursuivie pour avoir avorté.
L'avocate Gisèle Halimi, en compagnie de l'actrice Delphine Seyrig, 11 octobre 1972 à Bobigny, lors du procès de Marie-Claire Chevalier, poursuivie pour avoir avorté.
© AFP - MICHEL CLEMEN

Une enfant animée par la révolte

Ses convictions féministes, Gisèle Halimi les a développées dès l'enfance. Brillante, passionnée de littérature, elle dévore "des lectures interdites" qui lui montrent une autre voie que celle de mère au foyer.

Élevée dans les années 1930 dans une famille tunisienne pauvre, elle refuse un mariage arrangé à 15 ans. Elle voit dans la condition de sa mère, une femme traditionnelle qui ne “l'a jamais aimée”, un symptôme de l’oppression des femmes.

"Il y avait, quand même, une certaine forme d'aliénation, et je crois qu’il faut un minimum de liberté pour aimer. Et ma mère, en définitive, je crois qu’elle n’a aimé qu’une personne au monde et c’est mon père. (...) Elle l’aimait parce que ça a été son seul horizon pendant cinquante ans."Gisèle Halimi en 1999, France 2

Gisèle Halimi est une enfant animée par la révolte. Un sentiment exacerbé après un drame qui va être un élément déclencheur dans son choix de travailler au service de la justice :

—"J’ai vu mourir mon petit frère, brûlé vif…" dit Gisèle Halimi

— "Oui d’ailleurs, c’est la scène centrale du livre… (Votre mère) vous rend responsable de la mort accidentelle et atroce de votre frère." Bernard Pivot en 1999, France 2

Gisèle Halimi donne une conférence de presse à la sortie du procès de Bobigny, en 1972.
Gisèle Halimi donne une conférence de presse à la sortie du procès de Bobigny, en 1972.
© Getty - Michel Artault/Apis/Sygma/Sygma

Une avocate qui casse les codes

Gisèle Halimi casse les codes classiques des avocats de l’époque qui se devaient de garder une forme de distance. Elle le dit : elle "défend les autres comme si elle se défendait elle-même."

"Être avocate, pour moi, c'était le moyen de tenter de changer ce que je n'aimais pas dans ce monde : l'injustice, le rapport de force, le mépris des humbles, le mépris des femmes." Gisèle Halimi

Pendant huit ans, Gisèle Halimi s’engage dans les luttes anticoloniales et défend des indépendantistes tunisiens et algériens. Elle devient une force mobilisatrice.

"Il n'est pas possible d'expliquer de la même manière, avec les mêmes lois, avec les mêmes peines, pourquoi un homme a tué, pourquoi un homme a pris un fusil, a pris le maquis et a tué ce qui représentait pour lui l'ordre de l'oppresseur. On ne pouvait donc pas l'assimiler avec un homme ou une femme qui, un soir au coin d'un bois, avait tué quelqu'un pour le dévaliser." Gisèle Halimi en 1967, à l'ORTF

Un engagement dans les luttes anticoloniales et féministes

Gisèle Halimi est capable de faire évoluer l’opinion publique. En 1960, elle prend la défense de Djamila Boupacha, une militante du FLN violée et torturée en détention par des parachutistes français. Avec l’aide de Simone de Beauvoir, Gisèle Halimi lance une campagne médiatique qui aboutira à son amnistie.

Photo datée du 22 avril 1962 de la jeune combattante indépendantiste algérienne membre du FLN Djamila Boupacha en compagnie de son avocate Gisèle Halimi.
Photo datée du 22 avril 1962 de la jeune combattante indépendantiste algérienne membre du FLN Djamila Boupacha en compagnie de son avocate Gisèle Halimi.
© AFP - AFP

Gisèle Halimi s’impose comme une figure de la lutte pour les droits des femmes. En 1971, elle est la seule avocate à signer le manifeste des "343" pour le droit à l’avortement.

En 1972, le sursis qu'elle obtient au procès de Bobigny ouvre la voie à d’autres acquittements dans des affaires d’avortements illégaux.

En 1978, elle défend deux femmes dans une affaire de viol collectif et son action fait évoluer le droit français : le viol est enfin reconnu comme un crime en France en 1980.

Gisèle Halimi parle à Claudine Barbari, victime de viol, lors de son procès à Colmar.
Gisèle Halimi parle à Claudine Barbari, victime de viol, lors de son procès à Colmar.
© Getty - Jean MUSCAT/Gamma-Rapho

En 1981, elle s’engage en politique aux côtés de François Mitterrand et devient députée (sans étiquette). Ses combats continuent : elle veut abolir la peine de mort, instaurer la parité en politique et dépénaliser l’homosexualité.

Jusqu’à ses 93 ans, Gisèle Halimi n’a jamais cessé de se battre pour ses idées. Aujourd’hui, des associations féministes réclament sa panthéonisation pour honorer la mémoire de cette femme à l’héritage d’exception.

Rassemblement en faveur de l'enterrement au Panthéon de l'avocate Gisèle Halimi le 7 mars 2021.
Rassemblement en faveur de l'enterrement au Panthéon de l'avocate Gisèle Halimi le 7 mars 2021.
© AFP - JACOPO LANDI / HANS LUCAS / HANS LUCAS VIA AFP

À écouter :

La Grande Traversée - Gisèle Halimi, sur France Culture.

À réécouter : Grande Traversée : Gisèle Halimi, la fauteuse de troubles