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Goncourt des lycéens 2017 : Alice Zeniter parle de "L'Art de perdre"

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Alice Zeniter en septembre 2017
Alice Zeniter en septembre 2017
© AFP - JOEL SAGET

"C'est un livre sur ce que signifie être immigré." Alice Zeniter vient de recevoir le prix Goncourt des lycéens pour "L'Art de perdre", qui raconte l'histoire d'une famille entre l'Algérie et la France sur trois générations. Elle était venue en parler sur France Culture en septembre dernier.

"Je voulais combler les silences de mon histoire". En concrétisant cette ambition, Alice Zeniter a su séduire les lycéens, qui viennent de lui attribuer leur prix Goncourt pour son cinquième roman L'Art de perdre (Flammarion), l'histoire d'une famille entre la France et l'Algérie sur trois générations. Elle était venue parler au micro de Caroline Broué en septembre dernier, dans la Matinale de France Culture, de ce succès de librairies également en lice pour les prix Renaudot et Goncourt :

Pour Alice Zeniter, à travers ce travail d'écriture, il s'agissait de combler les multiples silences qui la travaillaient depuis des années :

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Il y a à la fois ce silence dont finalement là, on parle beaucoup dans la presse quand on parle du livre. C'est-à-dire ces pages tues de l'histoire des harkis, que ce soit pendant la guerre en Algérie, et puis ensuite dans les camps de transit et de reclassement où on les a parqués à leur arrivée en France, mais pas uniquement [...]. C'est aussi le silence de ce que veut dire être immigré, le silence de ceux qui arrivent dans un pays dont ils ne parlent pas la langue, dont ils ne possèdent pas les codes ; le silence de cette population qui est tenue hors de la parole, et hors de la littérature de manière encore plus évidente.

Trois parties dans ce roman, et autant de trajectoires de vies qui se complètent, tout en divergeant : de l'Algérie des montagnes, en passant par les quartiers HLM des années 50-60, jusqu'au quotidien du jeune personnage contemporain d'Alice Zeniter, Naïma. Née de mère française, celle-ci "refuse de se définir par rapport à l'Algérie, qu'elle ne connaît pas, en fonction de l'islam, puisqu'elle est athée." La romancière condamne au passage le poids que la société fait peser sur cette nouvelle génération :

Les injonctions de la société font qu'il y a une sorte d'équation qui dirait : "Dis-moi d'où tu viens, je te dirais qui tu es". Et donc pour Naïma, cette impression qu'elle est en permanence sommée de se déterminer par rapport à ça.

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Enfin, c'est d'abord un portrait de l'Algérie elle-même que brosse Alice Zeniter dans L'Art de perdre, ainsi qu'elle le confiait à Géraldine Mosna-Savoye en août, dans La Grande table d'été :

Pour moi, l'Algérie est multiple, puisqu'au fil des trois parties, elle va avoir des sens extrêmement différents. Dans la première partie, qui se passe en Algérie française, l'Algérie colonisée, c'est réellement le décor, c'est les montagnes, l'olivier... [...] Dans la deuxième partie ça va devenir le pays perdu, dont on ne parle pas, et ce nom va tout à coup devenir une sorte de nuage noir dans lequel il y a à la fois toute la nostalgie, et en même temps cette peur... ce pays où on a peur de retourner. Et puis dans la troisième partie, pour la troisième génération, ça va être simplement synonyme, au départ, des gâteaux de la grand-mère, des teintures au henné... de cette fréquentation de quelques signes, mais ça ne va rien avoir à faire avec le pays réel.