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Gouvernement Philippe 2 : ce qui change (ou pas) au regard de la Ve République

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La composition du gouvernement Philippe 2
La composition du gouvernement Philippe 2
© Radio France - Camille Renard

A VOIR . Le 2e gouvernement Philippe se distingue de ceux de la Ve République par la parité, et la dépendance de ses membres vis-à-vis du président. Par bien d'autres aspects, il est en continuité avec les 40 qui lui ont précédé. Analyse en graphiques avec les politistes Emiliano Grossman et Hubert Peres.

Le nouveau gouvernement Philippe, nommé ce 21 juin, se distingue de ceux de la Ve République par plusieurs aspects : une réelle parité dans l'exercice du pouvoir, et la dépendance de ses membres sans assise parlementaire vis-à-vis du président. Par bien d'autres aspects, il est en continuité avec les 40 qui l'ont précédés : âge moyen, profil sociodémographique, idéologie dominante… Voici une analyse historique, en graphiques, sous les regards de deux professeurs de science politique : Emiliano Grossman à Sciences-po, et Hubert Peres à l'université de Montpellier.

S'il compte sept membres de plus que le premier gouvernement Philippe, avec ses 30 ministres et secrétaires d'Etat, ce deuxième gouvernement sous la présidence d'Emmanuel Macron demeure parmi les moins pléthoriques de la Ve République. La moyenne de tous les gouvernements se situe à 31 membres, mais les gouvernements qui suivent un premier remaniement sont toujours plus importants en nombre. Ce deuxième gouvernement n'échappe pas à la règle et devient tout de même l'un des plus resserrés des deuxièmes gouvernements de la Ve République. Le nombre maximum de membres avait atteint les 54, dans le gouvernement Rocard entre 1988 et 1991.

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NB : la répartition par étiquette politique représente l'origine politique des membres du gouvernement, selon l'étiquette partisane sous laquelle ils ont été élus précédemment (élections européennes, municipales, régionales, législatives). En cas d'absence de mandat électoral ayant précédé la formation des Républicains en marche !, c'est cette étiquette qui est choisie (Mounir Mahjoubi, Julien Denormandie…), s'ils ne revendiquent pas d'une société civile sans étiquette (Françoise Nyssen, Laura Flessel…).

1) Ce qui change avec le gouvernement Philippe 2

L'instauration d'une parité réelle

Comparaison entre les femmes du gouvernement Philippe en 2017 et Juppé en 1995
Comparaison entre les femmes du gouvernement Philippe en 2017 et Juppé en 1995
© Radio France - Camille Renard

15 femmes occupent des postes parmi les 30 que compte ce nouveau gouvernement. C'est l'exacte moitié, comme dans les gouvernements Ayrault et Valls (2012 - 2016) sous la présidence Hollande. Mais d'un point de vue plus qualitatif, parmi ces 15 femmes, plusieurs occupent des postes régaliens : garde des Sceaux ou Défense. Non seulement, elles ne sont pas cantonnées aux secrétariats d'Etat qu'elles occupent habituellement, mais elles ne traitent plus exclusivement des portefeuilles traditionnellement dévolus aux femmes (égalité des chances, droit des femmes, enfance, tourisme). Pour comparaison, souligne Hubert Peres, professeur de science politique à Montpellier, le 1er gouvernement d'Alain Juppé en 1995, qui avait marqué les esprits par sa féminisation, voyait ses 12 femmes membres, dites "juppettes", sur 44 au total, occuper des secrétariats d'Etat (huit d'entre elles) plutôt que des ministères (quatre seulement d'entre elles). Autre preuve de l'effet d'affichage qui primait alors : six mois plus tard, huit de ces 12 femmes furent remerciées à la faveur d'un remaniement.

Cette parité actuelle est symboliquement forte. A l'instar du gouvernement Trudeau au Canada, le gouvernement sort des effets d'affichage pour s'inscrire dans une réelle division du travail entre les femmes et les hommes. Emiliano Grossman, professeur de science politique à Sciences Po

Moins de capital politique des ministres, donc plus de dépendance à l'égard du président

Ce gouvernement se distingue par le faible ancrage politique de ses membres. Si l'on mesure le nombre de mandats de député par membre, et qu'on en fait la moyenne, on se trouvait déjà à peine à 1 dans le premier gouvernement Philippe. La moyenne dans les gouvernements de la Ve République se situe plutôt à 2. Comparativement aux 39 gouvernements précédents depuis 1958, on trouve dans les gouvernements Philippe davantage de jeunes gens sans bagage parlementaire, ou nouvellement élu, ou un plus grand nombre de technocrates sans lien directement partisan, soit la fameuse "société civile" des "sans étiquette" :

Composition du gouvernement Philippe 1
Composition du gouvernement Philippe 1
© Radio France - Camille Renard

Première conséquence de cette faible expérience politique des ministres : moins d'ancrage dans l'Assemblée pour mobiliser, rassurer les députés sur des projets de loi. Une configuration à l'américaine, souligne Emiliano Grossman, où les secrétaires d'Etat sont considérés comme des employés du président, sans passé politique. Cette observation est à relativiser au regard du taux de 75% de renouvellement des députés de l'Assemblée nationale, qui change de toute façon la donne en matière de relation entre l'Assemblée et le gouvernement.

Seconde conséquence : une grande dépendance vis-à-vis du président Macron, qui, sans contrepoids dans le rapport de force vis-à-vis des ministres, a davantage les mains libres. Les ministres sans expérience parlementaire sont a priori privés d'un contact privilégié avec l'Assemblée, mais se placent dans un rapport direct et sans marge de négociation avec le président.

François Bayrou, qui détient cette légitimité politique, était la seule fausse note possible dans cette chorale en parfaite harmonie. Il est maintenant débarqué, et le bloc gouvernemental est à présent bien monolithique. Emiliano Grossman

Emiliano Grossman et Hubert Peres l'affirment à l'unisson sans s'être concertés : la seule comparaison possible de ce gouvernement singulier dans l'histoire de la Ve République est avec le gouvernement inaugural de la Ve République : celui formé par Michel Debré en 1959. On y trouve la même idée d'allégeance directe à un seul homme - le président, le même resserrement du nombre de membres (ils n'étaient que 27), un éventail relativement large de sensibilités partisanes, une forte proportion de "sans étiquettes", un rôle saillant des technocrates. Et, fait symptomatique aussi du côté de l'Assemblée, en 1958 comme en 2017, on observe les deux plus forts taux de renouvellement des députés. S'il s'agit du "rapprochement historique le plus valable dans la Ve République" selon Hubert Peres, il faut cependant souligner la singularité du contexte de 1958 : inauguration des institutions de la Ve République, et gouvernement d'union nationale dans un moment de quasi guerre civile.

La composition du gouvernement Debré (1959)
La composition du gouvernement Debré (1959)
© Radio France - Camille Renard

A LIRE "Le gouvernement Philippe 1, le plus composite de la Ve République"

2) Ce qui ne change pas

- L'âge moyen du gouvernement, à 54 ans, est même un peu plus élevée que la moyenne de la Ve République, qui varie entre 49 et 51 ans. Actuellement, aux extrêmes, huit membres ont plus de 65 ans, et huit sont trentenaires.

- La photographie arc-en-ciel de la composition de l'actuel gouvernement masque en réalité une forte présence de la gauche. Il est intéressant d'observer les changements entre le premier gouvernement Philippe, gouvernement en partie tactique en vue des législatives, et le gouvernement nommé ce 21 juin, pensé pour gouverner sur la durée : la part faite à d'anciens membres du Parti socialiste, et généralement de gauche, est plus importante, analyse Emiliano Grossman.

Le PS a changé de nom ! Ce gouvernement aurait pu être un gouvernement sous Hollande, réunissant des personnalités de centre gauche. Emiliano Grossman

Comparaison entre la composition du 1er et du 2e gouvernement Philippe
Comparaison entre la composition du 1er et du 2e gouvernement Philippe
© Radio France - Camille Renard

Le nombre de ministres et secrétaires d'Etat de gauche, si l'on ajoute les socialistes, les divers gauches et les radicaux de gauche, augmente entre les deux gouvernements. Mais si l'on regarde les provenances idéologiques et partisanes des membres de l'actuel gouvernement, au moins quatre anciennes figures de la gauche se trouvent parmi les "sans étiquette" ou Les Républicains en marche : Marlène Schiappa, ancienne adjointe au maire socialiste du Mans, Florence Parley, secrétaire d'Etat au budget sous Lionel Jospin, Christophe Castaner, ancienne tête de liste socialiste aux élections régionales de 2015 en Provence-Alpes-Côte d'Azur, ou Nicole Belloubet, ancienne première adjointe chargée de la culture de Toulouse dans la municipalité de gauche de Pierre Cohen.

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