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Grâce au confinement, les émissions de CO2 vont baisser de 8% en 2020... et ça ne changera rien

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Un masque jeté au milieu des feuilles mortes : le confinement lié au coronavirus n'aura guère d'effet positif pour la nature.
Un masque jeté au milieu des feuilles mortes : le confinement lié au coronavirus n'aura guère d'effet positif pour la nature.
© Getty - KONTROLAB

Suite au confinement mondial, la baisse de consommation des énergies a mathématiquement entraîné une baisse des émissions de gaz à effet de serre. Sur l’année 2020, elles devraient ainsi diminuer de 8 %... Un chiffre bien insuffisant pour enrayer le réchauffement climatique.

Des gens cloîtrés chez eux. Des rues vidées de circulation automobile. Même les cieux semblent immaculés alors que les avions sont cloués au sol. Pendant deux mois, le monde a été quasiment à l’arrêt… à tel point que les émissions de gaz à effet de serre pourraient diminuer, à l’année, de près de 8 %.

Le confinement, affirme-t-on, témoignerait de la possibilité d'enrayer le déclin de la nature. On en veut pour preuve qu’à Venise les eaux ne sont plus troubles et qu’un peu partout dans le monde, la faune a repris ses droits en déambulant dans des territoires depuis longtemps uniquement parcourus par des êtres humains. 

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Plus que ces exemples somme toute assez ponctuels, ce sont les estimations des baisses des émissions de CO2, le principal gaz responsable du réchauffement climatique, qui tendent à prouver l’effet bénéfique du confinement sur la nature. Ainsi, selon le site anglais Carbon Brief, spécialisé dans les questions d’énergie et de climat : en Chine, le confinement a permis de diminuer les émissions de gaz à effet de serre de 25 % ; en Inde, autre gros pays pollueur, elles ont diminué de 15 % en mars et de 30 % en avril ; du côté de la France, le Haut Conseil du Climat estime que les rejets de CO2 ont diminué de 30 % également. 

En Europe, si on ne dispose pas de chiffres précis sur la diminution globale de ces émissions, on estime en revanche que la baisse de la consommation d’énergies fossiles nécessaires à la production d’électricité a permis de réduire les émissions de CO2 de 39 % sur une période de 30 jours, comparativement à 2019.

Mieux encore : la situation a poussé à la consommation d’énergies plus vertes en lieu et place du charbon et du pétrole. Toujours selon le site Carbon brief, les productions solaires et éoliennes ont ainsi atteint une part record de 23 % de la production d’électricité européenne au mois d’avril… 

Évolution de la production d'électricité et des émissions de CO2 pour l'UE27 et le Royaume-Uni du 28 mars au 26 avril par rapport à la même période en 2019.
Évolution de la production d'électricité et des émissions de CO2 pour l'UE27 et le Royaume-Uni du 28 mars au 26 avril par rapport à la même période en 2019.
- Carbon Brief
3 min

Une baisse de 8 % des émissions de CO2 en 2020

Toutes ces données conduisent à un constat simple : selon les estimations de l’Agence internationale de l’énergie, à l’échelle mondiale, le confinement pourrait avoir pour conséquence une baisse de 8 % des émissions de gaz à effet de serre. Un record, selon le rapport publié le 30 avril dernier :

Le rapport prévoit que la demande d'énergie chutera de 6% en 2020 - sept fois la baisse après la crise financière mondiale de 2008. En termes absolus, la baisse est sans précédent - l'équivalent de la perte de la totalité de la demande énergétique de l'Inde, troisième consommateur mondial d'énergie. Les économies avancées devraient connaître les plus fortes baisses, la demande devant chuter de 9% aux États-Unis et de 11% dans l'Union européenne. L'impact de la crise sur la demande d'énergie dépend fortement de la durée et de la rigueur des mesures visant à freiner la propagation du virus. Par exemple, l'AIE a constaté que chaque mois de verrouillage mondial aux niveaux observés début avril réduit la demande mondiale annuelle d'énergie d'environ 1,5%.

Selon l'Agence Internationale de l’énergie une baisse de 8 % des émissions de gaz à effet de serre est près de six fois plus importante que celle enregistrée après la crise économique de 2008 et tout simplement jamais vue depuis la Seconde Guerre mondiale, pourtant la diminution la plus importante des émissions de gaz à effet de serre connue à ce jour.

Une baisse conséquente… mais inutile

Mais d’où vient cette baisse des émissions ? Selon une étude publiée par l’université de Cornell le 4 mai dernier, la plus grande part des émissions évitées proviendrait de l’arrêt des activités industrielles, avec une baisse de 157,9 millions de tonnes de CO2, soit 7,1 % en moins comparée à la même période en 2019. Viennent ensuite le secteur des transports routiers (145,7 millions de tonnes en moins, soit une baisse de 8,3 %) et de la génération d’électricité (131,6 millions de tonnes de CO2, pour une baisse de 3,8%)... 

La liste se poursuit, quasiment tous les secteurs enregistrant une baisse, du chauffage résidentiel à la pêche, en passant par le secteur de l’aviation, mais cela suffira-t-il ? 

L’année 2020 semble être la première année où une diminution significative des émissions de CO2 pourrait permettre, à terme de respecter l’Accord de Paris, entré en vigueur en 2016, et qui vise à limiter l’augmentation de la température à 1,5°C. Néanmoins, il faudrait que les émissions de gaz à effet de serre diminuent de 7,6 % chaque année, selon un rapport de l’Organisation des Nations Unies, pour remplir cet objectif… 

“Le paradoxe de cette crise dans son rapport avec le climat, c'est que pour la première fois, nous respectons les objectifs de l'accord de Paris et nous le faisons non pas grâce à des mesures de politique climatique, mais en raison de mesures de protection sanitaire”, souligne ainsi le spécialiste en géopolitique de l’environnement, François Gémenne, dans l’émission Entendez-vous l’éco : 

Ce qu'on voit, c'est que les émissions mondiales de gaz à effet de serre ne baissent que de 8%, ce qui, quelque part, souligne vraiment le fait que le changement climatique est un problème structurel et non conjoncturel. Tant que nous n'aurons pas transformé ces macro-structures de l'économie, tout ce que nous pourrons faire individuellement restera malgré tout - je ne vais pas dire vain -  mais restera insuffisant. C'est vraiment une expérience pédagogique en temps réel qui souligne quelque part la nécessité de transformer profondément l'économie. Il ne va pas s'agir de mettre sur pause et puis de la faire repartir comme avant. Il va véritablement falloir changer de logiciel si nous voulons lutter efficacement contre le changement climatique. [...] Le climat a besoin de baisses soutenues d'émissions de gaz à effet de serre, que nous puissions tenir dans la durée, et pas d'une année blanche comme l'année 2020, qui aura finalement très, très peu d'impact sur le changement climatique lui même. 

1h 02

Le site Carbon Brief rappelle ainsi que sans le confinement “la quantité totale de CO2 dans l'atmosphère aurait augmenté de 0,68% en 2020, par rapport à la moyenne mondiale de 2019. Mais avec le verrouillage, nous prévoyons une augmentation de 0,60 %”. Une goutte d’eau dans un océan… de carbone, donc. Qui ne permettra pas d’enrayer le réchauffement climatique. 

Une analyse que partage l’économiste Mireille Chiroleu Assouline, professeur de sciences économiques à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, dans la même émission d’Entendez-vous l’éco

C'est très faible par rapport à ce qui serait nécessaire pour réduire le risque de changement climatique. Et puis, c'est très faible aussi parce que c'est purement transitoire, c'est-à-dire que rien n'a changé dans l'économie. Simplement, on s'est arrêté, c'est à dire qu'il se passe à peu près la même chose que lorsque, dans votre appartement, vous éteignez la lumière. Vous ne consommez plus d'énergie ? D'accord, mais dès que vous rallumez, vous allez en consommer autant et c'est ce qui se passe actuellement. Les structures n'ont absolument pas changé... et ce n'est pas après quelques mois d'arrêt des activités productives que celles-ci peuvent avoir changé. Par conséquent, il n'y a pas d'impact à long terme de réduction des émissions. 

Pire encore, la situation actuelle pourrait conduire à un rebond des émissions de gaz à effet de serre, comme cela avait été le cas en 2010, au sortir de la crise économique débutée en 2008, comme le précise le Dr Fatih Birol, directeur de l’Agence internationale de l’énergie : 

La baisse historique des émissions mondiales n'est absolument pas réjouissante. Et si les conséquences de la crise financière de 2008 se prolongent, il est probable que nous assistions bientôt à un net rebond des émissions à mesure que les conditions économiques s'amélioreront. Mais les gouvernements peuvent tirer des leçons de cette expérience en plaçant les technologies énergétiques propres - énergies renouvelables, efficacité, batteries, hydrogène et capture du carbone - au cœur de leurs plans de relance économique. Investir dans ces domaines peut créer des emplois, rendre les économies plus compétitives et orienter le monde vers un avenir énergétique plus résilient et plus propre.