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Gray et Skolimowski : le cancre et l’âne

Par
Dix ans après "The Immigrant", James Gray revient à Cannes avec "Armaggedon Time".
Dix ans après "The Immigrant", James Gray revient à Cannes avec "Armaggedon Time".
- Universal Pictures

Au menu de cette deuxième journée de compétition cannoise, une enfance sans relief dans le Queens de 1980, et une traversée animiste de l’Europe par un âne

Pour sa cinquième fois en compétition à Cannes, James Gray, après l'Oedipe interplanétaire qu'était Ad Astra, retourne dans son territoire de prédilection, New York, et en particulier le Queens, dans le quartier où il a grandi. Malgré son titre grandiloquent, Armageddon Time, des temps apocalyptiques qui font référence à la menace nucléaire (on est en 1980, à la veille de l'élection de Ronald Reagan) comme à la chanson des Clash, on est cette fois dans une forme des plus modestes, avec cette histoire très autobiographique d'un garçon de 12 ans issu de la diaspora juive ukrainienne (et même par la bande, c'est encore l'Ukraine qui marque sa présence dans cette 75e édition cannoise, après la présentation hier d'un montage des images tournées à Marioupol par le documentariste Mantas Kvedaravicius avant d'y être assassiné par l'armée russe). 

Une vocation artistique qui se heurte aux ambitions familiales, un grand-père qui lui apprend à être un mensch, l'amitié avec un garçon noir sans famille avec qui il fait les 400 coups, mais qui ne survit pas aux logiques de race et de classe, tout cela vient directement de l'enfance du cinéaste, mais à trop vouloir faire ressurgir les souvenirs et revivre des êtres chers et disparus, là où auparavant il travestissait son autobiographie sous le prisme du genre, James Gray perd en âpreté ce qu'il gagne en sincérité. 

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Extase 

On aura été autrement emporté par EO, du doyen de la compétition, le polonais Jerzy Skolimowski, 84 ans. Inspiré d'Au hasard Balthazar, il suit les tribulations d'un âne, de la Pologne à l'Italie, mais on est bien loin de Bresson : le film est un incroyable trip pictural, musical, animiste, cosmique, complètement expérimental, mais qui transporte ceux qui s'y abandonnent aux sommets de l'extase cinématographique.