Greta Thunberg dessinée par Pénélope Bagieu

Publicité

Greta Thunberg dessinée par Pénélope Bagieu

Par

Les dessins de Pénélope Bagieu sont peuplés de femmes extraordinaires et injustement méconnues qu'elle remet à l'honneur dans son best-seller "Culottées". Cette fois, elle dessine Greta Thunberg, qui vient de recevoir le prix Ambassadeur de la conscience d'Amnesty International.

"Elle représente pour moi une bonne personnification de ce que c'est que tenir tête au vieux monde." C'est ainsi que la dessinatrice Pénélope Bagieu décrit l'adolescente suédoise. On a demandé à l'autrice des Culottées de nous dessiner celle qui aujourd'hui est devenue un symbole de la lutte contre le réchauffement climatique.

Pénélope Bagieu: "Je fais sa petite tête ronde, sa petite tête d’enfant. C’est une enfant, malgré tout ce qu’on peut lui balancer comme horreurs, ça reste une enfant. Là, c’est ses yeux malins, comme ça.
C’est une source d’admiration sans borne parce que quel courage elle a, d’arpenter le monde comme ça, de se prendre tous ces torrents de méfiance transformés en moqueries et en haine de la part de tout le vieux monde qui a tellement peur d’elle. On ne peut pas tellement l’affronter sur le terrain des idées, puisque ce qu’elle dit est malheureusement incontestable. Alors du coup on se moque d’elle, elle cumule : c’est une femme, en plus elle est jeune donc elle ne sait pas de quoi elle parle, elle ferait mieux d’aller à l’école, et en plus elle est autiste. Je suis admirative du fait qu’elle ne capitule pas. J’imagine que pour les ados ça doit beaucoup changer la donne de se dire : “on a une forme de pouvoir nous aussi”."

Publicité

Des femmes inspirantes et méconnues

Au cœur du travail de Pénélope Bagieu, on trouve souvent des personnages féminins courageux. Dans son best-seller les Culottées, elle raconte l’histoire de 30 femmes extraordinaires, aux destins inspirants mais qui restent peu connues du grand public.

Pénélope Bagieu: "Le point de départ c’est surtout la surprise et un peu l’agacement de me dire : “mais comment ça se fait qu’on n’ait jamais parlé d’elle alors qu’elle a une histoire incroyable que sa vie est un film tout prêt.” Par exemple, Annette Kellerman, qui a inventé le maillot de bain, sa vie est un film, c’est-à-dire que du début à la fin on se dit : “ce n’est pas possible que quelqu’un ait fait autant de trucs dans sa vie et de manière aussi spectaculaire et absurde tout le temps.” Et pourtant si, et pourtant on ne parle pas d’elle." 

Parler des femmes remarquables était une nécessité pour l’autrice féministe qui a reçu un Eisner Award, l’un des plus prestigieux prix en bande dessinée, pour ses Culottées. Et ce, malgré la difficulté pour une femme de s’imposer dans un milieu très masculin

Pénélope Bagieu: "Il faut prouver son sérieux, sa valeur et son acharnement 40 fois plus et tout le temps, pour être prise au sérieux, pour ne pas être enfermée dans une case. Et puis c’est un travail permanent contre le syndrome de l’imposteur. Je pense que comme dans beaucoup de métiers et domaines, la force vient vraiment du fait de se fédérer, de se rendre compte qu’on est nombreuses, de se mettre en commun et de mettre nos expériences en commun, et déjà de se plaindre en commun. Et puis reprendre les gens parce que les gens sont souvent maladroits plus que mal intentionnés. Donc, reprendre les gens sur des remarques, sur une façon de créer un personnage féminin : “vraiment t’es obligé de la faire comme ça, tu crois pas que tu pourrais faire une femme plus crédible ?”"

Représenter les femmes

Dans ses œuvres, les femmes sont libres et représentées dans toute leur diversité d'origines et de corps.

Pénélope Bagieu: "J’ai eu un très bon conseil quand je faisais des études d’art, on m’a dit de ne surtout pas essayer d’avoir un style. Quand on dessine des personnages qui ont existé, cette diversité elle s’impose d’elle-même. Quand on dessine des personnages de fiction, on dessine ce qu’on voit. Si on ne cherche pas à tout prix à gommer la diversité de corps, elle existe naturellement donc c’est plutôt le problème inverse de manière hyper perverse qui a été à l’œuvre pendant très longtemps. C’est de se dire "on va surtout pas faire des vraies gens", on va plutôt inventer une femme imaginaire qui n’existe nulle part, ou alors il y en a quatre sur Terre, et on va essayer de faire croire au monde entier et surtout aux femmes du monde entier que c’est ça une femme."