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Guatemala : Qui est Jimmy Morales, le comique élu président ?

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Sans aucune expérience politique, l'humoriste, comédien et animateur de télévision vient de l'emporter face à l'ex-Première dame Sandra Torres, soutenue par l'Union nationale de l'espoir (UNE, social-démocrate). Leader du parti FCN-Nación (droite), celui qui prendra ses fonctions mi janvier a signé une large victoire dans un vaste mouvement d'exaspération populaire contre la corruption et la classe politique traditionnelle. Voici son portrait établi début septembre, alors qu'il venait déjà de créer la surprise, en arrivant en tête du premier tour de ces élections présidentielles.

Jimmy Morales, à Guatemala city, le 21 octobre 2015
Jimmy Morales, à Guatemala city, le 21 octobre 2015
© Reuters - Jorge Dan Lopez

"Pendant 20 ans, je les ai faits rire, je leur promets que si je deviens président, je ne les ferai pas pleurer."

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Jimmy Morales a profité de son statut d’outsider hors-système pour arriver en tête du premier tour des élections présidentielles (23,95%), ce dimanche 6 septembre. Il a devancé Sandra Torres (19,68%), du parti UNE (social-démocrate), ex-épouse de l’ancien président Alvaro Colom, au pouvoir de 2008 à 2012.
Selon le tribunal électoral, la participation a atteint 70,4%, un record dans ce pays où un peu plus de la moitié de la population vit sous le seuil de la pauvreté.

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Surfant sur la vague anti-corruption, ce père de quatre enfants, âgé de 46 ans, a profité de la démission du président de la République Otto Pérez [voir encadré]. Il a également bénéficié des scandales de corruption et de blanchiment d’argent qui ont touché les proches de Manuel Baldizon, le candidat du parti Lider (droite) longtemps favori dans les sondages.

"Le Guatemala a toujours été un pays à la fois marqué par les scandales liés à l’impunité face aux crimes – des forces armées et de la police principalement – et aussi face à la corruption politique", affirme Jean-Jacques Kourliandsky, chercheur à l’IRIS.

Né dans une famille pratiquante, issu des rangs de l’église évangéliste, Jimmy Morales étudie les questions de théologie à l’université. Il obtient une maîtrise en administration des entreprises, puis se fait connaître en tant que comédien à la télévision. Il anime pendant plus de 15 ans le programme "Moralejas", avec son frère Sammy. Il y joue notamment le rôle de Neto, un cow-boy naïf qui devient accidentellement président de la République . Au cinéma, il produit et joue dans sept films.

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Une offre politique pas claire, pas très nourrie.
En 2011, il se présente aux élections municipales, dans la commune de Mixco (384.000 habitants). Soutenu par le parti ADN, disparu depuis, il ne recueille que 7,95% des voix et échoue au premier tour. Mais le 10 mars 2013, il devient secrétaire général du FC-Nación et est intronisé candidat pour les présidentielles le 17 mai dernier.

Selon Kévin Parthenay, docteur associé au CERI et à Sciences Po , la population a voté pour Jimmy Morales pour sa personnalité et non pour son programme. Les dimensions fiscale et sociétale en sont quasiment absentes :

Le programme de Jimmy Morales

1 min

Kévin Parthenay estime que ses chances d’accéder à la présidence du Guatemala, le 25 octobre, sont relativement bonnes :

Les chances de Jimmy Morales au 2nd tour

1 min

Le président déchu Président de la République du Guatemala depuis le 14 janvier 2012, Otto Pérez est un ancien général de 64 ans. En avril dernier, il est éclaboussé par un scandale de corruption. Le directeur des impôts et de nombreux autres fonctionnaires sont placés en détention, accusés d'avoir touché des pots-de-vin sur un réseau de fraude aux taxes douanières. Sur les 15,5 millions d'habitants que compte le pays, plusieurs milliers d'entre eux manifestent à Guatemala, la capitale, pour réclamer la démission d'Otto Pérez et celle de sa vice-présidente, Roxana Baldetti. Début mai, celle-ci se soustrait aux voeux des manifestants. Elle est placée en détention.

Les mobilisations populaires se multiplient, tandis qu'Otto Pérez refuse de laisser son poste. Le 1er septembre, le parlement décide à l'unanimité de lever l'immunité du président, pour la première fois dans l'histoire du pays. Deux jours plus tard, le juge Miguel Angel Galvez lance un mandat d'arrêt contre Otto Pérez. Celui-ci démissionne dans la foulée. Il est alors placé en détention dans la caserne militaire de Matamoros, dans le centre de la capitale. Placé en garde à vue, il est entendu dans la matinée par un juge. Lui et son ancienne vice-présidente, Roxana Baldetti, sont accusés d'avoir touché chacun 800.000 dollars en pots-de-vin et des cadeaux en nature, via un réseau qui aurait détourné 3,8 millions de dollars entre mai 2014 et avril 2015. Un scandale révélé grâce au travail du parquet et de la commission de l'ONU contre l'impunité (CICIG).
Les peuples du Guatemala et du Monténégro disent non à la corruption

Revue de presse internationale de ce lundi 26 octobre. Par Ludovic Piedtenu.