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Guillermo Mordillo : dessiner pour parler sans les mots

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L'artiste Guillermo Mordillo pose devant quelques unes de ses planches de dessin.
L'artiste Guillermo Mordillo pose devant quelques unes de ses planches de dessin.
© AFP - CHRISTOF STACHE

Disparition . Ce 29 juin est mort le dessinateur de bande dessinée argentin Guillermo Mordillo, l'inventeur du malicieux "personnage patate", un petit homme tout blanc, noyé dans un univers baroque. Réécoutez-le dans quelques archives de France Culture, racontant par exemple la naissance de sa vocation.

"Parti pris" avec Guillermo Mordillo, 1977, France Culture

25 min

Il avait quitté son Argentine natale pour rejoindre le Pérou, l’Allemagne, les Etats-Unis, puis la France, pour devenir l’un des grands dessinateurs de bande dessinée du XXe siècle. Doté d’un humour noir qui faisait sa signature, il avait conquis une notoriété mondiale grâce à des dessins sans dialogues, dont le héros principal est petit, blanc et asexué. Guillermo Mordillo est décédé dans la nuit de vendredi à samedi 29 juin, a annoncé le journal El Pais, sur l’île de Majorque. Il avait 86 ans.

Guillermo Mordillo est né le 4 août 1932, la même année que son compatriote Quino et que le dessinateur français Sempé. "Je ne sais pas si c’est une coïncidence mais il y a pas mal de dessinateurs qui sont nés en 1932. J’aime les coïncidences, et celle-ci est assez grande. Le plus célèbre dessinateur humoristique du Brésil, c’est Ziraldo, il est né en 1932, le plus célèbre en Argentine, c’est Quino, né en 1932", confiait-il dans l’émission "Parti paris", le 25 janvier 1977 sur France Culture. 

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Le coup de foudre avec "Blanche-Neige"

Ses parents, ouvriers, l'éveillent très tôt à l'art et la culture. Alors qu’il n’est encore qu'écolier, sa mère l’emmène voir Blanche-Neige de Walt Disney, sortie en 1938. C’est le coup de foudre. Mordillo décide alors de devenir dessinateur : "Pendant près de la moitié de ma vie, j’ai constaté que je ne pouvais pas m’exprimer par la parole. Un jour, par hasard j’ai trouvé un système pour parler sans les mots", confiait-il sur France Culture.  

Il avait commencé sa carrière dans la publicité et l’illustration au Pérou. En 1960, il part pour New York, pour un studio de dessins animés parlant. Il travaille notamment sur Popeye. Trois ans plus tard, il rejoint Paris, où ses illustrations sont publiées par Lui, Paris-Match, Marie-Claire. Il gagne ensuite l’Espagne, selon son éditeur Glénat, qui souligne notamment son "succès astronomique en Angleterre et en Allemagne", et salue "la rondeur du trait et aussi le fait de garder en blanc la peau de ses personnages, qui du coup sont immédiatement repérables surtout si le décor foisonne de couleurs".

La création du "personnage patate"

Dans les années 1970, il crée son personnage principal en forme de patate et asexué, directement inspiré de Charlie Chaplin, Buster Keaton... et d'une balle de golf : 

J’ai mis du temps à concevoir ce personnage. A l’époque, je faisais des cartes humoristiques. J’ai commencé à étudier un personnage potatoe, qui n’a pas d’oreille, de bouche, et c’est peut être ça justement qui donne beaucoup d’expressivité. Je me suis aussi inspiré de Buster Keaton (...) La balle de golf est très petite et on l’envoie loin. Si elle est blanche dans un décor vert, ce n’est pas pour rien. C’est le même principe pour mes dessins, qui sont plein de couleurs, sauf mon personnage qui ressort. J’ai déjà essayé de lui donner une couleur, une couleur de peau humaine, mais cela ne va pas, il se fond dans le décor.

En 1977, le dessinateur s'exprimait dans l'émission "Parti pris", sur France Culture, à propos de ses origines, de ses inspirations, et de son univers coloré et humoristique : 

L’humour est nécessaire quand les situations sont difficiles. Et je crois que la situation actuelle de l’Argentine va donner beaucoup d’humoristes. 

Par hasard, j’ai rencontré Charlie Chaplin, une fois. Il est arrivé en voiture. C’était en février 1967, à partir de ce moment-là, tout a changé pour moi. 

Mon père avait un côté poète. Il aimait écrire des vers, qui étaient très mauvais, mais il aimait écrire. 

Dans mes dessins, il y a des sujets qui reviennent continuellement : je fais de l’actualité continuelle. Ce qui me vient le plus à l’esprit, c’est la solitude, ajoutée à la diversité de communication. Je n’aime pas philosopher la vie, mais je pense que je suis un témoin, je fais des observations, parfois naïve.