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Gustave Flaubert, une apparition

Gustave Flaubert, Lettre autographe signée
Gustave Flaubert, Lettre autographe signée

"Il me monte de la merde dans la bouche. J'en veux faire une pâte dont je barbouillerai le XIXème siècle", écrit Flaubert à son ami à Louis Bouilhet en 1855, un an avant la publication de "Madame Bovary". Le 29 novembre 2007, "Une vie, une oeuvre" s'immergeait dans les correspondances de l'écrivain.

Alors que venait de paraître en Pléiade le dernier tome des correspondances de Flaubert, l'émission Une vie, une oeuvre se penchait sur les lettres de l'écrivain, le 29 novembre 2007.

Gustave Flaubert, une apparition_ "Une vie, une oeuvre", 29 novembre 2007

58 min

Par Sophie Berdah. Réalisation : Lionel Quantin

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"Il me monte de la merde dans la bouche. J'en veux faire une pâte dont je barbouillerai le XIXème siècle", écrit Flaubert à son ami à Louis Bouilhet en 1855, un an avant la publication de Madame Bovary, sans même en imaginer les effets : procès, succès, et grandes mondanités. Alors quoi, il en aurait profité ?, lui qui avait en tête un plan (littérairement) terroriste. Il en aurait profité, oui, aurait flirté avec la princesse Mathilde, cousine du très raillé Napoléon III, aurait dansé aux Tuileries et accepté sa Légion d'honneur, lui qui fanfaronnait quelques temps auparavant, fier de son aphorisme : " Le grade dégrade ".

Il s'arrangeait, en fait, en quête tardive d'une reconnaissance littéraire, lui qui fut si blessé de connaître le succès par ses deux premières œuvres, puis plus rien. Et c'est autour de ce "rien", de ce vide qui grandit, de ces passions inactives et grises qu'il continuât à écrire, L'Education Sentimentale notamment, toujours plus incompris. Mais des 4000 lettres qui composent sa correspondance, il émane aussi d'autres mystères : un jeune homme métamorphosé par l'année 46 ("Tout tombe autour de moi"), une sexualité colorée ("Départ de Rouen noyé de foutre, de larmes, de cheveux et de champagne (...) Manière féroce dont elle se déshabillait, jetant tout à bas (...) amour si violent qu'il tourne au sadisme - plaisir du supplice"), et des airs de Cassandre ("Nous allons entrer dans une ère stupide. On sera utilitaire, militaire, américain et catholique").

Bien qu'il soit aujourd'hui unanimement salué, on lui reprocha "une peinture admirable sous le rapport du talent, mais exécrable au point de vue de la morale" (Ernest Pinard, avocat), un rapport à l'amour fait d'absences répétées (Louise Colet) et des manières trop provinciales (Edmond de Goncourt). De s'enfermer à Croisset des mois durant avec son chien Julio, de louer un appartement boulevard du Temple pour y faire le pitre en pantalon chinois, et d'écrire des livres déprimants. Et puis quoi, qu'en reste-t-il ? Comment le saisir ? D'où vient ce mystère, cette fascination posthume ? Des "apparitions", sans doute, encore.

Avec : Anne Herschberg-Pierrot, professeur à l'université Paris VIII, responsable de l'équipe Flaubert au CNRS, Pierre-Marc de Biasi, directeur de recherches au CNRS et spécialiste de Flaubert, Arlette Dubois, conservatrice au musée Flaubert de Rouen et Philippe Dufour, professeur de littérature du XIXe siècle à l'université de Tours