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Häxan (1922), réalisé par Benjamin Christensen

Haxan
Haxan

Häxan sort enfin de l’ombre et des fonds de tiroirs. Tourné dans les années 1920, son destin s’est cristallisé dans la poussière et l’oubli, mais les œuvres, même les plus confidentielles, ont leur ange gardien. Nettoyées, briquées, remastérisées, les sorcières brillent de mille feux.

Entre 1919 et 1921, le cinéaste suédois Benjamin Christensen dévore les ouvrages traitant de sorcellerie et de chasse aux sorcières. Sa passion du Moyen Age le pousse à s’immerger dans d’obscurs incunables, bréviaires de sorcières et autres manuels de l'Inquisition. De février à octobre 1921, Christensen s’affaire à ce qui deviendra l’un des films muets les plus chers de l’histoire du petit cinématographe mais, surtout, une étude qui encore aujourd’hui fait référence ; la sorcellerie à travers les âges. Häxan déroule une série de tableaux d’une hallucinante beauté, où lumière et ténèbres se fondent et s’entrelacent comme pour mieux rendre les honneurs aux démons et fées de mauvaise vie. La lumière danse. Les suppôts crochus et cornus remontent des enfers accueillis en rois. Christensen pose l’ambiance et n’oublie rien ni personne : le manuel du parfait petit tortionnaire, le diable lubrique, les nonnes masochistes, les vierges folles… Black Sabbat, l’orgie bat son plein ! Häxan est avant tout une œuvre politique qui, fort heureusement, ne tombe pas dans le piège du manichéisme à deux sous mais dénonce les excès d’institutions reconnues par les sociétés de l’époque ; la vieille institution catholique romaine et sa terrible Inquisition, ainsi que la moderne institution psychiatrique et ses terribles asiles. Sous ses airs gothiques, Häxan est un bijou du cinéma expressionniste. La Bête immonde trouve refuge dans un magnifique coffret 2 galettes contenant pas moins de trois versions : une première de 87 minutes soutenue par la bande-son du groupe islandais Bang Gang et interprété par le Bulgarian Chamber Orchestra, la version de 1968 (76’) narrée par William S. Burroughs sur le score du violoniste virtuose Jean-Luc Ponty, et la dernière, cerise sur le gâteau, dure 104 minutes. Ô joie !

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