Hamida Djandoubi, le dernier condamné à mort exécuté de l'histoire de France

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Hamida Djandoubi, le dernier condamné à mort exécuté de l'histoire de France

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Alors que la France fête le quarantième anniversaire de l'abolition de la peine de mort, voici l'histoire du dernier condamné à mort guillotiné, Hamida Djandoubi, condamné à mort pour assassinat, viol et torture.

Il fut le dernier condamné à mort exécuté de l’histoire de France et le dernier homme guillotiné en Europe. En 1977, Hamida Djandoubi a été condamné pour "assassinat après tortures et barbarie, viol et violences avec préméditation".

L'un de ses avocats, Jean Goudareau, raconte les instants qui précèdent l'exécution devant les caméras de France 3 en 2006 : "Nous étions une quinzaine tous debout naturellement, et un trépied pour que le bonhomme s'assoie avec le bourreau et les deux aides derrière lui. Alors, on lui détache les mains, on lui demande s’il veut une cigarette, il veut une cigarette, puis il en veut une deuxième, puis une troisième…”

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Né en Tunisie, Hamida Djandoubi arrive en France à 19 ans, en 1968. “Bel homme”, “jovial”, “fêtard” selon ceux qu’il côtoie, il abandonne des études de droit et devient ouvrier agricole.

À réécouter : Le fait divers

Sa vie bascule en octobre 1971, lorsque sa jambe est happée par un motoculteur. Amputé, meurtri, Hamida Djandoubi commence à montrer un visage acariâtre et violent. Il rencontre à l’hôpital Elisabeth Bousquet, une jeune femme de 18 ans. Leur relation devient vite une mécanique d’emprise. Il la force à se prostituer. Hamida Djandoubi est condamné à de la prison pour proxénétisme.

Une nuit de torture

Quelques mois plus tard, il recroise Elisabeth par hasard et entreprend de se venger. Commence une longue nuit de supplice, le 3 juillet 1974, non loin de Marseille, où Elisabeth est frappée, brûlée, torturée puis étranglée. C’est une autre victime de Djandoubi qui porte plainte contre lui un mois plus tard : une adolescente en déshérence qu’il avait battue et violée.  

Hamida Djandoubi est arrêté et incarcéré aux Baumettes à Marseille. Il reconnaît les faits et collabore avec la justice pour une reconstitution.  

Ses avocats axent sa défense sur son handicap et l’un dit maladroitement : “On lui a déjà coupé la jambe, on ne va pas en plus lui couper la tête.” L’expertise psychiatrique conclut que l’accusé a “une intelligence supérieure à la normale” mais qu’il représente “un colossal danger social”.

Le 25 février 1977, Hamida Djandoubi est condamné à mort aux Assises pour “assassinat après tortures et barbarie, viol et violences avec préméditation” à une époque où le débat sur l’abolition de la peine de mort, défendue par l’avocat Robert Badinter, fait rage.

Un espoir de grâce pour les avocats

Ses avocats jouent contre la montre et espèrent une grâce présidentielle. L'un d'eux, Jean Goudareau, raconte : "Je savais que la peine de mort devait être abrogée à la rentrée parlementaire. Je me disais que j'étais le dernier. Je me disais : on va pas me le condamner à mort et me le faire exécuter !"

La grâce est rejetée et l'exécution est avancée au lendemain. Hamida Djandoubi est réveillé vers 4h du matin et emmené dans la cour.
Monique Mabelly, doyenne des juges d’instruction est invitée comme témoin. Elle livre un témoignage de ces derniers instants : "Un jeune gardien s’approche avec une bouteille de rhum et un verre. Il demande au condamné s'il veut boire et lui verse un demi-verre. Le condamné commence à boire lentement. Il a compris que sa vie s'arrêterait quand il aurait fini de boire."

Après avoir tenté d’arracher quelques minutes supplémentaires à la mort, Hamida Djandoubi est attaché à la guillotine.

Monique Mabelly poursuit : "J'entends un bruit sourd. Je me retourne – du sang, beaucoup de sang, du sang très rouge –, le corps a basculé dans le panier. En une seconde, une vie a été tranchée. L'homme qui parlait, moins d'une minute plus tôt, n'est plus qu'un pyjama bleu dans un panier. Un gardien prend un tuyau d'arrosage. Il faut vite effacer les traces du crime."

Hamida Djandoubi fait partie des trois condamnés exécutés sous le septennat de Giscard d'Estaing. Après l'élection de François Mitterrand, la peine de mort est abolie, comme il s’y était engagé durant la campagne, malgré une opinion publique défavorable. La France est le dernier pays de la Communauté économique européenne à abolir la peine capitale.

À réécouter : Le verdict