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Hannah Arendt sur les régimes d'exception : "Quelque chose qui dépasse de loin ces crimes"

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Alors que le Conseil constitutionnel doit se prononcer ce mardi 22 décembre sur les assignations à résidence décrétées depuis l'instauration de l'état d'urgence, redécouvrez cette archive d'Hannah Arendt qui s'exprimait en 1974 sur les régimes d'exception.

Un passant photographie la vitrine du bar Le Carillon, visé par un attentat le 13/11/2015 à Paris
Un passant photographie la vitrine du bar Le Carillon, visé par un attentat le 13/11/2015 à Paris
© Reuters - Yves Herman

Le Conseil constitutionnel doit se prononcer ce mardi 22 décembre sur les assignations à résidence depuis les attentats de Paris et de Saint-Denis. Cette décision intervient alors que l'aménagement de l'état d'urgence dans la Constitution doit être présenté le lendemain-même en conseil des ministres. Dans sa forme actuelle, l'état d'urgence est aujourd'hui actif depuis près de six semaines, puisqu'il est entré en vigueur dans la nuit qui a suivi les attentats du 13 novembre.

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Or, ce régime légal d'exception pose au moins une double question aujourd'hui : celle du nombre d'assignations à résidence, qui concernent 354 personnes depuis le 14 novembre, ainsi que celle de la grande variété de profil des assignés à résidence puisque la liste brasse pêle-mêle, islamistes radicaux réputés proches du djihad et activistes écologistes. L'un d'eux, qui se présente comme militant écologiste, est celui qui a saisi le Conseil consitutionnel.

Le 11 décembre, Manuel Valls défendait ainsi les assignations à résidence:

Et puis il y a eu, oui, 354 assignations à résidence, parce que c'est aussi un moyen de mettre de côté des individus qui peuvent être dangereux pour l'Etat, pour l'intérêt général et l'ordre public.

Il est éclairant de revoir ces déclarations de Manuel Valls à la lumière d'une archive d'Hannah Arrendt en 1974. La philosophe allemande est alors interviewée par Roger Errera à New-York, où elle s'est réfugiée pour fuir le nazisme et où elle a déjà entamé son travail sur la banalité du mal.

Voici ce qu'elle déclare dans une série d'entretiens filmés pour l'ORTF, alors que la France annonçait justement cette année-là son intention de durcir l'état d'urgence :

Ce qui est propre à notre temps c'est l'intrusion massive de la criminalité dans la vie politique. Je veux parler ici de quelque chose qui dépasse de loin ces crimes, que l'on cherche toujours à justifier par la raison d'Etat, en prétextant que ce sont des exceptions à la règle.

Ecoutez Hannah Arendt dans cette série d'entretiens de 1974 :

Le visage de Hannah Arendt sur une série de timbres allemands
Le visage de Hannah Arendt sur une série de timbres allemands

Hannah Arendt répond à Roger Errera, 1974

1 min

Cet extrait de l'entretien accordé à Roger Errera a été diffusé une première fois le 6 juin 1974 sur la Première chaîne, puis le 18 octobre 1984 sur France Culture à l'occasion de l'émission "Une vie, une oeuvre" consacrée à Hannah Arendt. Vous pouvez redécouvrir l'intégralité d'"Une vie, une oeuvre" par ici :

Une vie, une oeuvre sur Hannah Arendt, le 18/10/1984 sur France Culture

50 min

Archive INA-Radio France