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Harcèlement sexuel et agressions : la parole se libère via le hashtag "balance ton porc"

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C'est la journaliste Sandra Muller, de la Lettre de l'audiovisuel, qui a lancé #balancetonporc, devenu ce week end le plus relayé sur Twitter
C'est la journaliste Sandra Muller, de la Lettre de l'audiovisuel, qui a lancé #balancetonporc, devenu ce week end le plus relayé sur Twitter

Conséquence du scandale Weinstein aux Etats-Unis, la parole des femmes se libère aussi en France. Le mot-dièse "balance ton porc" en est un symbole, en écho à #MyHarveyWeinstein. Il a généré des milliers de commentaires et témoignages ce week end sur Twitter.

Le scandale Harvey Weinstein avait pris il y a quelques jours une dimension française avec les accusations de Léa Seydoux, Judith Godrèche, Emma de Caunes et Florence Darel, s'ajoutant à la longue liste des victimes américaines. Les quatre actrices ont dit avoir été harcelées ou agressées par le célèbre producteur hollywoodien. Mais ce mouvement de libération de la parole féminine dépasse largement le seul monde du cinéma. Depuis vendredi, le mot-dièse #balancetonporc a engendré des milliers de commentaires et prises de parole sur Twitter. Un relais français à #MyHarveyWeinstein, lancé le 5 octobre dernier par l'écrivaine canadienne Anne T. Donahue.

L'appel d'une journaliste à dénoncer le harcèlement massivement relayé et commenté

Journaliste spécialisée dans les médias, Sandra Muller a initié le hastag "balancetonporc" vendredi soir. Elle même raconte les propos d'un rédacteur en chef, dont elle révèle l'identité : "Tu as des gros seins. Tu es mon type de femme. Je vais te faire jouir toute la nuit". Rapidement, des centaines d'autres femmes témoignent (lire ci-dessous les tweets, ainsi que les dizaines de réactions sur notre post Facebook). Un très grand nombre de journalistes s'expriment, comme Giulia Foïs, de Radio France : "Un red chef, grande radio, petit couloir, m'attrapant par la gorge, "un jour je vais te baiser que tu le veuilles ou non".

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C'était il y a 20 ans. Giulia Foïs en avait déjà parlé à l'époque et cela n'avait eu aucune conséquence. La journaliste pensait que les mentalités étaient en train d'évoluer, sauf que... Interrogée par Valentine Joubin, elle explique d'abord pourquoi elle a répondu à cet appel :

"20 ans plus tard, je témoigne à nouveau parce qu'il y a un élan de solidarité sur Twitter et que la honte doit changer de camp"

5 min

Toutes les occasions pour parler sont bonnes à prendre et le silence protège les agresseurs. J'ai choisi l'anecdote la plus soft de tout ce qui a pu m'arriver. Et c'est vraiment très très soft par rapport à tout ce qui arrive à toutes les femmes en France et dans le monde. Vingt ans après, je témoigne à nouveau parce qu'il y a une arme formidable qui s'appelle Twitter et j'ai l'impression qu'il y a sur Twitter un élan de solidarité, un de ces moments où la parole se libère. Donc, j'y vais parce que ainsi, petit à petit, comme le dit le slogan des féministes, la honte changera de camp. Mais vu certaines réactions à mon tweet depuis 24h, traitée de mytho, de lâche, je suis à deux doigts de le regretter. Même si à 70%, j'ai été soutenue.

Comme dans la plupart des messages postés sur Twitter, Giulia Foïs n'a pas donné le nom de son harceleur, car elle n'a pas envie de se livrer à du lynchage. L'important pour la journaliste, comme pour l'association Osez le féminisme, est de montrer l'ampleur du phénomène, que le harcèlement sexuel touche toutes les femmes, quelque soit leur âge, quelque soit leur milieu professionnel.

En France, une femme sur cinq est officiellement victime de harcèlement sexuel au travail*, soit près de trois millions. Mercredi soir sur France 2, une soirée exceptionnelle à ce sujet, avec un téléfilm et surtout un documentaire, avait déjà fait particulièrement réagir sur les réseaux sociaux.

Hasard du calendrier, la secrétaire d'Etat Marlène Schiappa annonce ce lundi un projet de loi contre les violences sexistes et sexuelles à horizon 2018. Elle devrait pénaliser notamment le harcèlement de rue et rallonger le délai de "prescription des crimes sexuels" (actuellement fixé à 20 ans).

"La nouveauté depuis l'affaire DSK est que les femmes décident d'exister dans l'espace public"

"Honnêtement, il y a quelque chose de radicalement nouveau qui est en train de se dessiner", a commenté Michèle Riot-Sarcey, historienne du féminisme, de la liberté, jointe par Valentine Joubin. "C'est la première fois qu'il y a une réaction aussi intense, alors bien sûr cela prendre des proportions un peu problématiques, surtout que les réseaux sociaux personne ne les contrôle. Mais c'est la première fois qu'il y a cette réaction massive de femmes qui décident de surmonter le tabou de l'humiliation, l'extrême tension qu'elles ont vécu pendant des années. Et puis elles nomment parfois." :

"Cette accumulation de débats publics montre incontestablement que quelque chose change, que les femmes ont décidé d'exister dans l'espace public."

6 min

Ce qui me paraît le plus important c'est que les femmes osent prendre la parole. Se taire ne convient plus sur un thème extrêmement difficile. Il y aura peut-être des mesures répressives quelconques, mais cela ne servira pas à grand chose. Ce qui compte est que les femmes ont décidé collectivement de s'exprimer, de dénoncer et peut-être de se battre. En conséquence, dans le milieu professionnel, c'est possible que les hommes se tiennent à carreau, grosso modo, et c'est possible qu'ils prennent des précautions. Mais c'est complexe cette affaire. Parce qu'il faut aussi que la séduction s'exerce, je dirai. On ne peut pas vivre sans séduction. Mais il y a un tel dévoiement de la séduction justement. Entre les propos aimables et le harcèlement, la frontière est quelque fois très ténue.

Une première étape, avant la deuxième : la fin de l'impunité et le volet judiciaire et policier

Invitée de franceinfo ce dimanche, Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des Femmes, juge l'initiative #balancetonporc positive car "cela permet de voir le caractère massif du harcèlement sexuel et des agressions sexuelles". Mais elle rappelle que la deuxième étape, celle de "la fin de l'impunité", est encore loin d'être acquise. Car la peur des représailles est encore présente. Anne-Cécile Mailfert estime également qu'un travail de pédagogie "vis-à-vis des petits garçons pour les futures générations mais aussi vis-à-vis des hommes d'aujourd'hui" est l'une des solutions pour résoudre le problème. Et d'ajouter :

Il y a un travail qui doit être fait dans les entreprises, qui doit être fait avec des associations, qui doit être fait par le gouvernement pour permettre de faire en sorte que cette affaire et cet élan médiatique débouchent sur quelque chose de constructif et mette fin enfin à l'impunité.

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Elle aussi interrogée par franceinfo, Céline Piques, de l'association Osez le féminisme, évoque une "deuxième étape, pour laquelle on se bat nous, les féministes, c'est le volet judiciaire et policier" :

Il faut rappeler qu'aujourd'hui, neuf femmes sur dix ne portent pas plainte. C'est un drame. Quand elles portent plainte, elles ont des difficultés à voir la justice prononcer une condamnation envers les violeurs. Il y a des choses à faire au niveau de la justice, comme la formation du personnel judiciaire et policier. Près de 94 % des femmes qui ont dénoncé leur patron ou leur employeur pour des faits de harcèlement ont perdu leur travail. Les conséquences aujourd'hui sont payées par les victimes et peu par les coupables.

*Enquête sur le harcèlement sexuel au travail IFOP de mars 2014 réalisée pour le compte du Défenseur des droits

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