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Henry Bauchau :"Ma première oeuvre de prose est un bouleversement total dans ma vie"

Henry Bauchau en 1991
Henry Bauchau en 1991
© Sipa - Andersen Ulf

2009. Troisième épisode de la série "A voix nue" avec Henry Bauchau, consacrée au travail d'écriture et à l'émergence de ses premières oeuvres, qu'il regarde rétrospectivement comme une éruption violente et bouleversante d'une partie immergée de son inconscient.

Ce troisième épisode de l'entretien "A voix nue" consacrée à l'écrivain et psychanalyste Henry Bauchau porte plus particulièrement sur les débuts en littérature de l'auteur qui a exercé plusieurs métiers avant que d'être écrivain, puis psychanalyste à partir de la fin des années 70. Son premier livre, Géologie, est publié alors qu'il a déjà 48 ans, et qu'il a entamé une psychanalyse qu'il évoque ici. Henry Bauchau consacrera même un livre à sa psychanalyste, Blanche Reverchon-Jouve, et son époux, Pierre Jean Jouve, publié en 2012 chez Actes Sud, Souvenirs de Pierre et Blanche.

Rétrospectivement, Henry Bauchau décrit l'écriture de sa première oeuvre de prose, Gengis Khan, alors qu'il a quitté la Belgique puis la France pour s'installer en France, comme "une éruption foudroyante de toute une partie de l'inconscient qui était submergé".

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"A voix nue" avec Henry Bauchau 3/5 le 02/09/2009

27 min

Blanche Reverchon-Jouve m'a ouvert des horizons tout à fait nouveaux et à un moment donné, je me suis remis à écrire. Ce que j'avais cessé de faire depuis les années 1940-41. C'était des poèmes dans lesquels il y avait une sorte d'inspiration épique, mais qui n'arrivaient pas à trouver leur forme. Un jour, je lui montre un petit poème, elle me dit : "Pourquoi faites vous des petites images ?" Alors ça m'a un peu percé. J'ai essayé de faire autre chose et je me suis tourné vers un passé très lointain.

Dans son roman Œdipe sur la route, Henry Bauchau fait errer Œdipe sur la route entre Thèbes et Colonne. Il semble que le chemin qu’ait emprunté l'écrivain pour accéder à l’écriture ait été lui aussi long et sinueux...

Après cette cure psychanalytique avec Blanche Reverchon-Jouve, j’ai quitté la France pour m’installer en Suisse et c’est là qu’est née ma première œuvre en prose, Gengis Khan, qui a marqué un bouleversement total dans ma vie. Provoquant l'éruption foudroyante de toute une partie de mon inconscient qui était submergée. J’ai écrit cette première pièce, qui est assez violente, porté un mode d’expression frénétique. A ce moment-là, écrire pour le théâtre me paraissait être ma vocation. J’ai rencontré des comédiens comme Jean Marais qui se sont intéressés à la pièce mais cela n’a pas abouti. Après cet échec, j’ai fait la connaissance du poète Philippe Jaccottet qui m’a inspiré ce long poème, Géologie, que je lui ai dédié. J’ai compris à son contact qu’il ne fallait pas aller uniquement dans le sens de la violence, qu’il y avait une autre façon de s’exprimer. Son influence sur moi a été profonde. Puis j’ai pris conscience que la poésie ne pouvait suffire à tout exprimer.

Quelques années plus tard, la jeune Ariane Mnouchkine sera une rencontre marquante pour l’écrivain.

Ma première tentative en tant que dramaturge avait été un échec parce que je n’avais pas trouvé de metteur en scène. C’est à ce moment que j’ai rencontré Ariane Mnouchkine qui était encore étudiante et qui, avec son groupe d’étudiants, a décidé de monter "Gengis Khan" aux Arènes de Lutèce. Ce que je retiens de cette rencontre, c’est mon admiration pour elle. J’ai vu naître sous mes yeux un génie de la mise en scène et cela m’a beaucoup frappé. 

Le retour à la prose se fera après ce nouveau détour par le théâtre et permettra à l'écrivain de renouer le fil de sa psychanalyse, d'une certaine façon :

Ensuite, je me suis dit qu'il fallait que je tente d'écrire un roman. J’ai donc écrit "La Déchirure", qui est devenu un livre très différent de ce que j’avais imaginé. J’avais imaginé écrire ce que devenait, dix ans plus tard, une psychanalyse dans l’esprit de celui qui l’avait vécue, en y mêlant des éléments de l’enfance. Mais sur les conseils de mon ami Jean Amrouche, et après une longue lutte contre moi-même, je me suis décidé à écrire sur la mort de ma mère survenue deux ans plus tôt. Et finalement, la figure de ma mère et celle de mon frère aîné, qui étaient très peu apparues dans mon analyse réelle, sont devenues les figures prépondérantes dans ce roman.

  • "A voix nue" avec Henry Bauchau 3/5
  • Première diffusion : 02/09/2009
  • Production : Catherine Pont-Humbert