Histoire de la folie, selon Michel Foucault

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Histoire de la folie, selon Michel Foucault

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Lorsque Michel Foucault publie sa thèse, "Histoire de la folie à l'âge classique", il met en perspective le rôle du fou dans la société depuis le Moyen Âge. L'historien Hervé Guillemain explique en quoi cet ouvrage a bouleversé le monde de la psychiatrie.

Quelle prise en charge pour les patients atteints de troubles psychiatriques ? Une question qui se pose régulièrement dans l’actualité. En 1961, Michel Foucault s’intéresse au traitement de la folie lorsqu’il publie sa thèse Histoire de la folie à l’âge classique.

Avec son ouvrage, Foucault montre que la psychiatrie européenne n’a rien d’universel, qu'elle est un construit social et historique basé sur l’exclusion. Il y explique comment la société a traité les fous depuis le Moyen Âge et raconte que le fou n’a pas toujours été ce marginal qu’on enferme.

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Hervé Guillemain : "La folie a une histoire, le fou a une fonction dans la société. Il a une reconnaissance dans la société villageoise du Moyen Âge. Son discours peut tout à fait être reçu. Il fait l’objet d’un discours social qui permet de distinguer le furieux, qui doit être l’objet d’une prise en charge spécifique, même s’il n’existe pas au Moyen Âge d’institution spécialisée pour s’occuper des fous."

En 1961 sur l'ORTF, Michel Foucault expliquait :

On trouve dans la littérature du XVIe siècle et encore dans la littérature baroque du début du XVIIe siècle beaucoup d’allusions à ces personnages de fous qui distrayaient le public, il y en avait même qui étaient célèbres, qui écrivaient des livres. Au début du XVIIe siècle, quelqu’un qui signait "le Comte de Permission" et qui était un fou célèbre protégé par les plus grandes familles françaises et qui vivait à leur crochet, a publié des œuvres.

Les fous vont d’abord être enfermés dans les léproseries, mais c’est au XVIIe siècle qu’il devient vraiment un marginal. L’hôpital général, créé en 1657 l’accueille parmi une population de vagabonds et de débauchés.

Hervé Guillemain : "Le XVIe siècle fait passer le fou d’une société qui l’intègre à une société qui, au contraire, le renvoie dans la déraison, l’exclut et l’enferme. Le XVIIe siècle, que Michel Foucault interprète comme le moment du grand renfermement est pour lui fondateur d’une nouvelle histoire de la folie qui serait celle que nous connaissons aujourd’hui."

Le fou est peu à peu enfermé dans des institutions spécialisées. C’est le temps du triomphe de la raison, vantée par les Lumières, face à la déraison.

Hervé Guillemain : "Il existe des institutions hospitalières, notamment gérées par des religieux, dès l’époque moderne, mais c’est véritablement à partir des années 1800 et du XIXe siècle que se développe un réseau d’asiles pour les aliénés. Une loi va expliquer dans quels cas on peut interner un malade, c’est la loi de 1838. Cet asile va avoir beaucoup de succès à la fin du XIXe siècle, les asiles sont complètement encombrés."

Enfermé, le fou devient un objet d’étude dans les institutions spécialisées. La folie se médicalise et les aliénistes vont peu à peu devenir psychiatres. Ils décrivent les symptômes de ces nouvelles maladies mentales et les classifient. 

Hervé Guillemain : "Ces psychiatres vont essayer d’être considérés comme d’autres médecins. Ils vont mettre en place tout un système de thérapies psychiatriques nouvelles de plus en plus approuvées sur notamment le savoir biologique, les thérapies de choc, l’électrochoc, la cure de Sakel (insuline), la psychochirurgie (lobotomie) et à partir des années 1950, la chimiothérapie (neuroleptiques). C’est la principale thérapie utilisée aujourd’hui."

En savoir plus : Quelle histoire de la folie après Foucault ?