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Histoire de son des auditeurs - Il était une fois un son qui enserre la poitrine

Par

*Il était une fois deux étudiants. C'est l'année de leurs 19 ans, l'année où l'on se sent un peu aventurier. L'année où je pars avec mon meilleur ami dans un grand voyage tout autour de l'Europe. De trains en gares, nous explorons. Et les rails finissent par nous conduire vers le passé, vers le gris, vers le mal : nous arrivons à Auschwitz-Birkenau. Il fait beau ce jour là. Un ciel immaculé, l'herbe verte d'un été doux. Hagards, deux garçons errent parmi les ruines. L'horreur fait fi du climat. Nous avançons, lentement.Et ils s'élèvent.De longs soupirs, des sanglots. Ils résonnent juste à la périphérie du tympan, disparaissent quand on tend l'oreille. Mais ils sont là, bien réels. Nous nous regardons, hébétés, les pleurs ne cessent pas. Ils s'élèvent de la terre, nous enserrent la poitrine. Sous l'obscène soleil de Birkenau, les gémissements invoquent les images que nous traînons, comme tout le monde. Les trains. Les corps. Les regards.Nous décidons d'affronter les fantômes et marchons vers la source du son. Une baraque en ruines. Seules les fondations subsistent encore. Dans un coin de terre défoncée, une petite mare recueille l'eau qui suinte encore de quelques briques sales. Et au milieu de la flaque de minuscules grenouilles. Qui nous fixent de leurs billes noires, un long moment. Ouvrent la bouche. Et laissent échapper, impitoyables, le chant des trépassés. *

Hugo Pellerin

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