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Histoires de peintures : Alberti disparu, le temps retrouvé

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Adam et Ève chassés du Jardin d'Éden avant et après restauration. Fresque de  Masaccio / Wikipédia
Adam et Ève chassés du Jardin d'Éden avant et après restauration. Fresque de Masaccio / Wikipédia

Daniel Arasse poursuit sa série sur l'anachronisme et plus précisément souhaite aborder la problématique, pour bon nombre d'historien de l'art, de la restauration qui d'une certaine manière "corrige le passage du temps".

L'opération qui consiste à restaurer une oeuvre est éminemment anachronique puisqu'en éliminant la patine du temps, avec des techniques qui n'existaient pas au moment de sa réalisation, fait alors surgir une oeuvre qui n'a "finalement jamais existé"...

Histoires de peintures de Daniel Arasse : Alberti disparu, le temps retrouvé

16 min

Il faut souligner qu'aucun restaurateur ne tend à retrouver l'oeuvre originale, il faudrait être un restaurateur naïf ou malhonnête pour le penser. L'original n'existe plus depuis longtemps et, s'il existe, c'est sous cette forme où l'original du temps n°1 est devenu l'original du temps n°3 à travers le passage du temps n°2.

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Daniel Arasse n'en dit pas moins son bonheur à propos de ses expériences précieuses, où dans le confort spartiate de la chapelle du Carmine à Florence, il a pu grimper sur un échafaudage et assister à la restauration des fresques, et plus particulièrement celle de Masaccio, "Adam et Ève chassés du Jardin" :

Adam avant et après restauration, où l'on découvre "le sexe de notre père à tous". Fresque de Masaccio / Wikipédia
Adam avant et après restauration, où l'on découvre "le sexe de notre père à tous". Fresque de Masaccio / Wikipédia

Je passais des heures à regarder les progrès de la restauration. Il y a eu des moments extraordinaires, lorsque par exemple les restaurateurs m'ont montré ce qu'il y avait sous les feuilles d'arbres peintes au XVIIe siècle pour cacher le sexe d'Adam. J'avais toujours pensé que cela cachait quelque chose, et grâce à une caméra permettant de pénétrer d'environ un demi-millimètre l'épaisseur de la peinture de fresque, on a vu apparaître sur l'écran du moniteur ce qui était en dessous de ces feuilles, c'est à dire le sexe de notre père à tous.

Daniel Arasse, passeur de génie

Jamais quelqu’un n’avait aussi bien parlé de la peinture, tout style et toute époque confondue. Avant sa disparition en 2003, il avait enregistré pour France Culture, une « Histoire de la peinture » qui est devenue une référence dans le monde entier.

Daniel Arasse
Daniel Arasse
© Radio France - Capture d'écran

Daniel Arasse vous guide à travers cinq siècles d’Histoire de la peinture. Il vous prend par la main et vous emmène au plus près de toiles de grands maîtres en développant une approche didactique mêlant ses propres découvertes, son étonnement parfois, à la rigueur de la démonstration et à la précision du trait. Né en 1944 à Alger, élève de l’École normale supérieure, puis de l’école française de Rome de 1971 à 1973, il a consacré l’essentiel de ses études et de ses publications à l’art de la Renaissance italienne, dont il était le meilleur spécialiste français. Grand conférencier qui savait capter son auditoire, il rencontra la radio en 2001. Et France Culture, sous l’impulsion de Laure Adler, lui confia une émission mensuelle : "Art et essais". Mais « son plus beau cadeau », selon Bernard Comment, son ami et producteur de l’émission « Histoires de peintures », fut une cette "Histoire de la peinture", diffusée sur France Culture en vingt-cinq épisodes à l'été 2003. En compagnie du réalisateur Jean-Claude Loiseau et des techniciens en studio, Bernard Comment restait souvent électrisé devant la voix de Daniel Arasse, qui donnait à voir toute une série de tableaux et de fresques et faisait naître l’envie de "se précipiter pour les contempler autrement."