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Histoires de peintures : Éloge paradoxal de Michel Foucault à travers "Les Ménines"

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Les Ménines, une huile sur toile de Diego Velásquez réalisée en 1656. Musée du Prado
Les Ménines, une huile sur toile de Diego Velásquez réalisée en 1656. Musée du Prado

L’anachronisme reste problématique dans l’étude de l’histoire de la peinture et ne peut être évité. L'historien Daniel Arasse suggère alors une autre possibilité : le corriger pour mieux l'exploiter. Et pour le démontrer, il s'appuie sur Michel Foucault et la toile Les Ménines de Diégo Velásquez.

Daniel Arasse, pour construire sa démonstration, s'appuie sur un tableau de Velásquez "Les Ménines" et du fameux texte que lui a consacré Michel Foucault, en préface de son livre séminal Les Mots et les Choses , qui date de 1966. Le philosophe met en exergue de sa réflexion ce fameux tableau qu'il qualifie, après une magnifique analyse, de "représentation de la représentation classique". Voici ce que dit Daniel Arasse :

C'est un texte célèbre, fondamental, splendide, qu'il faut lire et relire même si on l'a lu il y a vingt ans. C'est un modèle d'intelligence, de description et d'élégance d'écriture. C'est en même temps un texte historiquement faux.

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Histoires de peintures de Daniel Arasse : Éloge paradoxal de Michel Foucault à travers "Les Ménines"

17 min

Un tableau à l'éclat singulier

Les Ménines, une huile sur toile de Diego Velásquez réalisée en 1656. Musée du Prado
Les Ménines, une huile sur toile de Diego Velásquez réalisée en 1656. Musée du Prado

A l'arrière plan, sur le mur du fond, un tableau brille "d'un éclat singulier", note Michel Foucault. C'est un miroir où se reflète le roi et la reine d'Espagne. Velásquez est supposé être en train de les peindre selon Foucault. Or pour Daniel Arasse c'est historiquement faux :

La lecture du tableau par Foucault se fonde sur l'hypothèse qu'il faut feindre que nous ne savons pas ce qui se reflète dans le miroir. Or, historiquement c'est absolument impossible puisque ce tableau a été peint à la demande du roi d'Espagne, et destiné à son bureau privé [...] Donc, l'idée que l'on peut feindre de ne pas savoir qui se reflète dans le miroir est historiquement fausse.

Cette "erreur" pour autant a été bénéfique. Puisque cet anachronisme a lancé une machine théorique qui oblige toute personne souhaitant s'intéresser à l'histoire de l'art, à s'intéresser aux Ménines. Y compris les historiens d'art eux-mêmes pour pouvoir se débarrasser et comprendre l'explication de Michel Foucault.

Daniel Arasse, passeur de génie

Daniel Arasse
Daniel Arasse
© Radio France - Capture d'écran

Jamais quelqu’un n’avait aussi bien parlé de la peinture, tout style et toute époque confondue. Avant sa disparition en 2003, il avait enregistré pour France Culture, une « Histoire de la peinture » qui est devenue une référence dans le monde entier.

Daniel Arasse vous guide à travers cinq siècles d’Histoire de la peinture. Il vous prend par la main et vous emmène au plus près de toiles de grands maîtres en développant une approche didactique mêlant ses propres découvertes, son étonnement parfois, à la rigueur de la démonstration et à la précision du trait. Né en 1944 à Alger, élève de l’École normale supérieure, puis de l’école française de Rome de 1971 à 1973, il a consacré l’essentiel de ses études et de ses publications à l’art de la Renaissance italienne, dont il était le meilleur spécialiste français. Grand conférencier qui savait capter son auditoire, il rencontra la radio en 2001. Et France Culture, sous l’impulsion de Laure Adler, lui confia une émission mensuelle : "Art et essais". Mais "son plus beau cadeau", selon Bernard Comment, son ami et producteur de l’émission "Histoires de peintures", fut une cette "Histoire de la peinture", diffusée sur France Culture en vingt-cinq épisodes à l'été 2003. En compagnie du réalisateur Jean-Claude Loiseau et des techniciens en studio, Bernard Comment restait souvent électrisé devant la voix de Daniel Arasse, qui donnait à voir toute une série de tableaux et de fresques et faisait naître l’envie de "se précipiter pour les contempler autrement."