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Histoires de peintures : Heurs et malheurs de l'anachronisme

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Tête de Méduse attribuée faussement à Léonard de Vinci (peintre inconnu)
Tête de Méduse attribuée faussement à Léonard de Vinci (peintre inconnu)

Histoires de peintures. À travers cette nouvelle causerie, l'historien de l'art Daniel Arasse, revient sur l'une des grandes problématiques de l'histoire de l'art, mais aussi des peintres ou des tableaux : l'anachronisme.

Le « mystère » de La Joconde selon Daniel Arasse, date du début du XIXe siècle, avec l'attribution erronée, à Léonard de Vinci, de la tête de méduse du Musée des Offices, en fait peinte par un Flamand du XVIIe siècle. On a fait de la méduse le revers de La Joconde, en supposant qu'un monstre se cachait derrière son sourire.

Histoires de peintures de Daniel Arasse : Heurs et malheurs de l'anachronisme

17 min

"Plus personne aujourd’hui, d’une culture européenne ou occidentale, ne verra La Joconde sans se dire avant même de l’avoir vue, au moment d’entrer dans la salle : "Elle est mystérieuse." Or, ce mystère date du début du XIXè siècle, quand par une regrettable erreur d’attribution on a cru qu’une tête de Méduse du musée des Offices était de Léonard de Vinci, alors qu’elle était en réalité d’un Flamand du XVIIè siècle. Comme on l’avait attribuée à Vinci, on a fait de la Méduse le revers de la Joconde, et c’est à ce moment là qu’elle est devenue mystérieuse, parce qu’elle est devenue un monstre. Derrière ce sourire charmant, il y avait la tête de Méduse."

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La Joconde, Portrait de Mona Lisa. Huile sur panneau de bois de Léonard de Vinci
La Joconde, Portrait de Mona Lisa. Huile sur panneau de bois de Léonard de Vinci
- Wikipédia

Un autre point de l’histoire de l’Art passionne Daniel Arasse : l’évolution des points de vue au cours des siècles. Pour l’expliquer, il s’appuie sur une icône de l’histoire de la peinture italienne : Botticelli. Il relève que de nos jours, l’idée de sa peinture correspond à la sensualité, la douceur, etc.

La Naissance de Vénus de Boticelli. 1485, Galerie des Offices, Florence.
La Naissance de Vénus de Boticelli. 1485, Galerie des Offices, Florence.

Or rien n’est plus faux selon lui. Car à la fin du XVè siècle, ce n’est pas du tout sa douceur, sa sensualité érotique que les gens avait de sa peinture mais son air viril, "l’aria virile". Il développe ainsi :

"Une oeuvre d'art porte la trace du temps qui s'est écoulé entre sa production et sa réception actuelle : les craquelures, la fameuse patine, les vernis, les accidents... Et puis, il y a quelque chose de beaucoup plus grave et fascinant, parce que insinuant et peut-être même subversif, qui est le temps mental écoulé entre les deux, et le fait que l'oeuvre que je vois devant moi, même si c'est la première fois que je la vois, ce n'est pas en fait la première fois. Il y a eu d'autres regards. Et ces regards posés sur cette oeuvre, depuis deux, trois, quatre siècles, contribuent à former et informer mon propre regard."

Daniel Arasse, passeur de génie

Daniel Arasse - capture d'écran
Daniel Arasse - capture d'écran

Jamais quelqu’un n’avait aussi bien parlé de la peinture, tout style et toute époque confondue. Avant sa disparition en 2003, il avait enregistré pour France Culture, une « Histoire de la peinture » qui est devenue une référence dans le monde entier.

Daniel Arasse vous guide à travers cinq siècles d’Histoire de la peinture. Il vous prend par la main et vous emmène au plus près de toiles de grands maîtres en développant une approche didactique mêlant ses propres découvertes, son étonnement parfois, à la rigueur de la démonstration et à la précision du trait. Né en 1944 à Alger, élève de l’École normale supérieure, puis de l’école française de Rome de 1971 à 1973, il a consacré l’essentiel de ses études et de ses publications à l’art de la Renaissance italienne, dont il était le meilleur spécialiste français. Grand conférencier qui savait capter son auditoire, il rencontra la radio en 2001. Et France Culture, sous l’impulsion de Laure Adler, lui confia une émission mensuelle : « Art et essais ». Mais « son plus beau cadeau », selon Bernard Comment, son ami et producteur de l’émission « Histoires de peintures », fut une cette "Histoire de la peinture", diffusée sur France Culture en vingt-cinq épisodes à l'été 2003. En compagnie du réalisateur Jean-Claude Loiseau et des techniciens en studio, Bernard Comment restait souvent électrisé devant la voix de Daniel Arasse, qui donnait à voir toute une série de tableaux et de fresques et faisait naître l’envie de « se précipiter pour les contempler autrement. »