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Histoires de peintures : La peinture au détail

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La Chambre des Époux (en italien Camera degli Sposi) et sa voûte et faux oculus. Peinte par Andrea Mantegna  entre 1465 et 1474 / Wikipédia
La Chambre des Époux (en italien Camera degli Sposi) et sa voûte et faux oculus. Peinte par Andrea Mantegna entre 1465 et 1474 / Wikipédia

Daniel Arasse analyse la perceptions de détails dans des oeuvres parfaitement connues. Certaines, déjà étudiées à de nombreuses occasions, ne laissent plus le plaisir de la surprise, de la découverte d'un détail qui jusqu'à avait échappé à l'historien d'art. Et pourtant...

Ayant regardé tellement de reproductions et visité tellement de musées jusqu'à les mémoriser finement, l'inattendu est difficile à trouver. Daniel Arasse, qui reconnait avoir été attiré par ce qui fait "écart dans les tableaux de peinture", adopte une autre manière d'analyser certaines oeuvres qu'il connait trop bien.

Histoires de peintures de Daniel Arasse : La peinture au détail

17 min

Ce qui fait écart à l'ensemble

Se balader et photographier sans trop savoir ce que l'on cherche à voir, à découvrir, offre peut-être une chance de trouver quelque chose d'inattendu. Daniel Arasse, pour démontrer le bien fondé de sa démarche, s'appuie sur deux tableaux, qui, bien que très connus, lui ont réservés à travers la découverte de petits détails, une autre manière de voir et analyser les toiles. Il prend l'exemple de deux tableaux.

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À réécouter : L’œil de l’artiste
59 min

La voûte de la chambre des époux de Mantegna

Il n'y a pas neuf putti (angelots) mais dix. Le dixième putto passe sa main à travers la balustrade et tient une baguette. La Chambre des époux de Mantegna
Il n'y a pas neuf putti (angelots) mais dix. Le dixième putto passe sa main à travers la balustrade et tient une baguette. La Chambre des époux de Mantegna

Parmi les personnages peints, il y a neuf putti, c'est à dire neuf angelots qui sont, c'est ce que l'on peut lire partout, parfaitement répartis [...] Mais à force d'observer, le regard flottant dans la salle, ou devant les photos que j'avais prises de cet oculus, j'ai vu qu'il n'y en avait pas neuf mais dix. Il y avait un dixième putto, mais on ne voyait que sa main passant à travers la balustrade. Cette petite main tient une baguette minuscule dans la main d'un bébé. Elle arrive à un point très précis de la fresque.

Le Saint Sébastien d'Antonello de Messine

Le nombril du Saint Sébastien d'Antonello de Messine est un "nombril-oeil" qui nous regarde / wikipédia
Le nombril du Saint Sébastien d'Antonello de Messine est un "nombril-oeil" qui nous regarde / wikipédia

Je l'ai photographié à Dresde sans trop y réfléchir. De retour chez moi, en projetant les diapositives, j'ai eu la surprise de voir que le nombril de Saint Sébastien était exactement désigné comme un oeil. Ce n'est pas qu'il ressemblait à un oeil, c'était un oeil. Il y avait d'ailleurs quelque chose de curieux, car ce nombril aurait dû être le centre géométrique parfait du corps, puisque ce corps est parfait. J'ai alors remarqué que si le nombril-oeil était à coté de l'axe central, de l'autre coté de cet axe il y avait une flèche plantée parallèlement, qui allait en quelque sorte crever le deuxième oeil. Il y avait donc un échange de regard extraordinaire entre "l'archer" de mon espace et de moi spectateur et ce corps de peinture qui avait caché (puisque le tableau n'était pas fait pour être regardé de près) le fait qu'il me regardait lui aussi, sans que je le sache, pendant que moi-même je visais ce corps.

Daniel Arasse, passeur de génie

Jamais quelqu’un n’avait aussi bien parlé de la peinture, tout style et toute époque confondue. Avant sa disparition en 2003, il avait enregistré pour France Culture, une « Histoire de la peinture » qui est devenue une référence dans le monde entier.

Daniel Arasse
Daniel Arasse
© Radio France - Capture d'écran

Daniel Arasse vous guide à travers cinq siècles d’Histoire de la peinture. Il vous prend par la main et vous emmène au plus près de toiles de grands maîtres en développant une approche didactique mêlant ses propres découvertes, son étonnement parfois, à la rigueur de la démonstration et à la précision du trait. Né en 1944 à Alger, élève de l’École normale supérieure, puis de l’école française de Rome de 1971 à 1973, il a consacré l’essentiel de ses études et de ses publications à l’art de la Renaissance italienne, dont il était le meilleur spécialiste français. Grand conférencier qui savait capter son auditoire, il rencontra la radio en 2001. Et France Culture, sous l’impulsion de Laure Adler, lui confia une émission mensuelle : "Art et essais". Mais « son plus beau cadeau », selon Bernard Comment, son ami et producteur de l’émission « Histoires de peintures », fut une cette "Histoire de la peinture", diffusée sur France Culture en vingt-cinq épisodes à l'été 2003. En compagnie du réalisateur Jean-Claude Loiseau et des techniciens en studio, Bernard Comment restait souvent électrisé devant la voix de Daniel Arasse, qui donnait à voir toute une série de tableaux et de fresques et faisait naître l’envie de "se précipiter pour les contempler autrement."