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Histoires de peintures : Quelques déclics personnels

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Bethsabée au bain est un tableau du peintre de la Renaissance italienne Paul Véronèse, daté d'environ 1575 et conservé au musée des beaux-arts de Lyon. Wikipédia
Bethsabée au bain est un tableau du peintre de la Renaissance italienne Paul Véronèse, daté d'environ 1575 et conservé au musée des beaux-arts de Lyon. Wikipédia

Vingt-troisième émission d'une série de vingt-cinq causeries par l'historien de l'art Daniel Arasse qui parle aujourd'hui principalement de la technique de l'iconographie.

Photographier la peinture d'après Daniel Arasse permet de proposer une sorte de " micro histoire de la peinture, en tout cas une histoire très rapprochée". Il s'interroge sur la façon dont on associe les idées à travers les siècles : "Il y a des règles d'association, des principes d'association."

Histoires de peintures de Daniel Arasse : Quelques déclics personnels

18 min

Il s'appuie sur le tableau de Véronèse qui s'est intitulé selon les époques Bethsabée et David ou Suzanne et les vieillards.

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L'association d'idées ne se fait pas n'importe comment. Si on veut faire une iconographie historique d'association d'idées il faut éviter l'anachronisme et au contraire chercher à le fonder sur les pratiques sociales, concrètes et culturelles de l'époque.

L'image comme un rébus

Daniel Arasse explique aussi piocher dans l'ouvrage de Freud, L'Interprétation des rêves pour proposer une nouvelle interprétation de la peinture de la Renaissance. Il livre les raisons de ce choix : "Le rêve transforme les pensées normales en rébus d'images." Il s'amuse à retranscrire en mots dénués de tout sens religieux le tableau L'Annonciation de Filippo Lippi.

"L'Annonciation" par Filippo Lippi (circa 1443)
"L'Annonciation" par Filippo Lippi (circa 1443)
- Domaine public via Wikipédia

Que fait un tableau classique ? Un tableau classique a un sujet, il a un texte au départ de référence et il transforme ce texte de référence en images. Si on n'a pas le texte, si on a perdu le texte, le tableau devient un rébus, on n'y comprend plus rien.

Le signe se présente représentant

Daniel Arasse fonde aussi sa réflexion sur les travaux de Louis Marin, sémiologue et critique d'art, et plus particulièrement sur la théorie classique du signe appliquée à la représentation classique de peinture. Il en vient à expliquer comment tout sujet devant une peinture se perçoit "comme sujet regardant" avec "un effet d'affect".

Il prend alors l'exemple du bord du tableau qui peut être soit le cadre, soit "le bord lui-même en tant qu'il est peint comme bord" et dès lors "le tableau se présente comme représentation". Daniel Arasse insiste ainsi sur ce qu'il peut y avoir d'intense voir d'affectif dans ce rebord en décrivant celui de La Pieta de Giovanni Bellini.

Pieta de Giovanni Bellini (circa 1465).
Pieta de Giovanni Bellini (circa 1465).
- C.C
Détail de la Pieta de Giovanni Bellini (circa 1465).
Détail de la Pieta de Giovanni Bellini (circa 1465).
- C.C

Il faut voir mais il faut aussi avoir l'outil permettant au jour d'aujourd'hui de théoriser ce qu'on voit. Ce qui était peut-être beaucoup plus évident pour les gens du XVème siècle mais nous avons perdu cette façon de regarder. C'est avec notre regard d'aujourd'hui, nos questions et nos outils qu'on peut avoir une chance non pas de retrouver le regard mais de retrouver les questions que posait le regard.

Daniel Arasse, passeur de génie

Jamais quelqu’un n’avait aussi bien parlé de la peinture, tout style et toute époque confondue. Avant sa disparition en 2003, il avait enregistré pour France Culture, une « Histoire de la peinture » qui est devenue une référence dans le monde entier.

Daniel Arasse
Daniel Arasse
© Radio France - Capture d'écran

Daniel Arasse vous guide à travers cinq siècles d’Histoire de la peinture. Il vous prend par la main et vous emmène au plus près de toiles de grands maîtres en développant une approche didactique mêlant ses propres découvertes, son étonnement parfois, à la rigueur de la démonstration et à la précision du trait. Né en 1944 à Alger, élève de l’École normale supérieure, puis de l’école française de Rome de 1971 à 1973, il a consacré l’essentiel de ses études et de ses publications à l’art de la Renaissance italienne, dont il était le meilleur spécialiste français. Grand conférencier qui savait capter son auditoire, il rencontra la radio en 2001. Et France Culture, sous l’impulsion de Laure Adler, lui confia une émission mensuelle : "Art et essais". Mais "son plus beau cadeau", selon Bernard Comment, son ami et producteur de l’émission « Histoires de peintures », fut une cette "Histoire de la peinture", diffusée sur France Culture en vingt-cinq épisodes à l'été 2003. En compagnie du réalisateur Jean-Claude Loiseau et des techniciens en studio, Bernard Comment restait souvent électrisé devant la voix de Daniel Arasse, qui donnait à voir toute une série de tableaux et de fresques et faisait naître l’envie de "se précipiter pour les contempler autrement."