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Homéopathie : une contestation à dose croissante

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Au terme de dix mois de travail, la Haute autorité de santé (HAS) dit s'être fondée sur des données scientifiques concernant 24 affections et symptômes traités par homéopathie.
Au terme de dix mois de travail, la Haute autorité de santé (HAS) dit s'être fondée sur des données scientifiques concernant 24 affections et symptômes traités par homéopathie.
© Getty - picture alliance

Le débat scientifique est bel et bien tranché : l'homéopathie ne doit plus être remboursée par la Sécurité sociale. L'avis a été rendu public par la commission de la transparence de la HAS, la Haute Autorité de Santé, en attendant celui de la ministre. Depuis des mois, la question fait polémique.

"Efficacité insuffisante", pas de preuve d'un intérêt pour la santé publique, inutilité sur des maux bénins qui guérissent tout seuls... la Haute autorité de santé a dressé vendredi un constat scientifique implacable pour justifier le déremboursement de l'homéopathie. La décision finale reviendra maintenant à Agnès Buzyn, a priori dans les jours ou les semaines qui viennent. Mais la ministre de la Santé a affirmé à plusieurs reprises qu'elle suivrait l'avis de la HAS. Ce débat, scientifique mais aussi économique, fait polémique depuis des mois.

© AFP - Paz Pizarro, Florian Soenen

À lire : Homéopathie : trois siècles d'utilisation, zéro preuve d'efficacité

Une tribune puis un collectif de médecins connectés contre l'homéopathie

Le ton de la dernière offensive publique a été particulièrement violent. En mars 2018, dans le Figaro, 124 médecins signent une tribune contre les "médecines alternatives" et assimilent l'homéopathie au "charlatanisme". Une pratique qui n'est "ni scientifique, ni éthique, mais irrationnelle et dangereuse" affirment ses détracteurs qui ajoutent qu'elle coûte aussi à la collectivité, en terme de formation, et qu'elle retarde la prise de vrais médicaments nécessaires.

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Un collectif naît de cette tribune quelques mois plus tard : Fakemed, pour fausse médecine, sur le modèle de fake news. Dans un entretien à l'AFP, le cardiologue Jérémy Descoux, à la tête de ce collectif, explique "deux choses rassemblent" les créateurs : "Ce sont des médecins actifs dans la sphère internet et impliqués dans la lutte pro-sciences." L'idée est d'ailleurs venue "d'un groupe de médecins qui échangeaient beaucoup sur Twitter", raconte le Dr Descoux, qui fait lui-même de la vulgarisation médicale en ligne sous le nom d'Asclepios, le dieu grec de la médecine (15 000 abonnés sur Twitter, 80 000 sur YouTube).

Dans la foulée, en mars dernier, les Académies de médecine et de pharmacie prennent position : "les données scientifiques actuelles ne permettent pas de prouver l'efficacité de l'homéopathie".

Début avril, les pro-homéopathie, labos et praticiens, lancent la campagne "Mon Homéo mon choix" pour défendre le remboursement. Un membre de Fakemed, l'urgentiste Mathias Wargon (par ailleurs mari de la secrétaire d'Etat Emmanuelle Wargon), lance sur Twitter le mot-clé #MonHariboMonChoix, pour tourner les homéopathes en dérision. Ce mot-clé est très largement repris par les anti-homéopathie : ils ironisent ainsi sur le fait que les bonbons pourraient eux aussi être remboursés bien qu'ils ne soignent rien, puisque les consommateurs les apprécient.

Mais mi-mai, la Haute Autorité de Santé, saisie par la ministre, renchérit : elle prône le déremboursement dans son avis provisoire. Ce 28 juin, sa présidente, le Pr Dominique Le Guludec, affirme notamment : "Nous avons travaillé dix mois et nous avons rendu un avis scientifique : les démonstrations que nous avons retrouvées dans la littérature ne permettent pas de proposer les médicaments homéopathiques au remboursement."

La présidente de la Haute Autorité de Santé, le Pr Dominique Le Guludec, explique sur quelles bases a été rendu l'avis définitif de ce 28 juin 2019

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Nous avons tout regardé (37 études retenues sur une base de 1 000). Il y a une méthode internationale, reconnue, scientifique, pour analyser ces études. Il y a des critères de sélection des études et ensuite des critères de qualité d'études. Nous ne les inventons pas. (...) Notre méthode est appropriée pour n'importe quel traitement ou acte. Pour preuve : l'activité physique, également très individuelle, a démontré une efficacité préventive ou même thérapeutique dans certaines maladies.

En savoir plus : Faut-il dérembourser l’homéopathie ?

Les contre-attaques des pros

Les écoles qui forment les homéopathes, les laboratoires fabricants, à commencer par Boiron, et les quelques 2 000 généralistes qui prescrivent régulièrement des granules rappellent d'abord que le coût pour la Sécu est marginal : 126 millions d'euros, quand les médicaments classiques sont remboursés à hauteur de 20 milliards.

Ils estiment aussi que l'outil fonctionne et citent plusieurs études, toutes contestées par les anti. Ainsi, Daniel Simeca, médecin généraliste et Président de la Fédération Française des Sociétés d'Homéopathie, défend sa discipline en s'appuyant sur plusieurs travaux scientifiques, notamment la dernière grande étude baptisé EPI 3, conduite de 2005 à 2012 sur plus de 8 500 patients. Elle livre, selon lui, plusieurs enseignements majeurs :

Daniel Simeca : "Ce serait un scandale de dérembourser le médicament le plus sûr du monde et le moins cher du monde."

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Enfin, ils rappellent que la pratique est plébiscitée, 3 Français sur 4 y croient. D'ailleurs, les pros ont lancé une pétition, forte de plus d'un million de signatures.

Ils se défendent notamment par leur collectif "MonHoméoMonChoix", dont certains membres ont été reçus par le maire de Lyon Gérard Collomb, qui a déjà exprimé son soutien à Boiron, craignant la perte de 1 000 emplois en cas de déremboursement.

Quelque 70 signataires de la tribune publié dans Le Figaro ont été poursuivis pour "non-confraternité" devant l'Ordre des médecins par le Syndicat des homéopathes (SNMHF).

Avec AFP

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