Home de Sinnamary dans les années 1960
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Les "homes indiens", l'histoire sombre de la Guyane

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"Homes indiens", l'histoire sombre des pensionnats catholiques en Guyane

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En Guyane dans les années 30, des centaines d’enfants amérindiens ont été placés dans des pensionnats catholiques. Ils y ont été victimes d'une assimilation forcée, d'un isolement qui a brisé leurs liens avec leurs familles et leurs repères culturels. Retour sur un épisode colonial resté tabou.

Sur le territoire français, en Guyane précisément, dans la première moitié du XXe siècle, des enfants indigènes ont été retirés à leurs familles et élevés par des missionnaires dans des pensionnats catholiques, les “homes”. “La spécificité des homes guyanais c’est qu’ils étaient destinés à des populations bien identifiées : les Amérindiens. Les populations marronnes elles aussi ont été visées par la politique d’assimilation et d’évangélisation déployée dans les homes” raconte la journaliste Hélène Ferrarini.

Début des années 1930, dans la colonie française de Guyane, le père Du Maine part à la rencontre des communautés autochtones qui vivent le long des fleuves. Sous prétexte de les scolariser, le prêtre commence à rassembler les enfants des villages kali’nas dans le presbytère de Mana.

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En 1946, la Guyane devient un département français, d’autres pensionnats ouvrent sur le même modèle, comme le rappelle Hélène Ferrarini : "Ces pensionnats sont considérés comme un moyen privilégié d'évangéliser ces populations que l'Église catholique cherche à convertir en Guyane depuis des siècles. On y rassemble des enfants qu’on qualifie de "païens".

La Guyane, une terre de mission pour l'Eglise

Dès leur arrivée dans ces homes, les enfants sont forcés de prier, d’assister aux messes, d’apprendre le catéchisme, sous peine de punition. Ils sont contraints aussi d’apprendre et de parler une seule langue : le français. Hélène Ferrarini énumère les multiples violences dont ces enfants ont été victimes : "Le dénigrement, la diabolisation des cultures autochtones, de la spiritualité amérindienne, les langues maternelles qu’ils ne devaient plus parler et qui se sont appauvries. Tout cela, ce sont les violences qu’on peut qualifier de symboliques et culturelles. Il y avait également les violences physiques : des châtiments corporels, des coups, des punitions."

Ces homes sont en partie financés par l’État français, la loi de laïcité de 1905 ne s’appliquant pas en Guyane. Les cultes y sont régis par une ordonnance royale du XIXe siècle.

Après ce passage au pensionnat, beaucoup d’enfants étaient destinés à devenir une main d'œuvre bon-marché comme l'explique Hélène Ferrarini : "L'un des objectifs de ces pensionnats était de grossir les rangs de la main-d'œuvre guyanaise, perçue comme trop faible. Faire sortir ces populations de leur mode de vie ancestral et les pousser à s'embaucher dans l'exploitation forestière pour les hommes, ou à exercer des emplois de domestiques pour les jeunes femmes."

En 80 ans, ces homes vont accueillir plus de 2 000 enfants, dont une majorité d’Amérindiens issus de ce communautés menacées de disparition, mais aussi des Noirs-marrons, descendants d’esclaves.

En 2022, le pape François s'est exprimé au sujet de pensionnats similaires au Canada, destinés également aux enfants autochtones Il a alors demandé pardon au nom de l’Eglise pour ce qu’il a qualifié de “génocide”.

Le Journal de l'histoire
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