Publicité

Hommage national : une cérémonie qui a évolué depuis les attentats de 2015

Par
Le Président Emmanuel Macron lors de l'hommage national à Simone Veil, le 5 juillet 2017 aux Invalides
Le Président Emmanuel Macron lors de l'hommage national à Simone Veil, le 5 juillet 2017 aux Invalides
© AFP - Alain Jocard

La cérémonie d'hommage national à Charles Aznavour a lieu ce vendredi aux Invalides. L'hommage national est décrété par le président de la République. Cette cérémonie est théoriquement réservée aux militaires tombés pour la Nation, mais elle a beaucoup évolué.

Charles Aznavour aura droit ce vendredi matin à un hommage national. "La famille souhaite que le rassemblement et l'hommage populaire se déroulent aux Invalides", ont fait savoir les attachées de presse du chanteur. Plus de 2 000 personnes sont attendues pour cette cérémonie officielle, solennelle et très encadrée, comme cela fut le cas pour Simone Veil et Jean d'Ormesson.  Un hommage qui ne devrait pas avoir la dimension populaire de celui rendu à Johnny Hallyday en décembre, en présence d'une immense foule dans les rues parisiennes.

Cette cérémonie répond théoriquement à des règles précises qui ont évolué ces dernières années.

Publicité

Rappel historique

Les hommages nationaux sont nés avec la Révolution, "puisque auparavant, les hommages étaient réservés au Roi. Même si, exceptionnellement, celui-ci pouvait décider d'un hommage national pour un serviteur de la Nation, comme cela a été le cas pour Du Guesclin qui avait servi Charles V", explique Christian Amalvi, professeur d'histoire contemporaine à l'université de Montpellier, spécialiste des usages de la mémoire dans la France contemporaine. "A partir de la Révolution, l'Assemblée décrète des hommages nationaux, qui seront synonymes de Panthéonisation__. Le premier à y entrer sera Mirabeau, il en ressortira également très vite ! Et c'est à partir des obsèques de Victor Hugo, en 1885, que le Panthéon s'est laïcisé et a rendu hommage aux grandes figures nationales.

Photographie du cortège funéraire de Victor Hugo sur l'avenue des Champs-Elysées, le 1er juin 1885, à Paris.   - Getty
Photographie du cortège funéraire de Victor Hugo sur l'avenue des Champs-Elysées, le 1er juin 1885, à Paris. - Getty
© Getty - Collection Gamma-Rapho

Le Panthéon militaire des Invalides

En parallèle, les hommages aux militaires ont lieu aux Invalides. "Louis XIV a créé les Invalides au XVIIe siècle pour les vieux serviteurs, les vieux soldats qui étaient malades, pour leur permettre de terminer leur vie correctement, selon l'historien_. Ensuite,_ ce qui a fait des Invalides un lieu d'hommage a été le moment où les cendres de Napoléon y ont été transférées__. A partir du moment où les Invalides sont devenus le tombeau de Napoléon, l'habitude a été prise de rendre hommage aux militaires. Des militaires célèbres y ont leur tombe : Foch ou encore Lyautey. "

La décision de rendre un hommage national revient au président de la République. Ce type de cérémonie, aux Invalides, était donc au départ destiné principalement aux militaires français morts pour la Nation, ou, selon le ministère de la Défense : "morts au service de la France dans l’accomplissement de leur mission".

Ainsi, le 26 juin 2017, le caporal Albéric Riveta a reçu un tel hommage aux Invalides. Le parachutiste est mort lors de la mise en place d'une opération de lutte antiterroriste au Mali. D'autres soldats morts en mission, notamment au Mali et en Afghanistan, y ont bénéficié d'un hommage national.

Un "destin exceptionnel"

Historiquement, les Invalides ont aussi accueilli des cérémonies d'hommage national en l'honneur de personnalités ayant eu "un destin exceptionnel" ou des hauts gradés de la Légion d'Honneur. Une définition assez large pour honorer la mémoire de personnalités françaises de premier plan. Politiques ou non. 

Ce fut le cas récemment pour Jean d'Ormesson, en décembre 2017, pour Fred Moore, compagnon de la Libération, en septembre 2017, ou encore pour Simone Veil, en juillet 2017 : 

On peut aussi citer Michel Rocard, Pierre Mauroy, Jacques Chaban-Delmas, Dominique Baudis, Philippe Séguin, Charles Pasqua, le commandant Cousteau, ou encore Stéphane Hessel.

Pour l'historien Christian Amalvi, le choix des Invalides peut s'expliquer par la topographie du lieu : "il y a une immense cour qui précède le dôme, il y a un grand espace pour rendre hommage et faire défiler les troupes si nécessaire". 

Pour Johnny Hallyday, la question d'une cérémonie s'est posée. Mais le choix d'une cérémonie festive et populaire, un hommage populaire a été préférée, car à l'image du chanteur.

Les modalités d'un hommage national peuvent varier, et sont définies par décret pris par l'Elysée et publié au Journal officiel. Ainsi, plusieurs dispositions peuvent être prises dans tout le pays : mise en berne des drapeaux, minute de silence, arrêt des activités des administrations pendant un jour ou plus.

Le 9 décembre dernier, Johnny Hallyday a finalement bénéficié d'un hommage populaire, préféré par son épouse. Même si l'hommage national avait les faveurs de la ministre de la Culture Françoise Nyssen
Le 9 décembre dernier, Johnny Hallyday a finalement bénéficié d'un hommage populaire, préféré par son épouse. Même si l'hommage national avait les faveurs de la ministre de la Culture Françoise Nyssen
© AFP - Patrick Kovarik

Les victimes du terrorisme

Jusqu'en 2015, les hommages nationaux pour les civils étaient donc exceptionnels. Mais depuis 2015 et la multiplication des attentats islamistes en France, la notion de "morts pour la France" a été étendue aux victimes du terrorisme.

En janvier 2015, le président de la République et le Premier ministre souhaitent une cérémonie d'hommage aux Invalides pour les victimes des attentats de Charlie Hebdo. Mais ces derniers étant, dans leur majorité, antimilitaristes, leurs proches ont décliné. 

Le premier hommage national aux Invalides pour des civils victimes du terrorisme a lieu suite aux attentats du 13 novembre 2015. François Hollande préside la cérémonie dans la cour d'honneur.

A l'époque, voici les explications du ministère de la Défense, rapportées par Le Monde :

C’est extrêmement rare [d’y honorer des civils]. Quand des honneurs sont rendus à un civil, c’est parce qu’il avait un passé de résistant ou un haut grade dans la Légion d’honneur. Mais le président a voulu cette cérémonie aux Invalides du fait du caractère très solennel de cette cour carrée et de ce qu’elle représente dans la mémoire collective. 

Le 27 novembre 2015, François Hollande rend un hommage national aux victimes des attentats de Paris.
Le 27 novembre 2015, François Hollande rend un hommage national aux victimes des attentats de Paris.
© AFP - Miguel Medina

L'ancien président de la République avait aussi présidé un hommage aux victimes de l'attentat de Nice en juillet 2016, mais à Nice.

Tout comme les militaires morts au service de la France, les policiers français qui ont été tués par des terroristes ont reçu un hommage national.

François Hollande a présidé de telles cérémonies pour Xavier Jugelé, policier assassiné sur les Champs-Elysées le 20 avril 2017. Et pour Jean-Baptiste Salvaing et Jessica Schneider, un couple de policiers assassiné en juin 2016 à leur domicile. Les deux cérémonies ont eu lieu, respectivement, dans la cour de la préfecture de Paris et à la préfecture de Versailles, dans les Yvelines.

Par ailleurs, depuis 2016, le 19 septembre est une journée d'hommage national à toutes les victimes du terrorisme. Elle a été présidée en 2016 par François Hollande et l'année suivante par le Premier ministre Edouard Philippe. Le 19 septembre correspond à la date de l'explosion au-dessus du Niger d'un avion français DC-10 de la compagnie UTA reliant Brazzaville (République du Congo) à Paris. 170 personnes ont perdu la vie dans cet attentat, dont une cinquantaine de Français.

Il existe d'autres journées d'hommage national collectif chaque année. Elles concernent notamment les sapeurs-pompiers, les gendarmes morts dans l'exercice de leurs fonctions, les harkis et les membres des formations supplétives.

L'hommage national au lieutenant-colonel Arnaud Beltrame

La cérémonie d'hommage national est souvent précédée d'un hommage réalisé au sein des institutions. Pour Arnaud Beltrame, mais aussi pour les autres victimes de l'attentat de l'Aude, l'Assemblée nationale et le Sénat ont observé une minute de silence. "Notre devoir commun est de défendre, chacun à sa place, chacun avec ses convictions, nos valeurs de liberté, d'égalité et de fraternité qui font de la République française une cible particulière", a indiqué devant l’hémicycle le président de l'Assemblée François de Rugy. 

Ce mercredi, le cortège funéraire partira à 10 heures de la place du Panthéon pour se diriger, par les quais de la Seine, vers l'Hôtel des Invalides. 

© Visactu

A la connaissance de l'historien Christian Amalvi, c'est la première fois qu'un tel cortège funéraire partira du Panthéon pour rejoindre les Invalides. "Le Panthéon, c'est la symbolique civile, cet homme a défendu les civils. Le Panthéon représente cette société civile qu'il a défendue. Ensuite, il est conduit aux Invalides, qui est quand même son lieu naturel, si je puis dire, car c'est le lieu des militaires par définition. Dans cette symbolique, on veut associer le civil et le militaire", analyse l'historien. 

Deuil national

En plus d'un hommage national, le président de la République peut décréter des jours de deuil national, ce qui n'est pas le cas pour Arnaud Beltrame. Mais cela a été le cas suite aux attentats de Charlie en janvier 2015, de Paris et Saint-Denis en novembre 2015, et après l'attentat de Nice en juillet 2016. 

Le deuil national reste un événement rarissime, décrété huit fois depuis le début du XXe siècle. C'est notamment le cas après la mort d'un président de la République : Charles de Gaulle (1970), Georges Pompidou (1974) et François Mitterrand (1996). A cette occasion, les drapeaux sont en berne sur les édifices publics, les écoles et les administrations publiques sont fermées et des minutes de silence sont observées. 

Reportage lors du deuil national du 11 janvier 1996, après la mort de François Mitterrand : 

Et obsèques nationales 

Moins codifiées, les obsèques nationales peuvent concerner des personnalités d'horizons divers mais nécessitent un décret du président de la République. Auparavant, sous la IVe République, les obsèques nationales étaient organisées par la loi. En 1885, Victor Hugo a été le premier écrivain à bénéficier d'obsèques nationales. Elles étaient jusqu'alors réservées aux plus hauts personnages de l'Etat. Ces obsèques ont rassemblé, selon la presse de l'époque, près de deux millions de personnes, une vraie ferveur populaire.

L'écrivain Aimé Césaire y a eu droit en 2008, quelques semaines après Lazare Ponticelli, dernier soldat français de la Première Guerre mondiale. On retrouve également dans la liste l'Abbé Pierre, Colette, Louis Pasteur, ou encore Léon Blum.