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Hong Kong : des manifestants désormais prêts à la violence

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Manifestant avec un pistolet à plombs, le 24 août 2019, dans le district de Kwun Tong, à Hong Kong
Manifestant avec un pistolet à plombs, le 24 août 2019, dans le district de Kwun Tong, à Hong Kong
© Getty - Chris McGrath

Depuis près de trois mois, manifestants et forces de l'ordre s'affrontent à Hong Kong. Les jeunes sont en première ligne et certains n’hésitent plus à revendiquer la violence comme moyen d'expression. Contrairement à leurs aînés de la "Révolution des parapluies" en 2014.

Depuis le 9 juin dernier, les Hongkongais manifestent en masse contre la mainmise de Pékin sur leur société, avec de premiers défilés dès la  fin mars. L’ancienne colonie britannique jouit d’un statut spécial selon la formule "d’un pays deux systèmes", depuis sa rétrocession à la Chine en 1997. Un statut qui offre à ses habitants des libertés que les Chinois du continent ne connaissent pas.

C’est pour défendre ces libertés que les Hongkongais manifestent parfois violemment, comme à l’aéroport de la ville ou dans les rues avec quelques scènes d’émeutes. 

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Rencontre avec de jeunes manifestants qui n’hésitent pas à se radicaliser et rappel des actions pacifiques de leurs aînés, en 2014. 

La violence comme moyen d'expression

Depuis des semaines, en particulier le week-end, des centaines de milliers de personnes expriment leurs revendications dans les rues de l'ancienne colonie britannique. Pendant longtemps pacifiquement et avec en particulier des lasers pour indiquer les dangers, éblouir les policiers et empêcher toute reconnaissance faciale grâce à des images de vidéosurveillance. 

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Mais certains ont finalement choisi la force. 

Choy (pseudonyme) n’a que quinze ans, il montre son équipement pour manifester : des protections pour les bras, un casque, un masque contre les gaz lacrymogènes et des gants :

Si je suis à la manifestation et que je laisse mes empreintes,  les policiers peuvent me retrouver.

Choy est de ceux qui sont en première ligne. Il s’est décidé à devenir un combattant, comme il le dit, après avoir vu un documentaire sur Netflix. 

C’était en Ukraine, il y a eu le même type de manifestations qu'ici. Plein de gens sont morts, uniquement pour avoir protégé des choses qu'ils étaient en droit d'avoir. Ce que j'ai appris, c'est "n'aie pas peur de mourir".

Choy en tenue de manifestant et avec son matériel de circonstance
Choy en tenue de manifestant et avec son matériel de circonstance
© Radio France - Valérie Crova

La violence est son moyen d’expression face à un gouvernement représentée par une femme, Carrie Lam, désignée par Pékin qui fait la sourde oreille aux revendications exprimées par les citoyens.

Il y a quelques jours, plus de 1,7 millions de manifestants sont sortis pacifiquement. On a fait ce qu'elle attendait de nous, mais elle n'a pas fait ce qu'on attendait d'elle. On est prêts à aller jusqu'à ce que toutes nos revendications soient acceptées.

Choy se considère comme un citoyen hongkongais, et non chinois : "Est-ce que vous connaissez une autre ville qui ait son propre drapeau, qui ait sa propre équipe aux Jeux olympiques ? On n’a jamais dit que notre but c’est d'être indépendant. Je déteste la Chine, mais on en a besoin."

Alice est moins radicale, même si elle comprend que certains utilisent la violence pour exprimer leur colère. Elle a 26 ans. Elle était des manifestations en 2014, lorsque les Hongkongais ont occupé pendant plus de deux mois des quartiers de la ville pour demander déjà à l’époque l’élection de leur chef du gouvernement au suffrage universel. 

Nous avons appris de nos échecs de la "Révolution des parapluies". Nous étions trop pacifiques à cette époque. Et nous n'étions pas assez exigeants, nous ne poussions pas assez le gouvernement. Donc, il n'était pas obligé de nous répondre, ou de faire quoi que ce soit. Cette fois, nous sommes en fait plutôt très surpris de pouvoir être encore très unis et de voir que la flamme brûle encore. J’espère en fait que ce soit une révolution et pas seulement un mouvement pour faire changer les choses.

Ce lundi, dans "Le Temps du débat", la nouvelle émission d'Emmanuel Laurentin, Eric Sautedé, analyste politique à Hong Kong, évoquait les modes d'action des manifestants : "C'est tous les jours un sujet de conversation. La radicalisation et les événements plus violents ne sont intervenus qu'à partir de la mi-juillet. Et peut-être le 1er juillet quand quelques manifestants se sont emparés de l'Assemblée locale, en cassant les vitres et en dégradant une partie des locaux." Et d'ajouter : "Les influences sont plutôt d'origine occidentale ou indienne, il y a des références à Martin Luther King, à Gandhi ou à Vaclav Havel. Cela remonte aussi, bien évidemment, au "mouvement des parapluies" de 2014 qui appelait à la désobéissance civile. Un de ses textes fondateurs était justement une référence à Martin Luther King.  Aujourd'hui, c'est plutôt un bricolage, une adaptation de ces registres."

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"La Révolution des parapluies" : le modèle pacifiste des étudiants d'aujourd'hui

Le mot d'ordre de cette révolte de fin 2014, également symbolisée par des rubans jaunes, était davantage de "liberté démocratique". Le collectif de désobéissance civile Occupy Central with Love and Peace est alors au cœur de la mobilisation, contestant une réforme politique très restrictive et antidémocratique proposée par le Parti communiste chinois. Pendant 79 jours, les étudiants scandent dans les rues "lève-toi Hong Kong, lève-toi liberté". Pour leur "révolution polie", ils disposent d'un "manuel de la désobéissance" mis en ligne par OCLP.

Logo du collectif Occupy central with love and peace, mouvement plus connu sous le nom de Occupy central, à l'origine des manifestations de 2014
Logo du collectif Occupy central with love and peace, mouvement plus connu sous le nom de Occupy central, à l'origine des manifestations de 2014

On l'appelle "la Révolution des parapluies" car c'est ainsi que les manifestants se protégeaient des gaz lacrymogènes utilisés par les forces  de l'ordre pour les disperser. Dans un article de CNN, on apprend aussi que, selon Bryan Druzin, professeur adjoint de droit à l'Université chinoise de Hong Kong, le parapluie était non seulement fonctionnel, mais avait "une certaine résonance emblématique, en ce sens qu'il symbolisait la résistance passive. Hong Kong est une ville qui se réfugie périodiquement sous les parapluies contre les typhons saisonniers qui la menacent. La tourmente est une autre tempête que Hong Kong tente de traverser."

Les téléphones mobiles allumés étaient aussi un symbole de ralliement, avec une très forte utilisation des réseaux sociaux et des mots dièses pour certains réutilisés actuellement comme #HongKongprotests.

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Brian, l'un des étudiants, âgé alors de 19 ans, racontait à l'époque à notre envoyé spécial Philippe Reltien : 

Nous sommes venus parce que c'est un moyen pacifique pour leur montrer que nous restons intéressés par la politique. Nous bloquons les rues pour que le public sorte et leur demande de nous répondre. 

Chan affirmait lui : "Tian'anmen, c'était aussi des étudiants et on leur a tiré dessus. Aujourd'hui, c'est plus pacifique. Le gouvernement central n'est pas le même qu'il y a vingt-cinq ans. Ici, on ne permettrait pas que des gens meurent.

Peter de renchérir : "On peut servir d'exemple, si tout le monde reste calme et non violent. _On espère obtenir quelque chose dans le calm_e." 

Pékin ne cédera rien.