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Hongrie : les médias pris en étau

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Le 14 février 2021, la station indépendante Klubrádió se voit privée de ses fréquences par l'administration hongroise. Une sanction très politique.
Le 14 février 2021, la station indépendante Klubrádió se voit privée de ses fréquences par l'administration hongroise. Une sanction très politique.
© AFP - ATTILA KISBENEDEK

Le motif ne relève pas de la faute grave mais pourrait bien valoir à Klubrádió de cesser d’émettre : deux retards dans le dépôt de sa grille des programmes auprès de l'administration semblent justifier de priver la dernière radio indépendante hongroise de licence. Signe qu’elle gêne Viktor Orbán.

La première station indépendante de radio de Hongrie va perdre sa licence ce dimanche 14 février.

Nous avons exprimé nos préoccupations concernant la liberté et le pluralisme des médias en Hongrie dans des rapports sur l'État de droit. Le cas de Klubrádió ne fait qu'accroître ces préoccupations.

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La Commission européenne n’a pas mâché ses mots jeudi 11 février, deux jours après que cette dernière radio indépendante hongroise a été déboutée de son appel pour garder sa licence.

Comme si le motif de la suppression de l’autorisation d’exploitation masquait une intention inacceptable de la part des autorités d’un pays membre de l’Union européenne. Pour l'Agence d'État pour les médias et la communication (NMHH), très proche du pouvoir de Viktor Orbán, Klubrádió a tardé à deux reprises à déposer les rapports sur le contenu de sa grille des programmes, faite d’informations, de divertissement et de musique hongroise.

Sanction inédite

"Avec le soutien du système judiciaire hongrois, le NMHH a utilisé un prétexte administratif pour porter un coup majeur au pluralisme des médias", a estimé mercredi Pavol Szalai, de Reporters sans frontières. La Hongrie se situe à la 89e place sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2020.

Cette sanction inédite frappe déjà l’entreprise au portefeuille. Faute de fréquences radio, András Arató, son patron, a d’ores et déjà annoncé se tourner vers Internet. Au risque de s’y voir privé d’une partie de ses revenus publicitaires et de son audience.

Car Klubrádió, qui émet depuis vingt-deux ans, compte 200 000 auditeurs par jour dans la seule capitale hongroise, soit 1 Budapestois sur 10. Des auditeurs sensibles au ton d’une antenne très proche de l'opposition hongroise. Et c’est bien ce qui gêne l’administration, qui s’acharne contre la radio en l’étranglant financièrement.

Le pari est double pour les pro-Orbán : se débarrasser d'un média hostile et en même temps récupérer une radio qui marche. La fréquence perdue par Klubrádió étant remise sur le marché est à la portée d’un éventuel repreneur, comme par exemple, Miklós Vaszily, le nouveau propriétaire d'Index, le plus grand portail d'informations de Hongrie, racheté à l'été 2020, et dont la quasi-totalité de la rédaction a été changée. Un des atouts de Miklós Vaszily ? Cet oligarque est très proche de Viktor Orbán.

En juillet dernier, Szabolcs Dull, le rédacteur en chef du site Index avait tout simplement été limogé. Officiellement remercié pour avoir divulgué aux médias des documents internes.

Ce 14 février, en tout état de cause, la fréquence de la radio au zèbre (son logo arbore cet équidé) sera muette à Budapest. En attendant l’issue d’un recours auprès de la Cour suprême hongroise, Klubrádió ne peut plus émettre en FM.

Condamnation unanime

"Encore un jour triste pour la liberté des médias", s’est désolée Dunja Mijatović, commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe. Même son de cloche aux États-Unis, où le Département d'État a exprimé son inquiétude face à "une nouvelle atteinte à la liberté de la presse". Un constat qui ne devrait pas infléchir outre mesure la politique de Viktor Orbán. 

L'exécutif européen, lui, suivra de près les conclusions de la Cour suprême. La Commission s’est dite prête, jeudi 11 février, "à prendre des mesures si cela est possible et nécessaire" à l’encontre de la Hongrie, État membre de l’Union européenne, et de ce fait soumise aux principes fondateurs de l’Union. Fin 2018, déjà, Bruxelles avait déclenché une procédure exceptionnelle pour risque de "violation grave" des valeurs de l'UE, pointant notamment l'appauvrissement du pluralisme médiatique en Hongrie.

De nombreux médias indépendants ont dû mettre la clé sous la porte ou ont été repris par des proches du pouvoir en Hongrie. 

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