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Hubert de Givenchy : derrière le couturier, le passionné d'art et de décoration

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Exposition de quelques pièces de la collection personnelle d'Hubert de Givenchy mise aux enchères à Paris par Christie's.
Exposition de quelques pièces de la collection personnelle d'Hubert de Givenchy mise aux enchères à Paris par Christie's.
© Radio France - Eric Chaverou

La collection personnelle d'Hubert de Givenchy est mise aux enchères à Paris par Christie's à partir de ce mardi : 1 229 lots issus des deux demeures du couturier, à Paris et en Touraine, donnent à voir l'autre carrière de Givenchy, qui fut un décorateur réputé et influent.

C’est une "vente événement" qui a lieu du 14 au 23 juin chez Christie’s à Paris. La collection personnelle d’Hubert de Givenchy pensée est mise aux enchères : 1 229 lots sont proposés à la vente pour un ensemble estimé à 50 millions d’euros. Mobilier, tableaux, sculptures, vaisselles mais pas de vêtements. Toutes ces pièces avaient été soigneusement choisies par Hubert de Givenchy avec son compagnon Philippe Venet pour ses deux demeures : l'hôtel particulier d'Orrouer, à Paris, et le manoir du Jonchet, en Touraine.

Tableaux de Miro et Picasso, mobilier XVIIIe Régence. Reportage sur l'exposition de la collection personnelle d'Hubert de Givenchy mise aux enchères à Paris. Par Maxime Tellier.

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Vente événement

Quatre ans après la mort du couturier, la vente a été précédée d’une exposition tout aussi exceptionnelle et gratuite au siège de Christie’s, avenue Matignon à Paris, du 10 au 14 juin. Les locaux ont été bouleversés pour accueillir l'événement, explique Victoire Gineste, commissaire-priseur et co-directrice du département des inventaires chez Christie's : "Nous n'avions jamais fait cela. Nous avons utilisé la totalité de nos espaces : la cour en y plaçant une tente où ont été reconstituées des chambres du manoir du Jonchet, le bureau du courrier qui a été réquisitionné et transformé en passage, nous avons même été jusqu'à envahir la salle des ventes qui est devenue un jardin. Donc effectivement, nous avions rarement fait une scénographie aussi complète et qui prenait autant d'espace". "Nous avons fait une vraie 'recréation'" , précise Victoire Gineste, "à la manière des 'period rooms' comme on a l'habitude de dire dans les musées, grâce au travail d'une scénographe formidable, Cécile Degos" .

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Un salon reconstitué du couturier pendant l'exposition de la vente, le 13 juin 2022.
Un salon reconstitué du couturier pendant l'exposition de la vente, le 13 juin 2022.
© Radio France - Eric Chaverou

Pour l'occasion, Christie's a débuté les enchères au théâtre de Marigny le 14 juin avant de revenir à son siège pour la suite des opérations. Le rendez-vous suscite l'intérêt pour plusieurs raisons : la notoriété d'Hubert de Givenchy bien sûr mais aussi la qualité des pièces (dont un bronze de Diego Giacometti, La femme qui marche, estimé à 30 millions d'euros, et un tableau de Joan Miro, Passage de l'oiseau migrateur, estimé entre 2,5 et 3,5 millions d'euros). L'ampleur de la vente donne aussi à voir ce qu'était le "style Givenchy" : "Un style réputé à la fois des décorateurs mais également des collectionneurs et finalement du grand public", explique Victoire Gineste, "l'intérieur d'Hubert de Givenchy a été très documenté dans les revues spécialisées, depuis son premier appartement de la rue Fabert et après. Le style Givenchy a donné un nouveau ton à la décoration intérieure parisienne, aux États-Unis et bien au delà à l'étranger".

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Collectionneur et ami d'artistes

La valeur de la collection tient aussi à l'origine des pièces, très variée : une console et une pendule qui viennent de la collection Coco Chanel, une bergère signée du grand décorateur Charles Sévigny qui a fait la décoration du premier appartement d'Hubert de Givenchy rue Fabert, des pièces proviennent de la famille Rothschild, branche anglaise et branche française, deux tableaux de Pablo Picasso (dont Faune à la lance), un autre Miro, un bureau à cylindre à gradin et mécanisme d'époque Louis XVI, du mobilier de l'époque Régence, etc.

Hubert de Givenchy était à la fois collectionneur - de pièces du XVIIIe siècle notamment, sa grande passion - mais cultivait aussi les amitiés artistiques, à l'image de sa relation avec Diego Giacometti, dont plusieurs pièces sont présentes dans la vente : du mobilier mais aussi les figurines qui ornaient les tombes de ses chiens au manoir du Jonchet. Jean-Marc Winckler, qui est moins connu, est également un artiste très présent dans la collection. Il a peint les propriétés des Rotschild et a fait des tableaux au Jonchet.

Parmi les nombreuses oeuvres de Diego Giacometti en vente, ces statuettes de chien et ce heurtoir de porte, estimé entre 80 000 et 120 000 euros.
Parmi les nombreuses oeuvres de Diego Giacometti en vente, ces statuettes de chien et ce heurtoir de porte, estimé entre 80 000 et 120 000 euros.
© Radio France - Eric Chaverou

"Quand on arrivait chez lui, on avait le sentiment d'abord d'une quantité d'objets", raconte Victoire Gineste. "Mais quand on prenait le temps de regarder, on se rendait compte que cette quantité d'objets était extrêmement travaillée, qu'il y avait une place très déterminée pour chaque objet, que chaque place devait avoir un objet qui lui répondait, ainsi qu'à l'écrin, au décor, à l'immeuble. Le choix des propriétés était très important : l'hôtel d'Orrouer par exemple, aux lignes très droites, très symétriques, sans fioritures, c'est aussi le côté protestant Hubert de Givenchy qui ressort, la ligne, le néo-classicisme qui est aussi quelque chose qu'on retrouve beaucoup dans la collection et dans le choix du mobilier."

Reconstitution du jardin du château du Jonchet avec des cerfs de Janine Janet (env. 100 000 euros) et des oiseaux de François-Xavier Lalanne (env 500 000 euros)
Reconstitution du jardin du château du Jonchet avec des cerfs de Janine Janet (env. 100 000 euros) et des oiseaux de François-Xavier Lalanne (env 500 000 euros)
© Radio France - Eric Chaverou