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Hugo Lindenberg et Daniel Cordier : un palmarès d'enfance et de souvenirs

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"Un jour ce sera vide" d'Hugo Lindenberg, un premier roman qui dépeint une enfance prisonnière de l'absence et des fantômes
"Un jour ce sera vide" d'Hugo Lindenberg, un premier roman qui dépeint une enfance prisonnière de l'absence et des fantômes
- Nao Kato / EyeEm

Hugo Lindenberg signe un excellent premier roman sur l'enfance, "Un jour ce sera vide" et le résistant Daniel Cordier délivre un témoignage à la fois informatif et bouleversant, "La victoire en pleurant". En musique, Ed Sheeran joue au "freak" et se met en scène dans un clip à la David Bowie.

Bienvenue dans le Box Office, le rendez-vous hebdomadaire de l’émission Soft Power. On y épluche chaque semaine les tendances de la culture et les plus gros succès du moment. En partenariat avec l’institut d’études GfK pour les livres et les jeux vidéos et CBO Box Office pour le cinéma.

En littérature, un petit nouveau s’installe dans le top des meilleures ventes : Un jour ce sera vide, de Hugo Lindenberg, en 22ème position. Lindenberg est journaliste, un baroudeur de la presse magazine passé par Néon et les Inrocks. Un jour ce sera vide est son premier roman et il a été récompensé par le prix du Livre Inter 2021, dès le premier tour. Cela n’était pas arrivé depuis Daniel Pennac, lauréat en 1990, pour La petite marchande de prose. Ce dont on n’est pas encore sûr, avec le prix Inter, c’est à quel point il est prescripteur, à quel point il « fait vendre » et influence les lecteurs. Fin 2020, on a eu l’exemple extrême, le Goncourt 2020, qui a vraiment été un prescripteur de masse. L’Anomalie d’Hervé le Tellier, avant d’être lauréat, a fait un départ très discret, aujourd’hui, il est sur le point d’attendre le million de ventes. Pour le prix d’Inter, l’année dernière, Anne Pauly a vendu 80 000 exemplaires après avoir été récompensée. On vous dira si Lindenberg fait aussi bien dans les prochaines semaines.

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C'est un premier roman très touchant sur la fin de l'enfance, sur ce temps qui ne passe pas. Il saisit ce déséquilibre parfois violent entre un état d'ébullition intérieure et l'apathie sidérante, stagnante, du monde extérieur. Le narrateur est un jeune garçon échoué sur une plage normande, qui crève d'ennui et de l'absence d'une mère morte trop tôt. Son espace-temps s'enlise dans les fantômes, les tabous et le spectacle de la vie des autres. Mais soudain, il reprend vie au contact d'un Baptiste à la peau couleur de sable, aux lèvres carmins, qui l'entraîne dans le ventre de la mer et le replonge dans le tourbillon de la vie. Il cite Nathalie Sarraute en épigraphe de son livre : "Ce bruit soudain de l’eau dans ce silence suspendu, ce serait comme un signal [...]". La lecture de Julie Neveux.

Daniel Cordier livre ses secrets dans "La victoire en pleurant"

En Essais-Documents, nous avions évoqué dimanche dernier Edgar Morin, presque centenaire, pour ses Leçons d’un siècle de vie, court livre assez décevant en fait. Voici cette semaine à la 14ème place Daniel Cordier qui est tout l’inverse. Un gros livre touffu, un peu baroque et passionnant, où le résistant (décédé en novembre dernier) signe son testament intellectuel. Il venait (lui) de la droite extrême et n’a basculé dans la gauche républicaine et humaniste que pendant la guerre, comme résistant et secrétaire particulier de Jean Moulin. On lui doit la biographie magistrale en trois tomes de son patron, et tout récemment, le tome 2 de ses mémoires, posthume donc, qui s’intitule : La victoire en pleurant : Alias Caracalla 1943-1946 – a été publié par Gallimard. 

Ses portraits sont chaleureux ou amers, comme lorsqu’il parle de Sartre qui se prend pour un résistant après tout le monde, Albert Camus plus âpre et déterminé, sans oublier Alain ou Raymond Aron vus à contre-jour. Daniel Cordier, aventurier d’ici, parachutiste du BCRA, orphelin fiancé, amateur puis collectionneur d’art, raconte comment il se heurte à la réalité rugueuse, desperado dans les années les plus sombres de cette sombre période puis dans la vie d’après, inconsolable. Le livre est souvent fort, parfois bouleversant, même si on peut regretter qu’il se taise sur quelques points décisifs et ait emporté peut-être (dans son sommeil d’amour) son doux secret. 

"Nomadland" laisse sa place à Guy Ritchie

Au cinéma cette semaine, Nomadland marque le pas au box office. Une chute de 16% des entrées, qui le ramène à la 6eme place. Le public n’a peut-être pas tant d’enthousiasme pour ce "road movie" en caravane multi-oscarisé. Mais évidemment, un film américain en chasse un autre. Ici, il y en a même deux : 

À la 3ème place dès sa première semaine d'exploitation, le dernier film de Guy Ritchie, Un homme en colère, avec Jason Statham. Les 2 se retrouvent enfin, plus de 20 ans après le mythique Snatch (2000) et le non moins mythique Arnaques, Crimes et Botanique (1998). À en juger par le casting et la bande-annonce, cela a tout l’air d’être un blockbuster bourrin, avec tous les ingrédients génériques du genre, l’équivalent du fast-food au cinéma : le chauve baraqué qui ne s’exprime que par punchlines, la quête de vengeance, des armes, des voitures... et encore des armes. Mais comme le réalisateur est Guy Ritchie, peut-être pourra-t-on s’attendre à ce rythme, cette respiration particulière qu'il impose, son incontestable talent formel... et un peu d’auto-dérision.

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Juste devant, Sans un bruit 2 cumule 230 000 entrées pour sa première semaine, à la seconde place du classement. Un thriller apocalyptique avec Emily Blunt et surtout, le favori des fans, le peaky blinder, Cilian Murphy. 

Côté jeux-vidéo, Ratchet & Clank, Rift Apart, domine le marché français pour sa deuxième semaine déjà. C’est une exclusivité pour la console dernière génération de Sony, la Playstation 5. Ici, ce dernier Ratchet & Clank, qui plaît à la critique, est efficace, c’est-à-dire qu’il fait exactement ce qu’on attend d’un jeu de ce genre : un gameplay clair et agréable, une ambiance délirante et rythmée, pas intello du tout, très réussi graphiquement. 

Ed Sheeran joue au "freak"

Musique pour finir. Ed Sheeran est de retour avec un nouveau single, Bad Habits. Sortie ce week-end, la musique est déjà 7ème du classement mondial Spotify, pour la seule journée d’hier. Le clip présente un Ed Sheeran maquillé, transformé en clown dandy, le Joker de Batman, qui chante ses mauvaises habitudes, les insomnies sous influence dans la ville, les conversations insensées. Ainsi représente-t-il la marginalité, le presque-fou, le monstrueux, en hommage à David Bowie certainement, c’est-à-dire à la figure du "freak", la bête de foire, celui qu’on envoie sur scène malgré lui et qu’on montre du doigt littéralement (l’étymologie de monstre, c’est « montrer »). Sauf que le "freak" imaginé par Bowie retourne le stigmate, monte sur la scène de son plein gré, assume le monstrueux et se transforme ainsi en artiste. Saluons l'influence même si il faut avouer qu'avec Ed Sheeran, c’est encore un peu trop lisse, un peu trop aseptisé, trop mainstream en un mot, pour produire l’effet de marginalité escompté.

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