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Hystérie et compromissions

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"Juste la fin du monde" de Xalier Dolan
"Juste la fin du monde" de Xalier Dolan
- © Shayne Laverdière, courtesy of Sons of Manual

Les projections. Deux films d’habitués du festival de Cannes dans la compétition aujourd'hui : le Roumain Cristian Mungiu, Palme d'or en 2007 avec "4 mois, 3 semaines, 2 jours", a présenté "Bacalaureat", et la star Xavier Dolan est venu avec "Juste la fin du monde", film controversé, comme toujours…

Chronique Antoine Guillot Festival de Cannes 2016

2 min

Les habituelles recettes du Monsieur Plus du cinéma

C’est un fait que Xavier Dolan continue à diviser la Croisette : génie hypersensible, ou faiseur cynique et tape-à-l'œil (et à l’oreille) ? Ce nouveau film ne risque pas de la réconcilier. Adapté d'une belle et subtile pièce de théâtre de Jean-Luc Lagarce, "Juste la fin du monde" rassemble une distribution de poids : Nathalie Baye, Marion Cotillard, Léa Seydoux, Vincent Cassel et Gaspard Ulliel, en un huis-clos où un fils prodigue revient pour annoncer sa mort prochaine. La réunion de famille tourne vite au règlement de comptes généralisé. Le parti pris adopté par Dolan ? Une succession de gros plans très rapprochés qui se succèdent en champ/contrechamp, et font de ses personnages, névrosés et à cran, des têtes parlantes hystériques qui débitent, avec un ton qui se voudrait naturaliste un texte qui n'est plus que bavard. Les recettes habituelles de Dolan, le Monsieur Plus du cinéma, sont toujours les mêmes : trop de tout, de musique à fond pour "emporter" le spectateur, des couleurs hypersaturées, d'inévitables moments clipesques et maniérés pour illustrer, voire expliciter le texte. Dans le genre "famille en crise", on préfèrera le film roumain présenté le premier jour de la compétition, "Sieranevada", de Cristi Puiu, autrement subtil et imaginatif en matière de mise en scène.

Dilemmes moraux d’une Roumanie anxieuse

"Bacalaureat" de Cristian Mungiu
"Bacalaureat" de Cristian Mungiu
- © Mobra Films / Why Not Productions / les Films du Fleuve

C’est aussi le cas du deuxième film roumain de la compétition, "Baccalauréat », étrange mélange de ceux dont je vous ai parlé hier : comme chez les frères Dardenne (mais aussi chez Cristi Puiu), le personnage principal est un médecin, et comme chez Brillante Mendoza, le film ausculte, mais d'une toute autre manière, une société malade de sa corruption. Comment rester fidèle aux principes moraux, dans lesquels on a éduqué ses enfants, quand pour leur assurer un avenir il faut mettre le doigt dans l'engrenage des compromissions qui minent la Roumanie ? Cristian Mungiu dresse le portrait d'une génération anxieuse qui a cru, après la chute de Ceaucescu, qu'elle pourrait changer le pays, et ne voit plus comme futur à ses enfants que le départ à l'étranger. Le tout avec un sens de l'espace, une intelligence de la mise en scène en plans séquences et un talent pour la direction d'acteur dont on aimerait que d'aucuns s'inspirent un peu...

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"Juste la fin du monde" de Xalier Dolan (Sélection officielle)

"Bacalaureat" de Cristian Mungiu (Sélection officielle)