Idlib : une mosaïque de groupes djihadistes

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Idlib : une mosaïque de groupes djihadistes

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Soldats de Jabat al-Wataniya al-Tahrir, le Front pour la Libération nationale (FLN), une coalition créée sous ce nom par la Turquie le 28 mai 2018. C'est la deuxième grande force présente à Idlib
Soldats de Jabat al-Wataniya al-Tahrir, le Front pour la Libération nationale (FLN), une coalition créée sous ce nom par la Turquie le 28 mai 2018. C'est la deuxième grande force présente à Idlib
© AFP - Aaref Watad

Idlib, dans le nord-ouest de la Syrie, à la frontière avec la Turquie, constitue la dernière poche de résistance du pays. Elle comprend près de 60 000 combattants rebelles, appartenant à différents groupes, qui eux-mêmes s'opposent sur le plan militaire et idéologique.

La ville d'Idlib ressemble aujourd'hui à un concentré de toutes les forces djihadistes qui existent à travers la Syrie. C'est une sorte de "mosaïque qui regroupe toutes les sensibilités" islamistes, explique David Rigoulet-Roze, chercheur à l'Institut français d'analyse stratégique (IFAS). La principale force est Hayat Tahrir al-Sham (HTS), l'Organisation de libération du Levant, appelé aussi Hetech, par ceux qui le combattent, en écho à Daech. 

Les Enjeux internationaux
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Une nouvelle mouvance d'Al-Qaïda domine Idlib

Le groupe de Hayat Tahrir al-Sham s'est formé officiellement en janvier 2017. Mais en réalité, ce groupe est plus ancien. Il a pris différentes formes et noms au fil des années. Son noyau dur est composé de membres de l'ex-branche syrienne d'Al-Qaïda, le front al-Nosra, classé comme groupe terroriste par Washington, l'ONU, l'Union européenne, et par Damas. "Initialement, c'était Jabat al-Nosra, en janvier 2012, qui avait décidé de changer de nom en Fatah al-Sham à partir de juillet 2016", explique David Rigoulet-Roze, chercheur à l'Institut français d'analyse stratégique (IFAS). 

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L'organisation se "dissociait officiellement d'Al-Qaïda pour justement ne pas être taxée de djihadisme international, en insistant sur sa composante national-syrienne, mais en réalité avec une idéologie très proche d'Al-Qaïda", poursuit le spécialiste. Le groupe s'est imposé sur le territoire d'Idlib dès 2014, en faisant reculer des combattants de Daech. Son projet est de créer un émirat islamique centré géographiquement sur la province d'Idlib. Un projet à la fois idéologique et territorial.

Hayat Tahrir al-Sham comprendrait près de 30 000 hommes selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme et serait présent sur 60% du territoire.

Journal de 8 h
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Une organisation islamiste ennemie, pro-turque, proche des Frères musulmans

La deuxième grande force présente à Idlib est Jabat al-Wataniya al-Tahrir, le Front pour la Libération nationale (FLN), une coalition créée sous ce nom par la Turquie le 28 mai 2018. Elle regroupe une douzaine de groupes, dont le groupe Ahrar al-Sham et Harakat Nour al-Din al-Zenki qui ont accepté d'intégrer la coalition pro-turque début  août 2018 pour faire pièce à Hayat Tharir al Sham. Ils sont eux-mêmes divisés en dizaines de brigades plus ou moins autonomes. Objectif : dissoudre le groupe de Hayat Tahrir al-Sham. De nouveaux pourparlers d'Astana en mai 2018 ont joué un rôle majeur dans la genèse de ce mouvement. 

Ils ont débouché sur un accord entre la Russie et l'Iran, alliés de Bachar al-Assad, d'une part, et la Turquie, soutien des rebelles, d'autre part, dans ce qui était l'une des quatre zones de désescalade initiales établies en 2017, dont fait partie Idlib. La "pression russe" a donc été "très forte". Les Russes "ont demandé à la Turquie d'agir pour essayer de dissoudre Hayat Tahrir al-Sham, l'objectif étant que l'interlocuteur des Russes soit la Turquie et non pas des groupes djihadistes", souligne David Rigoulet-Roze. En effet, "l'objectif turc sous la pression des Russes est de dédjihadiser les rebelles". Ce groupe islamiste pro-turc est officiellement proche des Frères musulmans, même si dans les faits certains de ses membres se revendiquent salafistes, à l'instar d'Ahram al-Sham, notamment.

Des groupes djihadistes étrangers fragmentés 

Il existe un troisième ensemble de groupes affiliés à Al-Qaïda, mais plus divisé, notamment le parti islamique du Turkestan, qui regroupe essentiellement des Ouïghours, des Chinois turcophones, ainsi que des Ouzbèques, issus du mouvement islamique d'Ouzbékistan. Ils sont regroupés près de la zone de Jisr al-Choghour, dans l'ouest de la province d'Idlib. Certains combattants de ces mouvements sont passés par l'Afghanistan. Des Tchétchènes sont également présents. Tous s'inscrivent dans un djihad dit global, ou international. Ces djihadistes sont implantés sur le territoire d'Idlib en famille.  

Enfin, il reste quelques cellules de Daech, mais le groupe n'est pas structuré. En tout, l'organisation Etat islamique compterait à peine un millier de combattants.

Par ailleurs, il ne reste quasiment plus rien de la résistance armée des premiers temps de la révolution syrienne, qui s'était organisée autour de l'armée syrienne libre. 

Infographie publiée le 8 septembre 2018
Infographie publiée le 8 septembre 2018
© Visactu