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Il faut savoir finir une psychanalyse

Par
Benoît Giros dans "la Magie lente"
Benoît Giros dans "la Magie lente"
- Cie L'idée du nord

Avignon 2018. Certains spectacles sont des invitations à se plonger dans l’imaginaire, aussi odieux soit ce qui s'y dit. La Magie lente (texte de Denis Lachaud) est de ceux-là. On entre dans la salle, on s’installe et on reste en arrêt, totalement subjugué par un comédien d’une densité exceptionnelle.

Certains acteurs, et ils sont rares, traversent le feu lorsqu’ils gagnent la scène du théâtre pour y dire leur texte. Benoit Giros est de ceux-là. Sur la minuscule scène du théâtre Artéphile, un des lieux repérés du Off avignonnais, le comédien en pull sombre et pantalon de flanelle gris attend le public à l’entrée de la salle, un léger sourire sur les lèvres. 

Peut-être est-il en train de méditer sur la représentation  à venir. Elle sera au cordeau. Pas un mot, pas un geste, pas une intonation n’y seront superflus. M. Louvier, c’est le nom du personnage qu’incarne Benoit Giros, a été déclaré schizophrène. Quand il prend le métro, il entend des voix d’hommes qui toutes affirment vouloir le sodomiser. « Ce sont des hallucinations ! » lui soutient son psychiatre avant qu’un autre médecin, plus avisé celui-ci, convoque patiemment les souvenirs enfouis du patient. 

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Ecoute absolue

Une psychanalyse, ça prend du temps. Le temps de formuler les choses, de mettre des mots sur l’indicible, de pouvoir regarder la vérité en face. Lorsqu’elle s’énonce enfin, cette vérité porte un nom. De l’âge de 8 à 13 ans, M. Louvier a été violé par son oncle. Violé : ce sera le dernier mot prononcé dans ce spectacle saisissant qui plonge en eau profonde pour tenter de comprendre par le détail, par le menu, ce qui fait qu’un homme est un homme. Dans les rangs du public, personne ne bouge. Cette écoute absolue est très rare au théâtre. Elle est le signal qu’en face, quelque chose se passe qui sort de l’ordinaire. 

On se quitte donc sur ce dernier rendez vous avignonnais car, s’il faut savoir finir une analyse, il faut aussi savoir quitter le Festival. A l’année prochaine !

%C3%A0%20r%C3%A9%C3%A9couter : la%20chronique%20dans%20le%20Journal%20de%2018h%20du%20vendredi%2013%20juillet%202018