Affiche pour la 1e radio privée française : Radiola
Affiche pour la 1e radio privée française : Radiola

La première émission de radio en 1921, ils s'en souviennent

Publicité

Il y a 100 ans, la première émission de radio, ils l'ont faite et s'en souviennent

Par

Archives | La radio a 100 ans. Ecoutez les témoignages de ceux et celles qui ont pour la première fois fait voyager leur voix sur les ondes. Une aventure où Budapest et Oran se confondent, une histoire de bricolages, de larmes, de complicité, et surtout, de gaieté.

Revenons aux origines de la radio, au début des années 1920. Georges Geville, un des premiers animateurs de la radio publique, soulignait avec véhémence en 1959 l'extraordinaire inventivité de ses compagnons : "C’est nous qui les avons créés : la causerie, la retransmission, les radioreportages, le journal parlé : tout ceci est sorti de notre imagination, et plus particulièrement de Paris-PTT. Et ceci, il faut qu’on ne l’oublie pas !" Alors souvenons-nous, écoutons les témoignages précieux, enregistrés dans les années 1950-1960, de ces pionniers : leurs espoirs, leur folie, leurs déboires, aussi.

Au commencement était la musique 

A partir de 1918, l’usage militaire de la radio évolue pour diffuser de la musique, de façon pour le moins expérimentale. 

Publicité

La chanteuse Jeanne Gatineau s'en souvenait en 1961  : "Le technicien préposé, en équilibre devant moi, essayait de maintenir une espèce de long pavillon en cornet dans lequel je devais chanter. Ni lui ni moi ne pouvions bouger d’un centimètre sans compromettre l’émission. Les antennes avaient été accordées, paraît-il, pour Budapest. L’émission commence, mais je ne vais pas loin. A la quatrième phrase, toutes les lampes sautent. Enfin, nous pûmes venir à bout de notre concert, et nous étions tous très contents de nous. On nous annonça à notre retour qu’on n’avait rien entendu du tout. Mais le lendemain matin, Madeleine Charpentier accourait, avec en mains une dépêche demandant comment on avait pu envoyer un aussi beau concert. Et cette dépêche venait du sud-oranais. 

Yvonne Brothier enregistre la 1e émission publique, en 1921
Yvonne Brothier enregistre la 1e émission publique, en 1921
© Radio France - Photo R.T.F. Collections service archives écrites et musée de Radio Franc

26 novembre 1921 : top départ de la radio grand public en France avec un concert retransmis pour le centenaire d'Ampère devant 300 ingénieurs à l’hôtel Lutetia, comme le raconte Yvonne Brothier, chanteuse à l’Opéra comique, en 1959 : "On devait annoncer au dessert “la parole est à la fée électricité”. Des appareils récepteurs d’un volume très réduit avaient été dissimulés dans des plantes vertes. Tout le monde était terriblement nerveux. Pour une fois, j’étais beaucoup plus préoccupée des conditions atmosphériques que de ma voix.  Je chantais l’air du Barbier de Séville et naturellement, La Marseillaise, sans incidents. Quand, enfin, l’ingénieur qui était en liaison téléphonique avec l’hôtel Lutetia, vint annoncer que ça avait été parfait, que c’était un triomphe, je vis quelques-uns de ces hommes qui avaient des larmes dans les yeux. 

Radiolo, premier speaker

Premier speaker, Radiolo se souvient, lui, de ses débuts dans la toute première station privée, Radiola, dès 1922.

Marcel Laporte, dit Radiolo en 1961 : "C’est tout à fait par hasard qu’on m’a proposé de faire des essais. On m’avait dit derrière un rideau. Je n’ai pas compris ce que c’était, naturellement, à l’époque. Je suis allé voir ces gens-là qui m’ont dit : “Ce n’était pas vous que nous voulions”, J’étais jeune et beau à l’époque, disons-le ! “C’est pas vous, on cherchait un vieux comédien, à qui on aurait fait plaisir en lui donnant un petit job.”

- Le journaliste : "Vous avez conservé précieusement le texte de présentation de cette première émission. Nous sommes le 6 novembre 1922 dans le studio de cette cave du boulevard Haussmann."

- Radiolo : “Veuillez profiter des quelques instants pendant lesquels les musiciens accordent leurs instruments pour accorder vos appareils. Que les auditeurs n’oublient pas de bien régler leur renforçateur, commandé par la manette qui se trouve à droite sur l’appareil." 

58 min
Le poste de "Radio Tour Eiffel" au début des années 1920
Le poste de "Radio Tour Eiffel" au début des années 1920
- Agence Roll - BnF-Gallica

Radio Tour Eiffel, aux prémices de la radio publique

Côté service public, un studio de fortune est installé au pilier nord de la Tour Eiffel, et la sauve au passage de la destruction, grâce à son utilité retrouvée. 

Georges Geville en 1961 : "C’était, tenez-vous bien, une modeste cabane en bois, quand il pleuvait, c’était inabordable. Et partout, d’immenses écriteaux : “Attention, danger de mort” “Attention, danger de mort” Quand on rentrait là-dedans, on croyait que sa dernière seconde était arrivée. L’intérieur de ce studio était d’une simplicité héroïque. Les murs de bois ornés d’autant de poussière que d’accrocs. Le micro était placé sur une table de cuisine. Ah mais le matériel, y’avait rien ! C’était rien que de l’improvisation ! On avait placé le micro sur une éponge en caoutchouc. Voilà comment nous avons débuté. 

Pierre Descaves, 1961 : "Il y avait Paul, Alex, qui faisait la vie de province, le docteur Vachet, qui nous donnait des conseils pour vivre vieux. Vous voyez, ça nous a servis. On avait Honoré qui faisait les courses, et il avait une singulière façon de donner le résultat des courses, c’est-à-dire qu’il confondait tous les chevaux. 

Georges Geville, 1959 : "La radio a pris naissance au bon moment, il faut l’avouer. Les hommes revenus des combats, séparés des leurs pendant quatre années, aspiraient à retrouver dans la paix la détente et les joies du foyer. La TSF devait en devenir la compagne. Et c’est pourquoi tous tant que nous étions, à quelque poste que ce fut, pensions que, lorsque l’on pénètre dans un foyer, que l’on participe à la vie de la famille, c’est en ami qu’il faut le faire, rien qu’en ami et pas autrement. Par la cordialité, la bonne humeur, créer une radio alerte, pimpante, qui instruisait, qui amusait, mais qui était gaie."

Pierre Descaves, 1961 : "Vers le début de l’année 1926, un jour, nous avons vu à l’heure de l’émission, arriver un monsieur, fort correct d’ailleurs. Ils ont dit : “Messieurs, nous vous prenons en charge, nous représentons les PTT. Je ne vous dirai pas, comme dans certaines pièces de Labiche, “Fini de rire”, mais enfin, l’Etat tutélaire nous avait tendu une main encourageante, et ma foi, on avait commencé à nous faire signer des bordereaux 428, 1842... Nous avions le sentiment de rentrer pleinement dans l’Etat, de nous mettre au service de l’Etat, pour le meilleur, et surtout pour le pire." 

Archives : RTF, documentation INA : V. de Saint Pastou. 

1h 03