Au pont de l'Alma à Paris, des embouteillages monstres se forment alors que les feux tricolores sont hors service.
Au pont de l'Alma à Paris, des embouteillages monstres se forment alors que les feux tricolores sont hors service.

Décembre 1978 : panne générale

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Il y a 44 ans, “la grande panne” d’électricité paralysait la France

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Circulation paralysée, ascenseurs bloqués : le 19 décembre 1978, une panne géante tétanise la France pendant quelques heures. Cette coupure de courant historique n'est pas sans rappeler les craintes soulevées par le contexte énergétique actuel...

Il est 8h27 quand un black-out électrique touche la France, quelques jours avant Noël 1978. Sur des archives de l’INA, on voit des embouteillages monstres dans Paris, des klaxons incessants, des métros interrompus dans les tunnels. Les trains sont stoppés en rase campagne, les chauffages et les feux tricolores sont hors service. “À Ussel, un chirurgien termine une opération avec une lampe de poche”, raconte un reportage du JT de TF1. “Cette panne géante est la plus longue qu’ait jamais connue la France.

“Aperçu du chaos des années à venir”

Autre inconvénient : l’arrêt des systèmes de réfrigération dans les entrepôts alimentaires, où les stocks accumulés en prévision des fêtes de Noël risquent de se détériorer.” Même l’heure limite de validation du Loto a été retardée de deux bonnes heures, précise Patrick Poivre d'Arvor. Bref, “la pagaille s’est installée en quelques minutes”, constate le présentateur Yves Mourousi. Une passante résume l’ambiance générale : “C’est un aperçu du chaos qui peut exister dans les années à venir, d’ici 5 à 10 ans, c’est un avant-goût.

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Le point de départ, c’est la rupture d’un câble entre la Lorraine et la région parisienne, causée par une surconsommation dans l’ouest du pays. À partir de là, une série de ruptures en cascade a touché presque tout la France.

1978/2022 : mêmes questions

Début 2023, d’hypothétiques coupures temporaires, maîtrisées et ciblées, sont prévues par les fournisseurs d'énergie, pour pallier l’arrêt de 20 réacteurs nucléaires. En 1978, la capacité de production posait déjà question. Un journaliste questionne le directeur général d’EDF, Marcel Boiteux : “Cette panne s’explique-t-elle par le fait que la France n’a pas construit assez de centrales et ne produit pas assez d'électricité ?” Réponse négative du numéro 1 du fournisseur d’électricité, qui ajoute cependant : “Comme nous vivons sans marge, ou avec des marges infimes, il a suffi d’un gros déséquilibre entre la consommation dans l’ouest et la production dans l’est de la France pour qu’un incident mette tout en château de cartes.

Sobriété énergétique avant l’heure

Déjà à l’époque, on en appelle à la sobriété énergétique, même si l'expression n'existe pas encore. “Il faut apprendre aux gens à économiser l’énergie”, déclare une passante au micro de TF1. Un an plus tard, Joseph Chapuy, promu Directeur général d’EDF, évoque d’éventuelles restrictions de fourniture d’électricité. “Nous demanderons à tous de faire un petit effort. Principalement aux ménages ou aux petits industriels, nous demanderons de réduire, dans la journée, dans la mesure du possible, d’abord leur chauffage, et enfin l’éclairage”. Un discours dans lequel on entend déjà l'écho de ceux qui sont tenus aujourd’hui.

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Indépendance énergétique

Comme aujourd’hui, le climat économique mondial provoque des inquiétudes quant à l’indépendance énergétique de la France. Si, en 1978, le pays se chauffe encore largement grâce aux hydrocarbures, le monde a connu en 1973 le premier choc pétrolier, qui a renchéri le prix du pétrole. De quoi faire reconnaître à André Giraud, alors ministre de l’Énergie, la nécessité d'un arbitrage politique : “Est-ce que nous souhaitons être dépendant d’une source d’énergie de plus en plus chère, et qui plus est, soumise aux décisions de pays étrangers ?

Les énergies alternatives : gaz et charbon

Pour diversifier la production, on évoque des alternatives, différentes de celles proposées aujourd’hui. “On aurait pu ne pas prêcher le tout électrique dans les immeubles. Le gaz, ça sert à quelque chose, quand même !” regrette un passant au micro de TF1. Le responsable de la CGT Energie Jean Thomas regrette que “depuis des années, le gouvernement réserve les crédits d'investissement au nucléaire et n’a rien prévu pour les productions d'énergie alternatives, que ce soit au charbon ou avec des turbines à gaz”. En écoutant ces archives, on remarque aussi un excès de confiance général en ce qui concerne l’énergie solaire, mentionnée à plusieurs reprises comme la panacée d’ici l’an 2000.

Le nucléaire par défaut

La France accélère à l’époque son programme nucléaire, basé sur la fission de l’atome. Mais déjà, certains scientifiques pointent les risques. Le nucléaire est une “solution déjà dépassée, trop coûteuse et trop dangereuse”, selon un expert en énergies interrogé, Marcel Berceau, qui pense que la fusion nucléaire pourrait en revanche être la clé.

Faute de solution plus efficace et moins chère, le nucléaire reste perçu comme une énergie inéluctable. “Si de nombreuses énergies de substitution se développent actuellement, je ne pense pas qu’elles puissent être utilisées à une grande échelle avant 20 ou 25 ans”, évoque le physicien Pierre Fauchais. L’universitaire rattaché à la faculté de Limoges y voit plus un problème politique que scientifique, et pose un dilemme qui fait curieusement écho aux questionnements actuels de limites à la croissance. “Ou on souhaite diminuer sa consommation énergétique de façon considérable pour se passer du nucléaire, ou on souhaite garder sa consommation énergétique à son niveau actuel. Auquel cas, pour les 20 ou 25 années à venir, à mon avis, il n’y a pas d’autre solution que le nucléaire.”

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