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Ils inspirent Manuel Valls

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Manuel Valls à la tribune d'un colloque sur Michel Rocard, à l'Assemblée nationale, en septembre dernier
Manuel Valls à la tribune d'un colloque sur Michel Rocard, à l'Assemblée nationale, en septembre dernier
© Maxppp - Vincent Isore / IP3

Influences. Pas d'organigramme clair jusqu'ici pour l'ancien Premier ministre en campagne. Mais voici ceux qui peuvent guider ce rocardien revendiqué, souvent qualifié toutefois de "Sarkozy de gauche". Avant tout des hommes, et qui le suivent de longue date.

Quand on demande aux proches de Manuel Valls qui l'inspire intellectuellement, ils nous répondent : Manuel Valls ! Avec un laboratoire : Évry, dans l'Essonne. Même si depuis des années, un cercle rapproché, un clan, voire un commando disent certains, l'accompagne et le conseille. Y compris depuis plus récemment sa femme, Anne Gravoin.

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Et même si celui qui a accompagné un temps Lionel Jospin a encore il y a peu réaffirmé son attachement à Michel Rocard, ses idées et sa méthode. Dans un colloque à l’Assemblée nationale, en écho à des déclarations d'Emmanuel Macron, comme dans une tribune pour l'Obs. "Pour moi, le rocardisme, c’est d’abord ce choix d’assumer la responsabilité du pouvoir. Pas le pouvoir pour le pouvoir. Mais le pouvoir pour agir.", y écrit-t-il notamment. Et d'ajouter : "Le rocardisme nous lègue une ambition et une méthode, au service d’un principe : réformer. (...) Mettre l’économie au service d’un modèle social qui nous est envié dans le monde entier : c’est le mot d’ordre de ce social-réformisme que je défends."

La réforme, Manuel Valls l'a d'ailleurs souhaitée jusque dans le nom de son parti, qu'il a régulièrement voulu débarrasser du qualificatif de socialiste.

Calicots de campagne de Manuel Valls au sol du meeting parisien du 20 janvier 2017
Calicots de campagne de Manuel Valls au sol du meeting parisien du 20 janvier 2017
© Radio France - Ludovic Piedtenu

Alain Bauer, le monsieur sécurité

Parrain du deuxième fils de Manuel Valls, Alain Bauer, criminologue, est un ami de longue date du candidat. Valls et son autre ami, Stéphane Fouks, coprésident d'Havas Worldwide (Ex-EuroRSCG) surnomment l'ancien conseiller pour la sécurité de Nicolas Sarkozy "Baubau". Ces trois-là se sont rencontrés sur les bancs de la faculté de Tolbiac, "la rouge" à l'époque, en 1980. Bauer et Valls collaboraient à "Mouvements", le journal des jeunes socialistes de ce fief.

Alain Bauer
Alain Bauer
© Radio France - CP

Alain Bauer a adhéré au PS à 15 ans et fait partie des plus jeunes francs-maçons de France, lui qui présidera plus tard, de 2000 à 2003, le Grand Orient de France, nous expliquait en 2012, dans un très beau papier sur ces 3 hommes, la journaliste du Monde et productrice à France Culture, Ariane Chemin. La franc maçonnerie qui unira les deux hommes pendant les années 90.

Dans un entretien avec Frédéric Ploquin, Alain Bauer explique qu'il a "fourni des idées depuis 30 ans, d’abord à Michel Rocard, puis à de nombreux responsables qui n’avaient pour point commun que d’être républicains, et j’en suis fier." Et cet homme d'influence et de réseaux a révélé à L'Express avoir "répondu aux questions posées par Manuel sur les personnalités des uns et des autres au moment de la constitution du cabinet (de la place Beauvau)".

Soupçonné de détournement de fonds publics, celui que l'ancien Premier ministre a décoré de la Légion d'honneur en octobre dernier aurait pu causer du tort au candidat Valls. Des perquisitions ont en effet été menées le 10 janvier à son domicile, en pleine campagne des primaires. Mais l'enquête n'a pas encore abouti, relate Laurent Mauduit dans ses différents articles sur Mediapart consacrés à cette affaire.

Stéphane Fouks, l'ami communicant

Des trois amis de Tolbiac, Stéphane Fouks était le plus militant des trois, poursuit Ariane Chemin dans son enquête. Ensemble aux jeunesses socialistes, Fouks s'occupe déjà de la communication. Il côtoie Jacques Pilhan gourou de la communication présidentielle de Mitterrand à Chirac. Il invente la communication politique et institutionnelle chez EuroRSCG devenu Havas Worldwide. Agence de communication tombée en disgrâce au début du quinquennat de François Hollande, le Président se méfiant du "grand manitou" de la candidature de Dominique Strauss-Kahn quelques mois plus tôt. Valls à Matignon en 2014, ce sera un peu la revanche de Fouks. Officiellement, il l'aide toujours à titre gracieux, comme un ami aide un autre ami. Lui qui tutoie les patrons de presse et "a l'oreille des plus grands patrons français, Michel Pébereau, Stéphane Richard, Matthieu Pigasse, Serge Tchuruk, ou encore Bernard Arnault, qui lui fit un jour apporter une paire de chaussures pour remplacer celles qu'il avait aux pieds, jugées peu élégantes...", raconte L'Express.

Enfin, Yves Colmou est aussi de ses très anciens amis, puisque Stéphane Fouks l'a croisé à la section socialiste de Charenton-le-Pont, en banlieue parisienne, intégrée à seulement 16 ans.

Yves Colmou, le préfet

Chef de cabinet de Michel Rocard à Matignon, il a vu arriver Manuel Valls à la même époque comme assistant parlementaire à l'Assemblée nationale. Ces deux là choisiront ensuite Lionel Jospin. Valls à Matignon s'occupe de la communication. Yves Colmou, cette fois, rejoint Daniel Vaillant, nommé ministre des relations avec le Parlement (1997-2000). Homme de réseaux, fin connaisseur de la haute fonction publique et de la carte électorale, dont il s'est occupé du redécoupage en 2013 (pour les départementales de 2015) alors conseiller de Valls à Beauvau, nommé à cette époque préfet hors-cadre, franc-maçon, il refuse toutefois d'être assimilé à la "bande de Tolbiac" avec Alain Bauer et Stéphane Fouks, écrit Nathalie Segaunes dans L'Opinion. Lors de la précédente primaire en 2011, Yves Colmou soutient François Hollande et non Manuel Valls, déjà candidat. Le destin et /ou la renonciation de François Hollande amènent aujourd'hui Colmou dans l'équipe du candidat Valls.

Harold Hauzy, son conseiller comm'

La mission ne doit pas être aisée face à l'ancien directeur de la communication de Lionel Jospin, puis directeur de la campagne de François Hollande. Mais Harold Hauzy est un fidèle, un homme d’Évry, passé par Beauvau, avant Matignon. Capable de tenir le rythme décrit en 2015 par Marcelo Wesfreid dans L'Express : "30 fois par jour, Manuel Valls lui envoie des SMS. Pour l'informer d'un article, d'une actualité chaude : "Attaque coordonnée sur TV5 Monde" ; "Attaque de l’État islamiste dans un musée de Mossoul, tu ne crois pas qu'il faut réagir sur Twitter ?" Réponse : "Oui, urgent." Réponses positives aussi aux invitations de Laurent Ruquier, même si jamais jusqu'à présent un Premier ministre en exercice n'avait participé à "On n'est pas couché". Sans oublier un régime BFMtv, à haute dose.

Harold Hauzy accompagne Manuel Valls à France Culture le mercredi 18 janvier 2017
Harold Hauzy accompagne Manuel Valls à France Culture le mercredi 18 janvier 2017
© Radio France - Nathalie Lopes

Maître du séquençage des actualités, Harold Hauzy est aussi une des plumes de Manuel Valls. Et l'été dernier, l'un de ses tweets fait réagir. Mot clé : la sécurité. Modèle vanté : Israël.

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Avec Sébastien Gros, chef de cabinet, ce sont les deux plus fidèles, ceux qui l'accompagnent depuis sa réélection à la mairie d’Évry en 2008. Il a la main sur l'agenda. On peut aussi citer Christian Gravel, présent au dernier meeting parisien de Manuel Valls, le 20 janvier 2017. Une présence discrète. Ancien de la comm' de l’Élysée, au début du quinquennat, puis en charge du Service d'Information du Gouvernement (SIG), il n'est pas officiellement engagé dans la campagne. Mais il côtoie Manuel Valls depuis une quinzaine d'années. MM. Gros et Gravel récompensés ces dernières années avec un accès au corps préfectoral.

Anne Gravoin, son alter ego culturel

Anne Gravoin accompagne Manuel Valls lors d'une tournée en Afrique de l'Ouest. Ici à Lomé au Togo le 28 octobre 2016
Anne Gravoin accompagne Manuel Valls lors d'une tournée en Afrique de l'Ouest. Ici à Lomé au Togo le 28 octobre 2016
© Radio France - Ludovic Piedtenu

La deuxième femme de Manuel Valls aurait d'abord facilité l'entrée au ministère de l'intérieur, grâce à son amitié avec Valérie Trierweiler. Cette violoniste premier prix de violon et de musique de chambre du Conservatoire de Paris aurait aussi renforcé l'intérêt du fils d'un peintre catalan pour la culture. Très fière de son mari, celle qui a aussi l'habitude de jouer pour Charles Aznavour, Pascal Obispo, ou Johnny Hallyday lui a ouvert ses réseaux, qui peuvent être médiatiquement très porteurs.

Ce marqueur culturel qui s'était traduit au gouvernement par un accord avec les intermittents était très affirmé dans le programme du candidat Valls. Celui qui a reçu le soutien de l’actuelle ministre de la Culture, Audrey Azoulay, l'a affirmé comme une priorité. Dans chacune de ses prises de parole de campagne, il ne manque jamais d'en parler. C'était encore le cas dans son dernier discours avant le 1er tour à Paris, au Trianon, salle de spectacle du 18ème arrondissement :

"La culture, c'est ce petit supplément d'âme dans des discussions pour se donner bonne conscience. Non, la culture, ça n'est pas un supplément d'âme ! C'est l'âme des hommes, des femmes, de leur émancipation. (...) Il faut une culture populaire, qui rapproche, qui interpelle aussi sur les grandes questions de notre temps. (...) C'est l'esprit français, c'est notre oxygène." Manuel Valls, le 20 janvier 2017

Anne Gravoin n'accompagne que très rarement Manuel Valls, alors Premier ministre dans ses déplacements. Leur visite commune en Afrique de l'Ouest fin octobre 2016 (un mois avant la renonciation de François Hollande et donc la candidature de Manuel Valls à la Primaire) est très remarquée. Dans chacun des discours qu'il prononcera, au Togo, au Ghana et en Côte d'Ivoire, Manuel Valls ne manquera jamais une occasion de la citer... quitte à en faire parfois un peu trop.