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Ils ont dansé avec Pina Bausch

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Le Sacre du printemps
Le Sacre du printemps
© Sipa - Alastair Muir / Rex Fea/REX/SIPA

1985. En 1985, la documentariste Chantal Aubry s’est rendue à Wuppertal à la rencontre de la compagnie de Pina Bausch. Photographie sonore du Tanztheater avec six danseurs et la chorégraphe elle-même.

Alors que la 17ème édition de la Biennale de la Danse de Lyon pose la question de l’héritage des grands maîtres sur la scène contemporaine, celui de Pina Bausch notamment, les spectacles du Tanztheater Wuppertal continuent à tourner dans le monde entier malgré sa disparition en 2009. La reprise du spectacle Viktor a fait l’actualité de la scène chorégraphique parisienne en cette rentrée 2016.

Pour mieux cerner les jalons de cet héritage, retour en archives. En 1985, à l’occasion d’un documentaire diffusé dans Les Nuits magnétiques, Chantal Aubry s’est rendue à Wuppertal pour rencontrer la compagnie. Sans chercher l’exhaustivité, la documentariste capte la vie et l’esprit de la troupe, à la manière d’un instant photographique. Pour cela, sept tableaux sonores, tour à tour : Jean-Laurent Sasportes, Jean-François Duroure, Dominique Mercy, Anne Martin, Lutz Förster, Jacques Patarozzi et Pina Bausch.

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Pina Bausch et le Tanztheater Wuppertal (Nuits magnétiques du 08.04.1985)

1h 19

Durée : 1h20 • Archive INA Radio-France

Les questions de Pina

En 1985, Pina Bausch dirige la troupe du Tanztheater depuis douze ans. Elle a déjà créé certains de ses plus célèbres spectacles : Le Sacre du Printemps, Barbe-bleue, Café Müller ou encore Kontakthof. Si les premières pièces de Pina Bausch étaient plus chorégraphiées, l’hybridation des genres s’impose au fil des créations laissant émerger le théâtre dansé.

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Nouveau genre, nouvelle méthode. Les danseurs viennent chercher à Wuppertal un processus de création non conventionnel. Loin des chorégraphes qui imposent une partition, Pina Bausch inclue les danseurs dans l’écriture. Le processus démarre par des questions qui sont le moteur de l'improvisation. Jean-Laurent Sasportes en donne quelques exemples :

“Comment est-ce que vous réagissez quand vous voyez quelqu’un qui vous plaît dans une pièce et que vous voulez attirer son attention ? Qu’est-ce vous faites quand vous êtes chez vous, que vous êtes tout seul et que vous êtes déprimé ? (...) Ça peut être une question où elle nous demande un petit sauté, un petit glissé, un petit pas mignon.”

Dans un processus en perpétuel mouvement, Pina Bausch pousse les danseurs dans leurs retranchements. “Ça touche autre chose que simplement la technique”, dira Jean-François Duroure. Frappé par l’endurance d’une femme qui créé sans relâche, le danseur souligne par ailleurs la spécificité de cette école allemande qui accorde une place toute particulière à la sensibilité, à la différence des traditions françaises et américaines de l'époque.

La réception des pièces

En 1984, la troupe se rend aux Etats-Unis pour la première fois. Lutz Förster décrit en ces termes l’accueil du public :

“C’est un grand succès, mais c’était aussi un choc... Mais un choc nécessaire pour les Américains, pour le théâtre et pour la danse.”

Les créations de Pina Bausch ne laissent pas indemne et ont défrayé la chronique. Personnages grinçants, du rire aux larmes, des peurs aux pleurs, de la joie aux cris, il n'y a souvent qu'un pas. Pina Bausch donne à voir la vulnérabilité humaine, jusqu'à la cruauté. Lorsque la documentariste l’interroge, elle répond :

“La cruauté dans mon travail ? Je ne comprends pas ce qu'on veut dire. Les gens qui ne voient que la cruauté ont besoin de lunettes. (...) Je parle du monde d'aujourd'hui, du moins, j'essaye de parler de la réalité. Ce qui ne veulent pas la voir, ce sont ceux qui ne veulent pas avoir de problèmes. Ils évitent toute confrontation. Les cruautés que vous voyez, ce sont aussi peut-être vos propres fantasmes.”

En filigrane de tout le documentaire se pose la question de la troupe : arriver, partir, revenir, quitter. C’est une famille artistique, des compagnonnages qui se tissent à Wuppertal : "on reste longtemps chez Pina” (Chantal Aubry).

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Pour aller plus loin :

Silencieuse Pina Bausch (1940-2009) : un documentaire de Matthieu Garrigou-Lagrange et Jean-Claude Loiseau (diffusion dans Une Vie Une Oeuvre le 25.05.2013)