Publicité

Immunité, fiabilité des tests, lama et Covid-19 : les réponses à vos questions sur le coronavirus

Par
Paris, France, le 28 Avril 2020 : gestes de soins en réanimation covid.
Paris, France, le 28 Avril 2020 : gestes de soins en réanimation covid.
© AFP - Nathan Laine / Hans Lucas

Vidéo. Est-on immunisé une fois guéri ? Les tests de dépistage sont-ils fiables ? Pourquoi repart-on à la chasse du patient zéro ? Les lamas produisent-ils des anticorps contre le Sars-Cov-2 ? Nicolas Martin, producteur de la Méthode scientifique, a répondu aux questions que vous vous posez sur le covid.

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.

Ce matin, Nicolas Martin, auteur de la chronique Radiographie du coronavirus, accompagné par l'équipe de La Méthode scientifique,   a répondu en live, sur Facebook, aux nombreuses questions  scientifiques  des auditeurs de France Culture. Un live que vous pouvez  retrouvez ici ou bien sur notre page Facebook.

Il n'y aura pas de nouveau live de Nicolas Martin la semaine prochaine, l'émission La Méthode Scientifique reprenant dès lundi prochain.

Publicité

La première question à été posée par "Lili Bellule" sur Facebook :

J'ai entendu  hier soir le chef de service de réanimation d'un hôpital du 93 qui semblait indiquer qu'une personne ayant eu le covid (PCR positive), guérie, sans plus aucun symptôme et avec un test négatif au contrôle, pouvait néanmoins être encore porteuse du virus et  le transmettre. J'ai crû comprendre que des recherches étaient en cours pour le vérifier. Avez-vous des informations à ce sujet car il était permis de penser jusqu'ici qu'il était au moins possible de voir et avoir des contacts sans aucun risque avec quelqu'un  d'immunisé. Merci.

On a eu des nouvelles données  à ce propos sur la réinfection ou la recontamination, Et nous avions fait une chronique à propos de cette inquiétude légitime : est-ce qu’une immunité suffisante se développe [une fois guéri] et peut-on retomber malade rapidement après ? Cette inquiétude est  portée par une centaine de cas en Corée du Sud : des gens on été testés positifs alors qu’ils étaient considérés comme guéris.   

Pour être considéré guéri, il  faut faire deux test PCR - c'est-à-dire avec un écouvillon nasale, un (long) coton tige au fond du nez. Il faut que les deux tests soient négatifs à 24 heures d’écart. Or ces gens qui avaient été hospitalisés et considérés comme guéris, étaient à nouveau positifs  un certain temps après et cela laisser craindre soit une réinfection, soit une rechute, soit une réactivation virale (quand le virus se remet à être actif, ce qui est le cas avec des virus comme l'herpès). On a eu des nouvelles à ce sujet… Encore une fois  c’est le principe du rasoir d'Ockham, c’est-à-dire qu’il faut privilégier la solution la plus simple avant d’envisager la solution complexe : en réalité, ces patients étaient des faux positifs.   

Les traces de virus retrouvées  dans les prélèvements étaient en fait liées à des cellules épithéliales pulmonaires mortes, donc évacuées par les patients, et dans lesquelles on retrouvait de l’ARN viral. C’est important parce que ce n’est pas parce que l’on trouve de l’ARN viral que l’on  trouve des virus qui sont contaminants. Je renvoie aussi à ce qu’on avait dit sur la persistance du virus sur les différentes surfaces. Ce n’est pas parce qu’on trouve du virus sur certaines surfaces, qu’il est contaminant et actif.   

C’est une bonne nouvelle, cela  veut dire qu'il n’y a pas de rechute, comme cela arrive avec la grippe. Cinq jours après on retombe un peu moins malade que la primo infection. De plus en plus de virologues - que l’on interroge tous les jours pour la radiographie du coronavirus - penchent  vers une immunité acquise avec la présence d’anticorps neutralisants qui permettent de lutter contre le virus s’il se présente une nouvelle fois.  

On sait que le SARS-COV 2 n’est  pas un virus qui mute énormément. Les coronavirus sont des virus relativement stables, contrairement à influenza - le virus de la grippe - qui mutte beaucoup, raison pour laquelle on a besoin de se faire vacciner.  Le SARS-COV-2, lui, mutte moins. Tous ces indices font pencher la balance vers le sens d’une immunité acquise et donc sans rechute. Cela écarte aussi l'hypothèse d’une réactivation virale, où le virus resterait caché dans certaines cellules à bas bruit puis  se réactiverait. Sur la rechute et sur la recontamination, les indices vont dans le sens d’une immunité acquise et protectrice.

Sara Rosenberg  :  Bonjour ! Pourquoi depuis quelques jours, repart-on dans la chasse au patient zero en France, quand ça n'a aucun intérêt scientifique ?

On reparle du patient zéro parce  que des tests indiquent que la famille d'un soignant aurait été positise au SARS-COV-2 dès le 27 décembre 2019. Le patient zéro, c'est assez délicat à manipuler. On sait aujourd’hui qu’il n'y a pas eu une seule introduction en France, pas plus que dans les  autres pays, c’est-à-dire qu’il y a eu des introductions multiples qui ont donné lieu à plusieurs foyers.  

L’idée du patient zéro a émergé  au cours de l'épidémie VIH à cause du steward canadien- Gaëtan Dugas. On s'est dit : “C’est  lui qui a amené le VIH sur le continent nord américain”. Il a été prouvé très tardivement, il  y a quelque années, que c’était faux, que le VIH était déjà présent à New York et à Los Angeles avant l’arrivé de ce stewart. C'est un imaginaire très véhiculé par la fiction, par les films, on peut penser à Contagion  et à Alerte,  même dans Le Fléau de Stephen King ça commence comme ça.  

Même en Chine sur ce marché  de Wuhan, ça ne s'est pas passé comme ça, avec une personne qui d’un seul coup contamine tout le monde. On est à peu près sur qu’il y a eu plein d’allers-retours entre la chauve souris et l’animal intermédiaire, dont on suppose que c'est le pangolin… Ou peut-être  que le virus aurait pu passer par le chien. En tout cas le virus n’a pas arrêté de circuler jusqu'à acquérir la mutation de sa protéine. Il a muté plusieurs fois avant d'acquérir cette affinité avec nos récepteur ACE2, qui sont la porte d’entrée du virus dans  l’organisme. En quelque sorte, le virus est comme une clé et ses récepteurs sont la serrure.   

On pense aussi qu'à l'intérieur  de l’animal intermédiaire, le virus serait une recombinaison de deux virus mélangés à l'intérieur du pangolin, qui auraient donc acquis cette affinité pour les récepteurs humains. Il y a certainement plusieurs foyers épidémiques, qui se sont créés à des temps  distincts.

Ti Na : Bonjour  ! Quelle fiabilité peut-on donner aux tests de dépistage et de recherche d’anticorps ? Quelle interprétation pour les niveaux d’anticorps ?

Très bonne question Ti Na. Je l’évoquais dans la chronique Radiographie du coronavirus hier. On a lu et entendu il y a quelques semaines, que le déconfinement serait facilité par la diffusion massive de tests sérologiques. Mais le problème est multiple.  

Tout d'abord, les tests de sérologies  sont des tests qui recherchent des anticorps, c’est-à-dire une réaction immunitaire du corps humain contre le virus. Si on trouve des anticorps, cela signifie que le corps s’est défendu contre le virus, donc ça veut dire qu’il y a eu une infection. Les tests  PCR, eux, cherchent le virus directement, recherchent l’infection au moment T d’une personne.  

Les anticorps contre le SARS-COV-2  mettent un peu de temps à se produire, c’est la réponse immunitaire adaptative. Il y a la première réponse immunitaire, et dans un deuxième temps la réponse humorale, qui est la production d’anticorps spécifique pour lutter contre le virus. Elle se déclare  au bout de 6 jours et plus vraisemblement entre 7 et 14 jours après les premiers symptômes.  

Aujourd'hui les tests commercialisés  sont peu fiables. Il y a deux éléments à prendre en compte pour la fiabilité. Déjà, il faut être sûr que le test va réagir aux bons anticorps, c’est à dire aux anticorps spécifiques du SARS-COV-2, et pas à d’autres coronavirus ou d’autres types d'anticorps.    

D’une part, il y a la spécificité  : il faut que la spécificité soit élevée et extrêmement précise. Et d’autre part il y a la sensibilité, c’est-à-dire qu’il faut que le test soit réactif pour être positif avec le plus petit nombre possible d'anticorps. S’il y a que quelques anticorps qui circulent  et que le test ne les repèrent pas, cela crée des faux négatif et donc le test n’est pas efficace.  

La Haute Autorité de Santé aujourd’hui  a décrété que pour qu’un test sérologique soit décrété efficace, il faut qu’il soit spécifique à 98% et sensible à 90%. Hors, aujourd'hui malgré les nombreux tests, pour le moment aucun ne répond à ces critères. C’est la raison pour laquelle ces tests n’accompagnent  pas la stratégie de déconfinement.  

La deuxième raison, c'est qu'on  ne sait pas corréler, le titre d’anticorps - la quantité d’anticorps circulant dans le sang - avec l'acquisition d’une immunité pérenne. On ne sait pas dire à partir de combien d’anticorps en circulation on est effectivement protégé et immunisé d’une éventuelle  ré-infection. C’est important : imaginez, on vous teste, vous êtes positif aux anticorps donc a priori immunisé, et vous avez été complètement asymptomatique, donc vous avez développé quelques anticorps… mais finalement pas suffisamment pour vous protéger.  C’est pour cela que c’est dangereux cette idée de passeport d’immunité : si on vous le donne et que de facto vous n’avez pas assez d'anticorps pour vous protéger, en réalité vous vous ne le serez pas, et vous aurez un faux sentiment de sécurité, donc vous  ne respecterez peut-être plus les gestes barrière etc.  

Il y a ça et autre chose encore,  un peu plus complexe : les anticorps qui luttent contre le virus sont ce qu’on appelle des “anticorps neutralisants”. Or il y a d’autres types d'anticorps qui sont “les anticorps facilitants”, signalés dans un certain nombre de maladies, comme notamment la  dengue. Pour la dengue, lorsqu’on fait une rechute, elle est souvent plus forte que la primo-infection, à cause précisément de ces anticorps facilitants.  

Un anticorps, pour vous le représenter  : il y a une partie générique qui est la tige et au bout de cette tige, il y a une partie spécifique à chaque virus. Et bien les anticorps facilitants vont se servir de la partie générique et du coup, ils vont permettre aux anticorps de contaminer les cellules  au lieu de les détruire, et donc cela va amplifier l’infection.  

A l'heure actuelle, les test  sérologiques ne savent pas faire la différence entre anticorps facilitants et anticorps neutralisants. Il reste encore à prouver que le SARS-COV-2 fait produire des anticorps facilitant : ça n’a pas encore été démontré, mais des indices vont dans ce sens.  Des indices qui tiennent au fait qu’on a trouvé, chez des patients gravement infectés, une grande proportion d'anticorps. C’est un indice mais ce n’est pas suffisant.  

Pour le moment tant qu’on ne  sait pas discerner l’un de l’autre, les tests sérologiques ne peuvent pas être totalement fiables. Mais il va y en avoir, les tests sérologiques  représentent un marché gigantesque, on peut faire confiance aux laboratoires pour s’y atteler très sérieusement.