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Implants : une quadruple faillite

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© Radio France

"Implant Files". Les industriels peuvent mettre sur le marché, dans le respect le plus strict des règles européennes, des produits douteux. Soit une faillite des législateurs européens, des régulateurs, d’une partie du corps médical et du gouvernement français.

Imaginez qu’un laboratoire mette sur le marché un médicament, sans en connaître l’efficacité, et sans avoir fait le moindre essai clinique, sous prétexte que cela prendrait trop de temps et qu’il n’en a pas les moyens ? Cela déclencherait immédiatement un scandale… Or c’est ce qu'il se passe depuis de nombreuses années pour de nombreux implants. Pour commercialiser un dispositif qu’on installe dans votre corps (stent, valve, prothèse mammaire, prothèse de hanche, etc.), la plupart du temps, pas besoin d’étude. Un simple dossier soumis à un organisme de certification peut suffire. Dans 96 % des cas, ce dernier ne demande même pas à voir le produit. Dès lors, le constat fait l’an dernier avec les Paradise Papers  peut de nouveau être fait avec les implants. De même que l’évasion fiscale était souvent légale, ici aussi, les industriels peuvent mettre sur le marché, dans le respect le plus strict des règles européennes, des produits douteux. Cette situation illustre une quadruple faillite :

  • Faillite des législateurs européens qui, malgré une réglementation plus contraignante qui doit entrer en vigueur en mai 2020, considèrent toujours les implants comme des marchandises et non comme des produits de santé, privilégiant l’intérêt des industriels sur celui des patients. 
  • Faillite des régulateurs, dont on se rend compte qu’ils n’ont ni les instruments de mesure nécessaires pour évaluer les risques que font courir ces implants aux patients, ni la volonté d’intervenir à temps. 
  • Faillite d’une partie du corps médical, qui voit parfois dans l’innovation un moyen de briller aux yeux de sa communauté, avant de se préoccuper de la réelle efficacité des produits qu’il implante. Lorsqu’il n’est pas complice d’un système gangréné par les conflits d’intérêts, voire de la corruption. 
  • Faillite du gouvernement français, enfin, qui, malgré cet état de fait, cède sous le poids des lobbies au nom du développement économique. Edouard Philippe ne vient-il pas d’annoncer son intention de réduire les délais d’accès au marché des dispositifs médicaux ? 

Révolution des rapports entre patients, médecins, hôpitaux et industriels 

Dans le même temps, un nouveau monde de la santé se met en place à bas bruit. Alors que les médicaments sont testés en amont, les patients qui reçoivent des implants sont devenus des cobayes qui s’ignorent. Les chirurgiens deviennent dépendants de technico-commerciaux, plus à même de faire fonctionner des technologies de plus en plus sophistiquées. Tandis que dans un contexte budgétaire de plus en plus contraint, les hôpitaux deviennent la proie consentante de multinationales qui leur équipent des salles d’opération gratuitement. La mise en place de ce "nouveau monde" appelle à un repositionnement des droits et devoirs de chacun, et à une évolution de règles devenues obsolètes, voire dangereuses. Il n’est évidemment pas question de remettre en cause le principe de ces dispositifs innovants qui ont déjà fait des miracles en matière de santé et qui représentent l’avenir. Associés aux nouvelles technologies, les implants sont un formidable espoir qu’il serait dommageable de vouloir freiner. Mais face à la tentation d’industriels et de multinationales trop zélés, de prendre la main sur les politiques de santé publique, il est urgent de redonner la primauté aux essais cliniques, comme on le fait pour les médicaments... Et de renforcer une régulation aujourd’hui défaillante. Dans l’intérêt du patient avant tout.  

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