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Incendies aux États-Unis : et si ce n'était que le début ?

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Lotissement rayé de la carte à Phoenix (Oregon), le 13 septembre 2020, après les violents incendies qui ont ravagé le nord-ouest des Etats-Unis.
Lotissement rayé de la carte à Phoenix (Oregon), le 13 septembre 2020, après les violents incendies qui ont ravagé le nord-ouest des Etats-Unis.
© Radio France - Benjamin Illy

"Ça finira par se refroidir", a déclaré le président Trump lors d'une visite en Californie, écartant les inquiétudes sur le réchauffement climatique. C'est pourtant ce phénomène qui, de l'avis des scientifiques, a accéléré et aggravé les incendies meurtriers qui balaient l'Ouest américain.

Alors que des incendies dévastateurs balaient encore la côte ouest des États-Unis, les assureurs esquissent déjà les premiers bilans. Avec 1,9 million d'hectares partis en fumée depuis janvier, 2020 ne s'annonce pas dramatique. C'est moitié moins qu'en 2017, avec 4 millions d'hectares brûlés, et toujours bien en dessous du niveau de 2018, avec un peu plus de 3,5 millions d'hectares détruits. Mais la tendance est bien là : les incendies sont désormais plus violents, plus fréquents et causent des dégâts toujours plus coûteux aux États-Unis.

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Si les causes des départs de feu restent relativement inchangées – ils sont dans 85% des cas causés par la négligence des hommes, note le Centre national interagences du feu ( National Interagency Fire Center) –, les conséquences des incendies aujourd'hui, elles, sont sans comparaison avec les dégâts qu'ils faisaient par le passé. La faute, principalement, au changement climatique, avec en premier lieu la hausse des températures, qui a pris une tournure extrême dans le Sud et l'Ouest des États-Unis selon un rapport récent du U.S. Global Change Research Program.

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Troupeau de vaches près de Phoenix (Oregon), le 13 septembre 2020.
Troupeau de vaches près de Phoenix (Oregon), le 13 septembre 2020.
© Radio France - Benjamin Illy

Des températures en hausse accélèrent l'évaporation et assèchent les sols. Ce phénomène, associé à une pluviométrie en baisse, crée des conditions favorables aux départs de feu et à leur propagation. Le 10 septembre 2020, le United States Drought Monitor, un outil qui recense en temps réel les conditions de sécheresse sur le territoire américain, relevait des conditions sévères à extrêmes dans tout l'Ouest. Et la situation ne devrait pas s'améliorer, estime encore le U.S. Global Change Research Program, qui prévoit une baisse de 22 % à 70 % des réservoirs d'eau en montagne entre 2050 et 2100.

L'activité humaine exposée

À l'origine de ce déficit d'eau, des hivers plus courts, notamment, dans les régions les plus affectées par le feu aux États-Unis. Dans un article publié dans la revue Science en 2006, les chercheurs constatent (depuis les années 1970) qu'une fonte prématurée des neiges est corrélée à une multiplication des feux de forêts. D'autant que cette arrivée précoce du printemps est souvent liée à des hivers moins pluvieux. Ce qui, en termes de gestion des forêts, a une conséquence supplémentaire : certains parasites, traditionnellement tués par l'hiver, survivent et détruisent la végétation, fournissant un carburant supplémentaire aux incendies.

À Oroville, en Californie, le feu n'a rien laissé sur son passage.
À Oroville, en Californie, le feu n'a rien laissé sur son passage.
© Radio France - Benjamin Illy

En 2017, 4 millions d'hectares brûlés ont causé 21 milliards de dollars de dégâts, estime Munich Re. En 2015, une surface brûlée à peine supérieure n'avait généré que 3 milliards de dommages. Et en 2018, 3,56 millions d'hectares détruits ont coûté… 24 milliards. Signe que, d'une année sur l'autre, les incendies peuvent avoir une incidence financière croissante. (2019 ne valide pas cette hypothèse.) Et l'urbanisation n'est sans doute pas étrangère au phénomène.

Le cabinet d'analyse des risques Verisk estimait en 2019 que 4,5 millions de maisons étaient exposées à un risque de feu haut voire extrême, dont 2 millions pour la seule Californie. Ce que le premier bilan pourrait bien confirmer. Dans le seul État de l'Oregon, plus de 400 000 hectares ont été parcourus par les flammes, et un peu plus de 40 000 personnes avaient été évacuées le 11 septembre. Au total, dans l'Ouest américain, au moins 35 personnes ont déjà trouvé la mort dans les incendies depuis le début de l'été.

La ville n'échappe pas aux ravages du feu. Phoenix (Oregon), le 13 septembre 2020.
La ville n'échappe pas aux ravages du feu. Phoenix (Oregon), le 13 septembre 2020.
© Radio France - Benjamin Illy