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Incendies en Australie : mauvaise gestion et réchauffement climatique à la fois...

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Route vers Braemar Bay où un feu ravage tout sur son passage
Route vers Braemar Bay où un feu ravage tout sur son passage
© AFP - SAEED KHAN

On ne peut éliminer l'une des causes au détriment de l'autre.

Les feux de brousse et de forêt qui ravagent l’Australie ont détruit plus de six millions d’hectares, chassé de leurs maisons plusieurs milliers de personnes – au moins 1 500 maisons ont brûlé. On déplore plusieurs morts parmi les personnes et des dizaines de milliers d’animaux ont péri. Les états du Sud-est du pays sont en état d’alerte. 

Une polémique sur les causes de cette catastrophe : la mauvaise gestion des forêts ou le climat ?

L’analyse des causes de cette catastrophe écologique fait l’objet, dans notre pays où l’idéologie se mêle de tout, de polémiques soutenues. D’un côté ( Laurent Alexandre), certains affirment que « les incendies australiens n’ont rien à voir avec le réchauffement climatique » et qu’ils « sont dus aux nouvelles règles environnementales qui rendent l’entretien du bush impossible pour augmenter la biodiversité. » De l’autre, (Gary Dagorn, dans Le Monde), on réplique qu’il est « faux » de prétendre que « les feux de contrôle sont insuffisants », les objectifs de feux de contrôle ayant été « dépassés » dans plusieurs endroits.

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Pour départager les camps, cherchons ce qu’en disent les scientifiques australiens sur place.

Les aborigènes pratiquaient de très utiles "feux contrôlés". 

Ramesh Thakur, ancien assistant du Secrétaire général des Nations-Unies et professeur émérite à la Crawford School of Public Policy d’Australie, met clairement en cause les gouvernements de certains états (le pays est une fédération). Il les accuse « d’avoir donné une excessive attention aux énergies renouvelables, au détriment des pratiques d’aménagement des forêts ». Il cite les travaux d’une chercheuse du Queensland, Christine Finlay

Pour sa thèse de doctorat, elle a étudié un siècle de feux de forêts en Australie. Et elle n’a cessé de mettre en garde ses compatriotes contre l’abandon des pratiques traditionnelles des aborigènes. Les feux de forêts en Australie ont commencé à augmenter à partir de 1919, selon cette chercheuse. Jusqu’alors les aborigènes procédaient à des feux contrôlés durant les saisons tièdes, dans des conditions favorables de température et de ventosité. Il y a bien un problème de mauvaise gestion de l’espace forestier. 

Les Australiens d'aujourd'hui ont négligé la prévention des incendies.

C’est corroboré par l’article publié sur le site The Conversation par Rod Keenan, qui occupe la chaire de Sciences de la forêt et de l’écosystème à l’université de Melbourne. « Alors que des incendies monstrueux recouvrent le sud-est de l’Australie, écrit-il, le besoin d’une politique nationale des feux de brousse n’a jamais été aussi urgent. Une gestion des terrains active, telle que des brûlures aléatoires de réduction et des éclaircies forestières doivent être au cœur de telles politiques. Bien faites, les brûlures contrôlées limitent l’extension d’un feu de brousse et rendent plus facile de l’éteindre, en réduisant le matériau inflammable. Débroussailler les abords des routes contribue aussi à maintenir des coupe-feux, et permettent l’accès des pompiers aux forêts en cas d’urgence. »

Il y a bien un problème de gestion de l’espace forestier et une négligence de l’entretien. « Pourquoi ces avertissements ont-ils été négligés ? interroge Ramesh Thakur. « La raison, on peut le soupçonner, est que l’approche traditionnelle, dictée par le bon sens, de gestion du problème n’est pas aussi sexy que l’activisme climatique bien médiatisé. »

Le professeur Rod Keena estime que, tant au niveau fédéral qu’à celui des états fédérés, on a négligé la prévention des incendies, en se focalisant excessivement sur les moyens destinés à les combattre, une fois déclarés. Il faudrait, explique-t-il encore, « éclaircir les zones forestières, réduire la strate arbustière, par des moyens mécaniques là où brûler n’est pas possible et maintenir des coupe-feux. Puisque le climat change, nous pouvons considérer changer le mix des espèces d’arbres. »

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Une vague de chaleur précédée d'une sécheresse sans précédent.

En effet, s’il est indéniable qu’il y a eu de graves négligences dans la gestion des forêts, en Australie, on ne peut pour autant éliminer les causes climatiques qui sont à l’origine des incendies désastreux qui ravagent ce pays. 

Les températures à la surface du pays ont augmenté de 1° 5 degrés C en moyenne dans le pays depuis le début du XX° siècle. Les feux de forêt ont été courants en Australie. Ils coïncident avec des vagues de chaleur et des vents secs et violents. Ramesh Thakur rappelle qu’en janvier 1896, ils avaient tué 200 personnes en l’espace de trois semaines. En janvier 1939, 71 personnes avaient trouvé la mort rien que dans l’état de Victoria. Ces feux ne sont donc pas « sans précédents », comme on l’écrit trop rapidement dans les journaux. Mais la nouveauté, écrit Thakur, c’est que la saison des feux de forêt commence de plus en plus tôt. Ceux de la saison 2019-2020 ont débuté au début de novembre. La vague de chaleur actuelle fait suite au printemps le plus sec jamais enregistré dans le pays. 

La multiplication des incendies volontaires.

Mais il ne faudrait pas, pour autant, passer sous silence la multiplication, ces dernières années, des incendies volontaires qui peuvent, dans certains cas, être qualifiés d'actes terroristes. En 2019, 183 personnes ont été déférées devant la justice australienne sous l'accusation d'incendie volontaire...

La destruction de plusieurs millions d’hectares de forêt et de brousse est une catastrophe écologique qui ne peut qu’accélérer le réchauffement climatique. Mais Ramesh Thakur fait observer que son pays n’est responsable que de 1,2 % des émissions de dioxyde de carbone mondiales, contre 27,2 % pour la Chine, 15,5 % pour les Etats-Unis et 6,8 % pour l’Inde. C’est sur ces derniers que le premier ministre australien scott Morrison devrait faire pression pour qu’ils réduisent leurs émissions, conclut-il…