Publicité

Incendies en Californie et dans l'Oregon : le dérèglement climatique en cause

Par
Une femme, Margi Wyatt, réagit après son retour pour trouver son mobil-home détruit par un incendie de forêt alors que son mari Marcelino Maceda (arrière-plan) fouille les ruines d'Estacada, dans l'Oregon, le 12 septembre 2020.
Une femme, Margi Wyatt, réagit après son retour pour trouver son mobil-home détruit par un incendie de forêt alors que son mari Marcelino Maceda (arrière-plan) fouille les ruines d'Estacada, dans l'Oregon, le 12 septembre 2020.
© AFP - Robyn Beck

Le monde dans le viseur . Chaque année, la Californie doit faire face en août-septembre à d'immenses incendies. Mais cette année encore, ce ne sont pas des feux anodins qui ravagent la Californie et l'Oregon sur la côte ouest des États-Unis. Décryptage d'une photo marquante.

Alors que se tient à l’ONU la semaine du climat, la Californie se bat contre 29 incendies. Sous une météo fâcheusement chaude et sèche, cette année 2020 détient le triste record de superficies dévastées par le feu aux quatre coins de la planète. 

Pas une goutte de pluie pendant cent jours, des températures extrêmes dépassant les 54°, un terrible orage mi-août, la végétation enflammée par la foudre et les éclairs, et la suite sort de la bouche d’un des 19 000 pompiers mobilisés :

Publicité

Le feu est comme une voiture sans chauffeur qui roule sur une route et embrase ce qui l’entoure.

Depuis un mois, la côte ouest des États-Unis suffoque. 38°, pas de vent, et un soleil de plomb qui font dire au pompier expérimenté sur place : 

Il ne fait pas de doute que c’est le changement climatique qui est à l’œuvre, et on n’en voit pas le bout.

Au plus près de la réalité aux côtés d’un couple 

Déjà une trentaine de morts, plus de 20 000 km carrés brûlés, un demi-million d’habitants évacués et des milliers de bâtiments, de maisons et de véhicules détruits, ce bilan des incendies californiens approximatif, provisoire et global laisse sans voix. A l’instar de la réaction de Margi Wyatt, captée le 12 septembre dernier par la photographe de l'Agence France Presse Robyn Beck. Margi revient sur les lieux où son mobil-home a brûlé, dans l’Etat limitrophe de la Californie, l’Oregon. D'ailleurs, le nom d'Oregon viendrait d’une déformation du mot français ouragan...  

Incendies aux Etats-Unis : une habitante dans l'Oregon qui a tout perdu
Incendies aux Etats-Unis : une habitante dans l'Oregon qui a tout perdu
© AFP - Robyn Beck

"Cette photo raconte la catastrophe des incendies beaucoup mieux que les clichés montrant des flammes rougissantes", explique Marylène Rannou, enseignante en photographie au Havre. 

La couleur ici est discrètement distillée, le portable jaune ocre, le pantalon rayé marine et beige de la dame et la chemise bleue de l’homme en arrière-plan au milieu des débris donnent de petites touches de vie au paysage meurtri et gris.  

"La photographe rapproche de la réalité la personne qui regarde en l’emmenant dans l’image. Elle utilise une grande profondeur de champ, le grand angle ouvert sur des horizons et un gros plan sur une femme abasourdie, assise dans sa voiture, reprenant son souffle après avoir vu que sa maison a disparu. Elle attend du réconfort soit du téléphone qu’elle tient dans la main, soit de son mari qui se tient debout, au second plan, au milieu des débris. La photographe a pris la femme en premier plan, face à nous, pour susciter une interaction entre le sujet et nous, une compassion et une envie de consoler cette Américaine."

La spécialiste Marylène Rannou relève aussi la netteté des arrière-plans. La silhouette de l’homme à la chemise bleue, Marcelino Maceda, attire l’œil :

"Il ramène à la réalité des faits et au champ de ruines dans lequel l’homme cherche à retrouver quelque chose d’intact. L’environnement est hostile, tout est carbonisé et cassé. Pour plomber la scène, la photographe a attendu le moment où l’homme se trouvait entre deux lointains arbres nus et floutés par un blanc brouillard. Là aussi, il s’agit de vous faire ressentir une forme d’enfermement, d’étouffement, de la même difficulté de respirer dans ce paysage oppressant".

Marylène Rannou conclut par une évocation des photos d’Ansel Adams prises dans les années 1930 qui décrivaient les parfaits paysages de Californie. Ce sont aujourd'hui les photos de Californie les plus célèbres.

Ce qui se passe va-t-il devenir la norme ?  

Les plus optimistes des Californiens ne voient pas l’extinction complète des feux avant la fin de l’année ! La multiplication des foyers et leur localisation, souvent dans des endroits abrupts péniblement accessibles, la sécheresse et la surchauffe sont pires qu’en 2019, année surnommée "la bouillante" qui s’est terminée sur cette question : "Et si l’ère du feu avait commencé ?"

4 min

Chaque jour, des dizaines de foyers démarrent et faute d’être vite maîtrisés, ils se transforment en un brasier incontrôlable. Le feu se déplace du cœur de la forêt aux zones boisées en passant par des lieux de jonction avec la ville, "l’interface habitat-forêt" disent les experts. 

Un exemple : celui de Paradise, bourg au nord de la Californie. A peine revenu de l’enfer des feux qui avaient détruit 90% de la commune et tué 86 personnes il y a deux ans (l'incendie s'appelait Camp Fire), Paradise a échappé de justesse à la même histoire ces dernières semaines. Les incendies menacent davantage chaque année les 50 millions de foyers qui vivent dans ces petites localités, au point de rencontre entre la ville et la forêt. 

Elles sont généralement surpeuplées, explique l’urbaniste américain Gregory Pierce, elles n’auraient jamais dû être développées d’un point de vue environnemental.

"C’est le dernier recours, auquel ni les habitants ni les législateurs n’ont envie d’arriver mais l’éviction va faire partie des solutions. Mais pour certaines communautés, c’est la seule façon de survivre".

Ces zones rurales, où les terrains sont les moins chers de Californie - Etat classé en tête des prix de l’immobilier américain - se sont agrandies de 41% en logements et 33% en superficie entre 1990 à 2010. 

"Ces endroits se construisent près de canyons à la végétation très dense qui sont difficiles d’accès" explique l’officier-pompier de Caroline du sud, Darell Roberts. "Tout le monde a envie d’une belle maison à l’ombre des arbres et au milieu de la nature, mais ce n’est pas sans risques"

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.

Le réchauffement climatique étant mondial, les feux s’internationalisent 

Brésil, Amazonie, Argentine, Canada, Russie, Sibérie, Indonésie, Australie, Angola, Zambie Congo, Alaska, Grèce, Groenland... Chaque année, la liste des pays confrontés aux incendies s’allonge. Dans les régions arctiques, les chutes de neige se raréfient, les tempêtes sont plus régulières, les températures qui grimpent assèchent les forêts et des incendies imprévisibles surviennent. 

"Ils sont une conséquence directe de la fragilité et de l’aridité croissante des sols, causés par le changement climatique" explique un géologue. En revanche, en Californie, en Amazonie, en Afrique, en Asie, les incendies sont saisonniers, souvent causés par la déforestation et les pratiques agricoles humaines.  

"Dans les pays développés, la combustion industrielle organise l’agriculture, les environnements bâtis, les environnements périurbains et les réserves pour les espaces naturels (et tout cela est disponible pour le développement des incendies). C’est en additionnant tous les effets directs et indirects, soit les zones en combustion, les zones à brûler (industrie), les impacts hors site, la perturbation de la vie humaine et de ses habitats que nous obtenons une véritable pyrogéographie qui ressemble étrangement à un âge de glace, mais avec du feu. D’où le nom de "pyrocène" " conclut l’universitaire.

Et d'ajouter : "Ces véritables "mégafeux" qui ravagent la planète sont donc une conséquence non négligeable des choix des sociétés modernes". 

59 min