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Indépendance régionale : pourquoi parfois ça marche, et parfois non

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Barcelone, décembre 2016
Barcelone, décembre 2016
© AFP - Josep Ligo

Vidéo . Après la Catalogne, le Kurdistan et l'Italie du Nord, des référendums d'autodétermination sont prévus en Nouvelle Calédonie et aux Iles Féroé. Ce vent de nationalismes régionaux, depuis 1990, fait se demander pourquoi certaines régions sont-elles devenues indépendantes, et d'autres non.

Depuis 1990, 24 régions du monde ont officiellement fait sécession d'une nation plus large pour former un Etat indépendant. Sept régions l'ont fait de façon unilatérale, avec des reconnaissances internationales partielles. Alors que le sort des indépendances de la Catalogne et du Kurdistan sont en suspens, et que des référendums d'autonomie viennent d'avoir lieu en Vénétie et en Lombardie, quelles leçons tirer du passé proche ? Pourquoi certaines régions ont-elles accédé à l'indépendance, et pas d'autres ? Voici un état des lieux des principaux facteurs qui favorisent ou non la sécession, en vidéo, developpé dans une analyse de Kévin Vercin, du Centre de recherches internationales de Science Po.

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Concernant les facteurs qui favorisent ou non la montée en puissance du nationalisme régional, et finalement, la sécession et l'indépendance effective, voici l'analyse de Kévin Vercin :

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Les facteurs qui favorisent la sécession

Les États fédéraux semblent plus propices à l'émergence et au succès de mouvements séparatistes : cela fait sens dans la mesure où le fédéralisme (ou des formes approchantes comme les Communautés autonomes en Espagne ou la dévolution au Royaume-Uni) sert à accommoder une diversité interne déjà existante. Toutefois, l'existence d'un territoire spécifique, juridiquement défini, avec des compétences importantes, la possibilité de maintenir une paradiplomatie ou une protodiplomatie, comme les représentations extérieures du Québec et de la Catalogne, l'existence d'une élite politique et administrative distinctes, permettent une meilleure structuration du mouvement indépendantiste et de sa diffusion dans la population.

Dans son essai L'imaginaire national, l'historien américain Benedict Anderson montre comment l'existence de structures administratives favorisent l'émergence d'un sentiment d'appartenance commune à une région donnée. Cela explique en partie la faiblesse du séparatisme padan, en Italie du Nord : il n'existe pas de Padanie administrative mais des régions bien distinctes comme la Vénétie ou la Lombardie, avec leurs propres histoires.

  • L'existence d'un territoire déjà circonscrit facilite l'indépendance car les contentieux territoriaux entre l'État central et la région concernée sont moindres, les frontières étant déjà délimitées.
  • Un affaiblissement soudain du pouvoir central (guerre, crise économique, crise politique...) comme le montrent les indépendances en cascade en URSS suite au coup d'État contre Gorbatchev, est propice à la séparation d'entités fédérées, souvent plus prospères, où les élites politiques locales peuvent jouer la carte de la sécession, comme en Croatie ou en Slovénie.
  • L'existence d'importantes diaspora pouvant faire du lobby auprès de leurs États hôtes en faveur de leur région d'origine peut jouer un rôle non négligeable (les diasporas croates par exemple).
  • Un accord avec le pouvoir central sur la tenue du référendum semble être devenu une condition indispensable pour une sécession réussie, notamment afin d'obtenir la reconnaissance des autres États sur la scène internationale.
  • Une médiation internationale joue un rôle similaire car elle stabilise les rapports conflictuels entre le centre et la périphérie et assure d'une reconnaissance internationale à l'issue de l'indépendance.

Les facteurs qui ne favorisent pas la sécession

Inversement, l'existence de blocs régionaux joue un rôle paradoxal : l'intégration dans un ensemble plus vaste que l'État-Nation favorise les volontés d'indépendance car celui-ci devient moins nécessaire pour la prospérité économique ou la sécurité de la région. Bart De Wever, dirigeant nationaliste flamand, a pu dire par exemple : "Je ne défendrais jamais l’idée d’une monnaie flamande, ou d’une armée flamande. Mais grâce à l’Europe je n’ai pas besoin de le faire."

En même temps, la non-garantie de rester dans l'ensemble régional freine les velléités d'indépendance. On l'a vu en 1995 avec le Québec et le risque de sa sortie de l'ALENA, et en Catalogne aujourd'hui avec le non-soutien de l'Union européenne et la réaffirmation qu'une indépendance signifierait une sortie de l'UE.