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Indigence et brutalité, les deux plaies des femmes dans le monde

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L'Inde, démocratie la plus peuplée du monde, connaît encore un nombre record d'agressions sexuelles. Petit pas et décision historique, la Cour suprême vient d’ordonner, au grand dam du gouvernement, l’égalité entre hommes et femmes dans l’armée.
L'Inde, démocratie la plus peuplée du monde, connaît encore un nombre record d'agressions sexuelles. Petit pas et décision historique, la Cour suprême vient d’ordonner, au grand dam du gouvernement, l’égalité entre hommes et femmes dans l’armée.
© AFP - Sukhomoy Sen / Nurphoto

La pauvreté et les violences faites aux femmes demeurent les fléaux les plus répandus aux quatre coins de la planète. Là où des centaines de milliers de personnes ont défilé ce dimanche, à l'occasion de la Journée des droits des femmes. De Paris à Santiago, en passant par Islamabad ou Bichkek.

Aucun continent n'est épargné, toutes les cultures et l'ensemble des sociétés sont touchées, même si la condition de la femme nigériane ou irakienne a tout à envier aux conditions d'existence des Américaines ou des Danoises. Pour autant, partout l'égalité homme-femme piaffe. 

Quatre chiffres chocs 

  • Dans le monde, deux analphabètes sur trois sont des femmes 
  • Une femme sur deux travaille contre 76,1% d'hommes
  • 13,2 %, c'est la moyenne mondiale d'écart de salaire entre les hommes et les femmes selon les statistiques de l'OCDE. Si au Costa Rica, la différence de salaire est de moins de 5%, elle est de 21% au Japon, de 11,5% en Australie et 18,5% au Canada. Evidemment, cette différence de salaire est toujours en défaveur des femmes.
  • 3 pays seulement ont légalisé 14 semaines au minimum de congés maternité payés
Plusieurs centaines de milliers de femmes ont défilé ce dimanche à Santiago du Chili pour demander la fin des violences machistes et appeler à maintenir la pression sur le gouvernement du président Sebastian Piñera.
Plusieurs centaines de milliers de femmes ont défilé ce dimanche à Santiago du Chili pour demander la fin des violences machistes et appeler à maintenir la pression sur le gouvernement du président Sebastian Piñera.
© AFP - Javier Torres

Les cinq pays les plus dangereux pour les femmes

L'Inde, l'Afghanistan, la Syrie, la Somalie et l'Arabie saoudite discriminent, violent, violentent et pratiquent l'esclavage domestique davantage que le Pakistan, le Congo ou le Nigeria, eux aussi pourtant mal notés sur la condition des femmes.

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L'Inde, le deuxième pays le plus peuplé au monde, se distingue par le triste record du nombre de viols révélé après ce viol collectif et le meurtre barbare d'une étudiante dans un bus de New Delhi en 2012. Quatre femmes sont violées toutes les heures. Et les Indiennes endurent d'autres violences, attaques, infanticides, mariages forcés, travail forcé et sexe forcé. 

En savoir plus : Les féministes en Inde : deux siècles de combats

Les guerres en cours en Syrie et en Afghanistan et le mépris des combattants de tous bords  pour la gent féminine font aujourd'hui du viol une arme de guerre utilisée en toute impunité. Le témoignage le plus poignant étant le parcours du Prix Nobel de la Paix Nadia Murad, et le sort des femmes Yézidies. Tout aussi dramatique l''accès aux soins, la grossesse, l'accouchement qui menacent toujours bon nombre de femmes de complications de santé voire de danger de mort.

Les combats, les risques d'insécurité et autres périls jettent sur les routes des milliers de gens.  Les femmes représentent 76% des déplacés. Premières victimes des migrations, les femmes réfugiées connaissent toute sorte d'esclavagisme, de la prostitution au mariage arrangé ou forcé en passant par la pornographie.

À lire : Viols de guerre : une journaliste, une historienne et une anthropologue pour comprendre

La palme d'or du modèle scandinave

Danemark, Suède, Norvège et Pays-Bas sont les nations les plus égalitaires du monde. Injustices et discriminations y sont les moins flagrantes. Les autorités politiques gouvernementales veillent au respect de la parité dans tous les domaines. Les écarts de salaires entre hommes et femmes y sont les plus minces, moins de 5%. Le taux de femmes diplômées d'Universités est élevé. Les congés de maternité sont flexibles, ouverts aux hommes et permettent aux femmes jusqu'à 35 semaines de congés payés.

À Copenhague, au Danemark, chaque 8 mars, manifester pour les droits des femmes est une évidence.
À Copenhague, au Danemark, chaque 8 mars, manifester pour les droits des femmes est une évidence.
© AFP - Maud Lervik / Ritzau Scanpix

Dès 1978, les Pays-Bas ont lancé une politique d'émancipation en vue de l'égalité entre hommes et femmes pour les salaires, les congés parentaux, la couverture de santé, le pouvoir, l’éducation. Le pays est aussi pionnier en matière de droits des personnes LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels et trans).

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15 pays dont la Belgique, la Colombie et la Nouvelle-Zélande sont en deçà du chiffre de l'OCDE de 13,2% d'écart de salaire entre homme et femme. 

En septembre 2000, les 189 pays de l'ONU adoptaient "la Déclaration du Millénaire", une résolution internationale pour assurer l'égalité des droits et des chances des femmes et des hommes. Les dirigeants du monde s'étaient engagés à "lutter contre toutes les formes de violence contre les femmes et à appliquer la Convention pour l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (la CEDAW)". De nombreux programmes de développement d'accès aux droits humains universels ont été approuvés et chaque 8 mars permet de vérifier les politiques publiques et les lois édictées en faveur de l'égalité des femmes dans l'espace politique, économique et sociétal.

2020 est aussi le 25e anniversaire de la Plateforme d'action de Pékin, dont l'article 124 énonce que 

Les gouvernements devraient condamner la violence à l'égard des femmes et s'abstenir d'invoquer des considérations de coutume, de tradition ou de religion pour se soustraire à l'obligation de l'éliminer.

Victimes de pratiques archaïques

Au nom des différences culturelles et cultuelles, d'innombrables pays imposent ou ferment les yeux sur les obscurantismes qui maintiennent les femmes sous le joug de mode de vie patriarcale, et les soumettent à l'obéissance aux traditions d'antan et théocratiques.

Misère et servitude pour une grande partie de gent féminine commencent dès le jeune âge. Bien qu'internationalement interdites, les mutilations sexuelles féminines se pratiquent encore dans des dizaines de pays. L'Unicef estimait en 2016 que 200 millions de jeunes filles et de femmes, toujours en vie, ont été victimes de mutilations sexuelles pratiquées dans 30 pays africains, du Moyen Orient et d'Asie. Pourtant, ces mêmes pays ont légiféré contre les excisions mais n'appliquent pas la loi.

De la même façon, la déscolarisation de 132 millions de filles du Sénégal au Népal en passant par le Burkina Faso rendent les femmes plus vulnérables. Les deux tiers des illettrés dans le monde sont des femmes. 

Autre désastre, le mariage précoce : 650 millions d'adolescentes sont devenues des épouses. Qui dit mariage précoce dit maternité précoce et abandon de l’école, puis dépendance, indigence et brutalité.

Proies du patriarcat

  • En Iran, l'éminente avocate Nasrin Sotoudeh a été condamnée à 38 ans d'emprisonnement et 148 coups de fouet, pour avoir osé dénoncer le bafouement des droits des femmes dans son pays. Avec elle derrière les barreaux, une dizaine d'autres Iraniennes dont le délit a été d'enlever leur foulard.
  • L'Arabie saoudite observe la séparation des sexes la plus stricte au monde, et la domination masculine est érigée comme système public. Les interdictions imposées arbitrairement aux femmes par les autorités de Riyad soumettent les Saoudiennes au bon vouloir des hommes avec une fermeté unique dans un pays musulman. "Les femmes d'un côté, les hommes de l'autre" dans les files d'attentes, dans les espaces de restaurations, et dans les magasins. En revanche, la femme dépend de l'homme et de ses permissions pour presque tout, elle est perpétuellement sous la domination d'un "gardien masculin", le père, ou le mari, ou le frère.
Manifestation organisée par Amnesty International aux abords de l'ambassade d'Arabie saoudite à Paris, le 8 mars 2019, à l'occasion de la journée des droits des femmes.
Manifestation organisée par Amnesty International aux abords de l'ambassade d'Arabie saoudite à Paris, le 8 mars 2019, à l'occasion de la journée des droits des femmes.
© AFP - Philippe LOPEZ / AFP

Loujain Al-Hathloul a fêté ses 30 ans en prison où elle est enfermée depuis près d'un an et demi. Elle a été inculpée pour avoir réclamé le droit des femmes d'être seule au volant et la fin du système du contrôle masculin saoudien. Face au militantisme des Iraniennes contre le sexisme et les discriminations, le pouvoir de Riyad a fini par lever plusieurs interdictions faites aux femmes, comme la fin de la tutelle masculine pour les voyages des femmes ou pour une déclaration de naissance, ou pour répondre à une offre d'emploi. Désormais aussi, les Saoudiennes sont autorisées à conduire. L'émancipation des femmes saoudiennes avance lentement. Après avoir été pendant des années cachées par les hommes, ignorées, exclues, de plus en plus de Saoudiennes se libèrent. Elles deviennent de brillantes étudiantes, puis des médecins, des enseignantes, des commerçantes, malgré des lois anachroniques.

À lire : L'Arabie saoudite à la reconquête de l’opinion

Le viol s'est répandu en toute liberté

Des dizaines de milliers de femmes ont été transformées en esclaves sexuelles. Elles sont indifféremment et contre leur gré vendues, exploitées, séquestrées, agressées, précocement enceintes, privées de scolarisation, de protection et excisées. La liste des pays dans lesquels les femmes paient le plus lourd tribu n’a cessé de s'allonger.

  • Au Congo, les femmes ont été sauvagement frappées dans la région du Sud-Kivu, victimes des pires maltraitances et injustices.
  • Au Nigeria, les hommes de Boko Haram utilisent femmes et jeunes filles comme arme de destruction. Ils les kidnappent, abusent d'elles, les marchandent, ou les convertissent de force. Mais une autre pratique criminelle se répand dans le pays, notamment dans l'Etat d'Ogun, dans le sud-ouest : des femmes entre 20 et 25 ans piégées dans un trafic de bébés. Des propriétaires de fausses maternités baptisées "usines à bébés" recrutent sous de fausses promesses (comme celle d'un emploi) de jeunes adultes qu'ils transforment en fécondeuses. Ils paient des hommes pour les engrosser puis ils vendent les bébés portés par ces "ventres-mères". Selon la police nigériane qui a arrêté plusieurs personnes, les nouveau-nés garçons valent plus chers que les filles : 500 000 nairas (1 400 dollars américains, 1 250 euros), contre 300 000 nairas "pour une bébé". Le trafic d'êtres humains se place en tête des crimes commis au Nigeria, derrière  la corruption et le trafic de drogue, selon l'Unesco.

À lire : Boko Haram : l'histoire d'un mouvement terroriste

Avortement

En Amérique Latine, seul l'Uruguay a légalisé l'interruption volontaire de grossesse. Partout ailleurs, les mouvements de femmes s'amplifient pour faire changer les lois très rigides. Entre 2000 et 2017, 27 pays ont assoupli leurs législations sur l'avortement. Même si parallèlement quelques Etats ont réduit les droits reproductifs des femmes, comme l'Etat d'Alabama aux Etats-Unis qui a interdit l'avortement.

  • Au Honduras, l'avortement est interdit en toutes circonstances. L'IVG est illégal même en cas de viol et d'inceste et même quand la vie de la mère et du fœtus sont en danger. Pourtant, selon un sondage près d'une femme sur 4 au Honduras a été physiquement ou sexuellement abusée. Une autre enquête révèle qu'entre 50 000 et 80 000 avortements clandestins ont lieu chaque année avec son lot de complications médicales, de décès et de risque pour ces femmes d'être condamnées à 6 ans de prison.
  • En Argentine aussi les femmes se battent pour avoir le droit d'avorter. Le mouvement Ni Una Menos bat le pavé. 
  • Au Mexique, les militantes féministes ont appelé à une grève nationale, le 9 mars. Les Mexicaines proposent de ne pas aller travailler, ce jour-là, ni d'aller étudier, ni de faire des achats et elles demandent aux hommes de se joindre à ce mouvement. Un mouvement destiné à dénoncer le féminicide, la misogynie, l'inégalité de la société mexicaine à l'égard des femmes. Dans le pays, non moins de 10 femmes sont assassinées quotidiennement et quatre enfants enlevés. Ces homicides restent impunis. Les violences meurtrières et sexuelles infligées aux femmes de Cuidad Juarez dans les années 1990 avaient provoqué des mouvements de colère citoyenne. 
"Nous ne laisserons pas leurs morts impunies". Des Honduriennes manifestent contre les féminicides le 6 mars 2020 à Tegucigalpa.
"Nous ne laisserons pas leurs morts impunies". Des Honduriennes manifestent contre les féminicides le 6 mars 2020 à Tegucigalpa.
© AFP - ORLANDO SIERRA / AFP

L'appel du 9 mars sera fortement suivi si on en croit celles et ceux qui vont participer à cette manifestation. De nombreuses universités, des représentantes politiques de Mexico au Yucatan soutiennent le mouvement.

La maire de Mexico, Claudia Sheinbaum a précisé que "son administration était majoritairement dirigée par des femmes qui sont dédiées à éliminer la discrimination, l’inégalité sexuelle et chacune des formes de violence à l’égard des femmes". De même, la présidente du Sénat mexicain, Monica Fernandez, a affirmé "que son institution serait solidaire de cette initiative et que les femmes qui y travaillent auraient la possibilité d’y participer."

Me Too

A la guerre comme dans l'intimité, des hommes maltraitent, contraignent, abusent, détruisent des femmes sans avoir à répondre de leurs actes. L'impunité des féminicides, des viols, des actes criminels, sexistes ou machistes dominent. Bien que le mouvement Me Too a relancé une dynamique de "déculpabilisation des victimes" et d" exigences de justice". Le producteur américain Harvey Weinstein est le premier qui tombe. Les Etats-Unis sont en tête des pays occidentaux les plus mal classés en matière de violences faites aux femmes. Viol, abus sexuels, harcèlement, coercition, agressions, la déferlante Me Too a libéré la parole et révélé l'ampleur des dégâts.

Parallèlement, un vent de conservatisme souffle aussi dans le pays et certains États américains revoient leurs législations en matière d’avortement. L'Alabama a adopté la loi la plus stricte qui interdit l'interruption de grossesse. Les Etats de  la Géorgie, l'Ohio, le Kentucky, le Mississippi et la Louisiane  interdisent l'avortement après environ six semaines, soit bien avant que des femmes ne se rendent compte être enceinte. Selon Amnesty International, 42 restrictions liées à l'avortement ont été promulguées entre le 1er janvier et le 15 mai 2019, comme par exemple, l'obligation de l'accord parental pour l'avortement d'une mineure. 

Six États américains ne disposent que d’une seule clinique fournissant des services d’avortement. Vingt-sept grandes villes des États-Unis et une grande partie de l’Amérique rurale sont des " déserts"  en termes d’avortement : la plupart des habitants vivent à plus de 160 kilomètres d’un tel service.    
Amnesty International

Les Etats-Unis sont en tête des pays occidentaux les  plus mal classés en matière de violences faites aux femmes. Le producteur américain Harvey Weinstein (au centre) est le premier à tomber.
Les Etats-Unis sont en tête des pays occidentaux les plus mal classés en matière de violences faites aux femmes. Le producteur américain Harvey Weinstein (au centre) est le premier à tomber.
© AFP - Johannes EISELE / AFP

Les "Pussy hats" américaines

La Constitution américaine, contrairement au préambule de la Constitution française, ne mentionne pas l'égalité femme-homme. Dès lors, les discriminations de genre échappent à la loi. L'amendement en cours stipule "l'égalité des droits face à la loi ne doit pas être niée ou abrégée par les Etats-Unis ou n'importe quel Etat en raison du sexe". Seuls 24 Etats ont inscrit dans leurs constitutions l'égalité des sexes.

Outre le hashtag Me Too, un autre mouvement féminin se répand aux Etats-Unis. En janvier 2017, des millions d'Américaines sont descendues dans les rues de Los Angeles à Atlanta, en passant par Chicago et Washington. La plus grande mobilisation jamais vue, la Marche des femmes en route contre Donald Trump et son style machiste et à sa politique conservatrice. Les manifestantes ont exhibé leur "pussy hat" un bonnet avec de petites oreilles, tricoté et rose en signe de rassemblement contre un président misogyne, vulgaire, nationaliste et réactionnaire.

Bien qu'aucune femme ne soit plus dans la course présidentielle de novembre 2020, lors du scrutin parlementaire de novembre 2018, un nombre record de femmes avait été élu.

À lire : États-Unis : la "Marche des femmes" ou le rappel annuel de la condition féminine