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Intelligence artificielle : une révolution technologique pour le meilleur ?

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L'intelligence artificielle permet à des machines d'effectuer des tâches qu'on croyait autrefois réservées aux humains.
L'intelligence artificielle permet à des machines d'effectuer des tâches qu'on croyait autrefois réservées aux humains.
© Getty - Science photo library

Repères. Avec l'intelligence artificielle, les machines vont remplacer l'humain dans toujours plus de tâches : en médecine pour améliorer les diagnostics, en voiture pour éviter les accidents, etc. Une révolution pour le meilleur, promettent les partisans de l'IA, mais pas sans péril.

L'intelligence artificielle sera incontournable dans les années qui viennent. Les Etats et les entreprises l'ont bien compris et investissent massivement dans ces technologies qui promettent de révolutionner nos sociétés : diagnostic automatique et amélioré en médecine, voiture autonome et plus sûre, gains énormes de productivité, etc. Les applications sont nombreuses mais posent aussi des problèmes éthiques : quelle place donne-t-on aux algorithmes ? Qui les contrôle ? Au service de quelles valeurs / quels principes ? L'Homme risque t-il d'être remplacé par la machine ?

En France, l'intelligence artificielle a fait l'objet d'un rapport remis au gouvernement en mars 2018 par Cédric Villani ; le député LREM prône un développement à l'échelle européenne de cette technologie. Au niveau mondial, la Chine et les Etats-Unis sont les plus gros investisseurs mais des institutions multilatérales défendent un développement partagé de l'IA, au service de toute l'humanité. C'est le cas de l'Unesco, l'agence des Nations Unies pour la science, la culture et l'éducation, qui tenait une série de conférences sur le sujet lundi 4 mars à son siège parisien.

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Les fantastiques applications promises par l'IA

"L'intelligence artificielle, tout le monde en parle mais peu de gens savent de quoi il s'agit, et c'est normal", expliquait Cédric Villani dans une vidéo publiée sur Youtube en avril 2018. Quelques jours après la remise de son rapport sur l'IA au gouvernement, l'ancien mathématicien déclarait : "il n'y a pas vraiment de définition pour l'IA. L'intelligence artificielle, c'est tout un ensemble de techniques et de procédés sophistiqués, subtils, qui permettent à des algorithmes, à des logiciels, de fournir des réponses à des problèmes un peu complexe : reconnaître une adresse, traduire un texte, conduire une voiture, toutes sortes de tâches dont vous auriez pu penser qu'il fallait un humain pour les réaliser".

D'ores et déjà, les performances de l'intelligence artificielle sont impressionnantes : en matière de jeu, on sait depuis longtemps que l'ordinateur est capable de surpasser l'Homme. Au échecs, Garry Kasparov l'a appris à ses dépens en 1996 (voir vidéo du JT de 20 heures de France 2 ci-dessous) ; le Russe était considéré comme le meilleur joueur du monde mais n'avait pas fait le poids contre Deep Blue, le superordinateur d'IBM qui calculait 100 millions de coups à la seconde. Plus récemment en 2017, la machine est aussi venue à bout du meilleur humain au jeu de go, réputé le jeu le plus difficile à modéliser car il présente des milliards de milliards de possibilités. Cette victoire symbolique a été remportée par le logiciel Alpha Go conçu par la société britannique Deep Mind, rachetée par Google en 2014.

Mais l'intelligence artificielle ne se limite pas aux jeux de société. Cette nouvelle technologie propose par exemple de révolutionner le monde de la santé. En matière de diagnostic, le travail des radiologues et des cancérologues va sans doute beaucoup changer dans les années qui viennent : grâce à la méthode de l'apprentissage profond ("deep learning" en anglais), des algorithmes sont entraînés à reconnaître des tumeurs et à émettre des recommandations. 

En juillet 2018, l'agence de presse chinoise Xinhua annonçait qu'un logiciel avait surpassé des médecins pourtant éminents spécialistes. Le concours avait porté sur le diagnostic de 225 cas. La machine a vaincu l’humain avec 87% de cas correctement diagnostiqués contre 66% pour les médecins (voir tweet ci-dessous). Cette technologie offre l'espoir d'une meilleure prise en charge des maladies et la perspective de guérisons plus nombreuses pour les patients.

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Interrogé par Xinhua, Paul Parizel, ancien directeur de la Société européenne de radiologie et membre du jury des tests effectués, considère que cette intelligence artificielle, loin de remplacer l’Homme, servira de navigateur aux médecins. Tout comme l’est un GPS pour un automobiliste. Mais en Chine, où le manque de médecins est criant, ce genre de technologies pourrait permettre de pallier la crise des effectifs.

En matière de santé, le diagnostic automatique n'est pas le seul débouché envisagé grâce à l'IA. Sur son site internet, l'Inserm fait la liste des applications possibles (parfois déjà existantes) : La chirurgie assistée par ordinateur, qui permet d’améliorer la précision des gestes ou d’opérer à distance. Les prothèses intelligentes pour réparer, voire augmenter le corps humain : membres ou organes artificiels (bras, cœur, sphincter…), simulateur cardiaque, etc. Les robots d’assistance aux personnes (comme Paro, une peluche animée, voir vidéo ci-dessous), âgées ou fragiles par exemple. L’Institut national de la santé et de la recherche médicale prend toutefois le soin de préciser que le robot n'a pas vocation à remplacer le médecin mais à l'assister.

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Qui contrôle la machine qui supplante l'Homme ?

Pour autant, l'intelligence artificielle ne se résume pas seulement à une liste d'avancées prometteuses. Ce tournant technologique interroge aussi notre éthique en tant qu'individu et société. Car les machines ne sont pas infaillibles : "Dans la santé, on nous promet des diagnostics d'une très grande précision, les ordinateurs font moins d'erreurs que les médecins", explique Marie Christine Jaulent, directrice de recherche à l'Inserm, ingénieure et informaticienne. "Par contre, ils ne font pas les mêmes erreurs. Et certaines erreurs, quand elles sont évitées par l'homme et pas par la machine, posent des problèmes éthiques importants". Que se passera-t-il en effet le jour où un algorithme commet une erreur médicale ?

Test de la voiture autonome de l'équipementier automobile français Valéo à Paris le 25 septembre 2018.
Test de la voiture autonome de l'équipementier automobile français Valéo à Paris le 25 septembre 2018.
© Maxppp - Yann Foreix

La question se pose aussi pour les voitures autonomes qui permettraient de réduire les risques d'accident. Mais le jour où un accident mortel survient, quelle sera la réaction des humains ? Même si globalement, le nombre de morts est réduit, acceptera-t-on d'avoir un accident à cause de la décision d'une machine ? La question est loin d'être tranchée et encore, il faudrait aussi aborder le sujet de la responsabilité. En cas de dégât, qui est responsable ? Qui indemnise ?

"En plus ces systèmes sont des boîtes noires", ajoute Marie Christine Jaulent, "ils n'expliquent pas pourquoi ils ont pris telle ou telle décision, ce qui va certainement être dans l'avenir une de leurs limites". Bien souvent en effet, les informaticiens sont dans l'incapacité d'expliquer pourquoi un algorithme a rendu tel ou tel résultat : Le principe de l'apprentissage profond reposant sur une compilation assez bête et méchante de données. En matière de reconnaissance de tumeurs sur des radios, "50 000 images de mélanomes ont été nécessaires pour entraîner l’algorithme à identifier les signes de pathologies", explique l'Inserm sur son site. "Pour chacune de ces images on lui indique si elle présente ou non des signes pathologiques. A la fin de l’apprentissage, l’algorithme arrive à reconnaître avec une excellente performance de nouvelles images présentant une anomalie".

"Il faut garder à l'esprit que ces systèmes apprennent sans comprendre, donc qu'ils décident sans comprendre", expliquait aux Echos Laurence Devillers, chercheuse au laboratoire d'informatique pour la mécanique et les sciences de l'ingénieur (Limsi) du CNRS et auteur de l'essai "Des robots et des hommes" (Plon, 2017), "s'il est important de rendre ces systèmes plus robustes, il faut aussi expliquer comment ils fonctionnent, et garder à l'esprit qu'ils apprennent sans comprendre, donc qu'ils décident sans comprendre". Au delà de comprendre ce que font les algorithmes, la question centrale est celle de la fiabilité, en particulier si on veut les autoriser pour des applications jugées critiques (voiture autonome, santé).

Une technologie stratégique pour les Etats et les entreprises

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La question éthique est donc importante car elle est la clef de la confiance du public dans ces technologies. Si la confiance est là, ces innovations pourront émerger et devenir un nouveau secteur économique et industriel. Pour les Etats, le sujet est stratégique : pas question de manquer ce virage technologique sous peine d'être exclu de futurs marchés. Aujourd'hui, les deux plus gros investisseurs sont la Chine (secteur étatique) et les Etats-Unis (où le secteur privé tient une place éminente, tous les géants du numérique investissent massivement dans l'IA).

"La France était à la traîne lorsque j'ai rendu mon rapport en mars 2018", explique le député Cédric Villani, présent au siège parisien de l'Unesco lundi 4 mars, "mais heureusement, les choses évoluent dans le bon sens". Le député cite notamment des rapprochements entre institutions comme HEC et l'Ecole polytechnique dans la lignée de son rapport qui vise à la création de laboratoires interdisciplinai_res : "Les projets IA se construisent la plupart du temps au carrefour des disciplines"_. Cédric Villani milite aussi pour la création de plus de filières d'études dans ce secteur et pour une logique européenne : "Je me déplace beaucoup en Allemagne, en Italie aussi, afin de rapprocher des équipes de recherche, des spécialistes en algorithme et des industriels".

L'une des clefs pour que l'industrie algorithmique européenne se développe réside dans les données. "Il faut ouvrir l'accès à ces données", explique Cédric Villani, "notamment en matière de santé. Il faut bien sûr que ces données soient protégées, on ne veut pas les laisser à la portée de n'importe qui. Pour autant, dans cet équilibre à trouver entre l'ouverture et la protection, aujourd'hui nous sommes trop fortement du côté de la protection. Trop de barrières et de contraintes tuent l'innovation, empêchent les nouvelles thérapies de se développer et finalement jouent contre le patient."

Notre enjeu, dans un un pays où les données de santé sont parmi les plus protégées au monde, est d'arriver à en ouvrir davantage l'accès. Le président de la République l'avait bien dit lors de la remise de mon rapport il y a un an : 'nous ouvrirons les données de santé'. Il y aura des règles qui permettront d'instaurer de la confiance, avec la Cnil pour définir les règles, mais nous avons besoin d'ouvrir davantage les données, de permettre une meilleure connexion entre les acteurs de la santé, d'inclure les acteurs privés dans la boucle aux côtés des acteurs publics. Sinon, nous passerons à côté de la cible. Si nous avons trop de contraintes, nous ne développerons pas les produits qui nous permettront de développer la santé de demain. Ce sera l'un des enjeux de la loi de préfiguration de la santé du futur qui sera discutée au Parlement dans quelques semaines.                
Cédric Villani, député LREM, auteur d'un rapport sur l'IA remis au gouvernement en mars 2018.

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